Au lieu d’être sanctionnées comme il se doit pour négligence professionnelle aggravée qui avait conduit à leur effondrement et celui de l’économie mondiale en 2008, les banques des pays riches ont été renflouées à coups de centaines de milliards de dollars et continuent aujourd’hui à payer des dividendes et bonus faramineux à leurs actionnaires et traders. Les opérateurs ont, semble-t-il, soit tout oublié soit rien appris et ce malgré la clarté des enseignements du passé.
 Les institutions financières qui ont prêté de l’argent à la Grèce alors que le taux de la dette de ce pays a, depuis longtemps, franchi la ligne rouge pour atteindre 160% du PIB, sont recapitalisées à la hauteur de 106 milliards d’euros, provenant, entre autres, des fonds des États. Les experts parlent d’un accord à minima signé à Bruxelles le 27 octobre dernier qui a permis de sauver la zone euro de l’implosion mais qui n’assurera aucunement la sécurité absolue des titres souverains et ne donne pas les moyens nécessaires de prévenir une nouvelle crise. Car le risque de contagion existe bel et bien et c’est pourquoi d’ailleurs l’aide de la Chine pour la consolidation des Fonds européens pour la stabilité financière a été sollicitée. Ce qui constitue, bien évidemment, une occasion en or pour le géant asiatique d’étendre son influence géostratégique et économique sur le Vieux continent. D’autre part, les dirigeants de la Grèce qui ont agi en toute légèreté et avaient même fourni à la Commission européenne des informations erronées sur sa situation financière réelle pour pouvoir entrer dans la zone euro, ont-ils le droit moral de demeurer à leurs postes et, de surcroît, bénéficier de l’assistance des bailleurs des fonds internationaux ?
Ainsi, la crise financière mondiale de même que celle de la dette dissipent une criante illusion : celle de l’autonomie de la sphère économique, affranchie du système politique, quel qu’il soit, et de la tutelle des organisations internationales. Et l’accord de Bruxelles impliquant la participation de l’UE, la Banque centrale européenne (BCE), et le FMI en démontre amplement. D’ailleurs, la directrice du FMI, Christine Lagarde a, maintes fois, évoqué sa préférence pour un « libéralisme tempéré » et au sein du G8 et G20, des voix sporadiques s’élèvent pour une plus grande maîtrise sur les marchés monétaires afin de combattre toute forme de délinquance financière. Cependant, entre les paroles et les actes, il y a loin de la coupe aux lèvres.
 Le démantèlement des paradis fiscaux, par exemple, tant promis par les dirigeants des États développés, n’a finalement été qu’un leurre. Et il va sans dire que c’est l’opacité et le secret bancaires qui encouragent la mafia financière et l’évasion fiscale de grande ampleur – une des causes principales de l’appauvrissement des pays du sud mais aussi de l’accroissement des déficits et de la dette des pays du nord. L’on se demande comment les institutions de Bretton Woods, si promptes pourtant à imposer leurs règles d’austérité ressemblant plutôt à une thérapie de choc, peuvent continuer à mener la politique de l’autruche face aux pratiques obscures des paradis fiscaux.
Le redressement des paramètres macroéconomiques comme la réduction des dépenses publiques et l’amélioration du taux de la dette comme le prévoient les plans d’austérité, est effectué toujours au détriment de la politique d’aides sociales et de l’emploi. En France, noyau de l’Union européenne par exemple, 150,000 postes de fonctionnaires sont supprimés – un fonctionnaire sur deux partant à la retraite n’est pas remplacé – et l’intention des socialistes d’investir dans l’éducation en promettant l’embauche de 60,000 enseignants si leur candidat est élu l’an prochain, est qualifiée de « ridicule » par le président français car, dit-il, « il n’y a pas d’argent pour les payer ». Mais la question que l’on se pose : l’avenir des enfants, peut-il être l’objet du chantage politique et sacrifié sur l’autel de l’argent ?
 À six mois de la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy donc, tout porte à croire que la crise financière et celle de la dette seront au coeur du débat lors de la campagne qui démarre en vue de la présidentielle de mai 2012. Déjà ces enjeux-là ont occupé une place de premier plan lors de la primaire socialiste française tenue en octobre et remportée haut la main par l’ancien Premier secrétaire, François Hollande. Avant le premier tour du scrutin, tous les candidats mettaient en doute, voire même critiquaient ouvertement les mesures phares du programme d’Arnaud Montebourg que sont la mise sous tutelle des banques, l’élimination de la fraude fiscale et la démondialisation. Cependant, arrivé en 3e position avec un score flatteur de 17% des suffrages – attestant ainsi une adhésion populaire non négligeable à son projet –, ce dernier s’est vu propulsé en qualité d’arbitre entre les deux finalistes qui ont tout fait pour récupérer ses votes au second tour en courtisant ses idées.
Mais quoi qu’il en soit, la primaire a permis de mettre en perspective des thématiques que beaucoup n’abordaient auparavant qu’au bout des lèvres seulement. Le retour probable aux affaires de la gauche en France dans quelques mois – comme l’indiquent d’ailleurs presque tous les instituts de sondages – enverra, sans doute, un signal très fort à tous les pays de la zone euro, épicentre de la crise de la dette mais aussi, signifiera l’espoir d’un nouveau départ au niveau de la politique mondiale.