« Tout le malheur des hommes vient de l’espérance » (Albert Camus)
Quoique l’économie mondiale traverse en ce moment des périodes de crise et des zones de turbulence, elle a néanmoins, été sauvée de justesse récemment d’un nouveau séisme financier. En effet, le président Obama et le Congrès sont parvenus à un accord de dernière minute pour relever le plafond de la dette évitant ainsi à l’administration américaine d’être confrontée à un défaut de paiement aux conséquences potentiellement catastrophiques au niveau global. Mais, cet épouvantable bras de fer entre la Maison-Blanche et les députés n’a pas été le fruit du hasard. Barack Obama savait, dès le départ, qu’avec une Chambre des représentants dominée par les républicains, sa gouvernance ne serait pas de tout repos. Ces derniers avaient d’ailleurs déjà démontré la couleur lorsqu’ils voulaient faire obstacle à la mise en application de la législation concernant l’assurance maladie après les élections de la mi-mandat de novembre 2010. Élections que le président redoutait particulièrement car il savait que la cohabitation avec le Congrès pourrait bien sonner le glas de ses réformes. Or, sa participation personnelle à la campagne ainsi que celle de son épouse n’avaient pu faire mentir les instituts de sondages qui, depuis des mois, indiquaient la débâcle des démocrates.
Pourtant, les signes avant-coureurs ne manquaient pas. Le premier revers subi par le nouveau président qui avait eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le paysage politique américain remonte à janvier 2010, une année seulement après son installation au pouvoir quand le candidat républicain, Scott Brown, fut élu lors de la partielle en remplacement du défunt sénateur, Ted Kennedy, dans les Massachusets – État pourtant traditionnellement démocrate et qui avait voté massivement pour Barack Obama lors de la présidentielle de novembre 2008. Après l’annonce des résultats, ce dernier devait reconnaître qu’étant préoccupé à résoudre les problèmes de la crise financière, il s’était éloigné de la base qui l’avait soutenu dans la course à la Maison-Blanche.
Il ne fait aucun doute qu’étant d’abord et surtout une institution politique, le Congrès tend toujours à favoriser l’émergence des conditions pouvant mener à l’élection aux fonctions suprêmes de l’État, quelqu’un issu du même parti que la majorité de ses membres. Même si d’autres présidents en leurs temps, notamment Ronald Reagan et Bill Clinton, avaient su lutter contre vents et marées pour surmonter cet obstacle pour se faire réélire en 1984 et 1996 respectivement, la situation socio-économique américaine n’est certainement pas la même aujourd’hui. Le plan de sauvetage mis sur pied n’a pas réussi à sauvegarder l’emploi. Et la note de la dette vient d’être dégradée par l’agence Standard and Poor’s du triple A au 2A+ – du jamais vu depuis 1941 –, exacerbant ainsi l’incertitude sur les marchés financiers et la dégringolade des places boursières des grandes capitales. Une crise de confiance s’est installée, les puissances économiques s’inquiètent.
Barack Obama a vraiment du pain sur la planche d’autant que de nombreuses promesses de campagne – que ce soit par rapport à la politique étrangère ou interne – n’ont pu être réalisées. Le jeune président à l’expérience gouvernementale limitée mais à l’intelligence brillante soutenue par une éloquence remarquable, n’a pu jusqu’ici remettre son pays sur les rails suite à la crise des subprimes, selon le projet très chèrement financé par les deniers publics. Aujourd’hui, force est de constater qu’une partie substantielle de la bonne volonté qui s’était exprimée en 2008 à son égard et qui était parvenue, dans un premier temps, à polariser la scène politique américaine et internationale s’est considérablement dissipée.
Alors que le plafond de la dette initialement autorisé par le Congrès a été relevé à $ 21,000 milliards, les dépenses militaires en Irak et Afghanistan cette année seulement ont déjà atteint les $ 1,283 milliards. Or, ces deux guerres, manifestement mal gérées par l’administration américaine, n’ont entraîné que des pertes tant en termes d’argent que de vies humaines. Mais sur le terrain, la situation dans les deux pays n’a cessé de se détériorer. Et un retour en force des talibans en Afghanistan est prévu après le retrait des troupes de l’OTAN l’an prochain car les forces locales seules ne seront qu’une proie facile pour les insurgés. La politique d’assainissement des relations internationales – un des objectifs majeurs de la Maison-Blanche – n’a jamais pu prendre son essor quoique certaines tentatives en ce sens avaient été notées au début du présent mandat lors des discours de Barack Obama à Prague et au Caire en avril et juillet 2009. C’est ainsi que plus de 20 ans après la fin de la guerre froide, les dépenses militaires continuent à plomber les économies des grandes puissances, et ce en dépit de l’accord START signé entre Moscou et Washington.
À environ une année des prochaines présidentielles, l’actuel locataire de la Maison-Blanche a du souci à se faire. L’euphorie populaire n’a été que de courte durée et l’immense espérance suscitée par une investiture historique acclamée aux quatre coins de la planète a fondu comme neige au soleil. Et sa reconduction à son poste l’an prochain semble être compromise.