Les citoyens du Kolektif pu Lenerzi Renuvlab (KLR), comprenant des professionnels, ont effectué une analyse objective des derniers chiffres officiels publiés par le CEB et Statistics Mauritius. Ces analyses ont été remises à tous les membres du Parlement le mardi 14 mai. Tous, majorité et opposition, ont reçu une lettre.
Nous avons noté avec regret comment M. Assirvaden se permet de dénigrer notre travail en des termes affligeants. Passons outre le manque élémentaire de respect, c’est surtout le manque de rigueur et de sérieux dans l’analyse de cet élu de la République, de surcroît ancien chairman du CEB, qui nous oblige à ramener le débat à la raison.
M. Assirvaden avance notamment cette déclaration des plus insolites : « le CEB procède généralement par la méthode empirique plutôt qu’une méthodologie statistique plus rigoureuse, mais il convient de souligner que cette approche a fait ses preuves pendant les trois décennies passées et que le pays a été jusqu’à présent à l’abri des aléas de rupture dans la fourniture d’électricité. »
Est-ce donc comme cela que l’on gère le pays et prépare l’avenir ?
M. Assirvaden, l’heure n’est plus au « business as usual ». Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais le monde a beaucoup changé en 30 ans, surtout depuis ces 15 dernières années. Le changement climatique, l’explosion des prix du pétrole et du charbon sont devenus des réalités qui pèsent de plus en plus lourd sur notre petit pays. En 2011, le pays a dû payer 5 fois plus pour nos importations en énergies fossiles comparé à 2002, et ce alors que ces importations n’avaient augmenté en volume que de 40%. N’est-ce pas précisément pour répondre à ces enjeux que le PM a mis en route la vision « Maurice, Ile Durable » ?
Si l’à peu près est une culture répandue à Maurice, il n’est pas acceptable dans la gestion des fonds publics. Car tous les mois pour nous les citoyens, il n’y a pas d’« à peu près » quand il s’agit de payer la facture du CEB. Sinon, gare aux rappels, pénalités et amendes… C’est pourquoi, nous les contribuables, nous exigeons une gestion intelligente. D’autant que le CEB est dans le rouge et que la perspective d’une hausse des tarifs a été annoncée.
Vous tentez, M. Assirvaden, de faire croire que nous avons utilisé des chiffres erronés. Nous dénonçons cela avec force. Nous avons au contraire utilisé les derniers chiffres officiels du CEB, publiés en février 2013, dans le Integrated Electricity Plan 2013-2022. Ce document dit ceci en introduction:  « the IEP 2013–2022 will enable the CEB to plan carefully the allocation of our country’s power systems resources so as to effectively balance the supply and demand of electricity for the coming decade […]. »
En revanche, vous lancez sans aucune preuve ou documentation établie, des affirmations tonitruantes : la maintenance mobilise à certaines époques non pas 60, mais 110 MW ; la capacité effective n’est effective en réalité qu’à 90% ; la puissance de 30 MW de la centrale de St Louis du CEB « doit être considérée comme aléatoire » ; les turbines à gaz coûtent chers à opérer, etc. Un méli-mélo sans preuve… au point que nous nous retrouvons dans la curieuse situation d’avoir à expliquer à un ancien chairman du CEB, certaines notions de base de la gestion de l’électricité à Maurice.
Maintenance
La maintenance de 110 MW a bien lieu à un CERTAIN MOMENT de l’année, M. Assirvaden, mais PAS au même moment que celui du pic de la demande. Les 430 MW records de demande en 2012 ont eu lieu à un jour précis en 2012, voire même à une heure précise. Ce n’est pas tous les jours, 24 heures sur 24, que le pays demande 430 MW. Cela a lieu au plus fort de l’été, quand la demande en climatisation bat son plein. En 2012, ce fut ainsi en décembre. C’est pourquoi le CEB prévoit les grandes maintenances en mai/juin, avant la coupe et durant le début d’hiver, c’est-à-dire en période de basse consommation.
 Il faut éviter d’induire le public en erreur, M. Assirvaden. Quand on utilise le chiffre de la plus grosse demande enregistrée (peak demand), il faut alors utiliser les chiffres de la production pour cette même période. Or, pour décembre 2012, le IEP indique que le niveau de maintenance a été de 40 MW, et non 110 MW. C’est pourquoi, quand le IEP dit que la moyenne de maintenance sur l’année est de 60 MW, nous pensons pouvoir faire confiance à la CEB.
Capacité effective
Sur la question de la capacité effective, M. Assirvaden tente désespérément de démontrer que le chiffre de 664 MW est inexact. Or, ce chiffre de 664 MW est celui que donne le CEB dans le IEP (page 5)! L’ancien chairman du CEB, nous fait-il comprendre que le Integrated Electricity Plan fournit au public des chiffres erronés?
Le CEB donne dans le IEP (page 131) un tableau détaillé de la capacité EFFECTIVE disponible totale de 664 MW.  Nous en publions un extrait ci-après. M. Assirvaden tente-t-il de dire que le CEB a fait preuve d’amateurisme en mettant en avant un tel inventaire sans savoir qu’il fallait enlever encore 10% de chaque chiffre ?
 Par définition, il faut bien distinguer la capacité effective (puissance disponible) de la « capacité installée », qui est la puissance théorique. Or justement, la capacité installée – que le IEP se fait fort de ne pas mentionner ! – se chiffre à 726,4 MW, selon les chiffres officiels publiés en décembre dernier par le Ministère de tutelle du CEB (Ministère de l’Energie et Utilités Publiques, Energy Observatory Report 2011) ; confirmé par le Digest of Energy and Water Statistics 2011 de Statistics Mauritius également publié en décembre 2012. Entre la capacité théorique (installée) de 726,4 MW et la capacité disponible (effective) de 664 MW, il y a justement 62,4 MW de décalage en raison du vieillissement, des pertes et consommations inhérentes des centrales. La définition de ce qu’est la capacité effective est claire, comme indiquée dans le Integrated Electricity Plan : « It is the derated capacity of a generator, due to ageing and/or mechanical/electrical constraints inherent in the generator system ». Mais peut-être que M. Assirvaden a une définition différente et propre à lui tout seul, de ce qu’est la capacité effective?
Nous vous demandons donc : quel est ce supposé “vrai chiffre” dont le pays doit se servir, M. Assirvaden, et que le CEB n’a pas su mettre en avant dans le plan de planification nationale 2013-2022?
Turbines à gaz et moteurs Pielstick
En tentant de faire une mini-leçon sur les turbines à gaz, M. Assirvaden démontre plutôt qu’il ne maîtrise pas grand-chose sur une contrainte, pourtant de base, que les gestionnaires des systèmes électriques ont à gérer. Les turbines à gaz ne sont utilisées que 2-3 heures par jour lorsque la demande en électricité sort d’un niveau moyen pour devenir soudainement très forte.  Durant ces heures critiques, seules des turbines pouvant atteindre rapidement la puissance requise, comme les turbines à gaz, peuvent répondre à la demande. Voyez sur le tableau ci-après de l’IEP, comment entre 18h et 20h la demande explose.
 
Quant aux aléas de la production hydro-électrique et du vieillissement des moteurs Pielstick, M. Assirvaden, vous oubliez de mentionner que le IEP annonce également (p 47-48) que dans les deux prochaines années, 48 MW additionnels vont être disponibles sous forme de parcs photovoltaïques et éoliens. Et il ne manquera alors que 12 MW pour rattraper les 30 MW des moteurs Pielstick que vous affirmez devoir être retirés rapidement. Ce sont des capacités parfaitement à la portée des énergies solaires ou éoliennes.
Maîtrise de la demande
La maîtrise de la demande est un point où vous avez parfaitement raison, M. Assirvaden. Pour cela, KLR vous en félicite car loin de nous l’envie d’une polémique stérile. Vous affirmez ceci vers la fin de votre article: « La maîtrise de la demande de l’énergie et surtout les fameuses « Smart Grids » ont malheureusement été absentes de l’agenda du CEB ces dernières années. C’est dommage car à mon avis le fameux bouquet énergétique / « Smart Grid » dont parle le Professeur Joël de Rosnay depuis des années a une occasion unique de prendre forme au cours des années à venir …”
La clé est bien là. Au lieu de voir seulement comment augmenter la fourniture en électricité, essayons de voir également comment réduire la demande. Arrêtons les gaspillages. Il coûte moins cher de subventionner les équipements moins gourmands en électricité, que d’investir dans de nouvelles centrales de grande capacité qui avaleront en plus des centaines de millions de roupies par an en énergie fossile. Et s’il faut dépenser beaucoup dans la fourniture d’électricité, alors allons vers des avancées telles que le Smart Grid.