La déposition consignée au poste de police de Plaine-Verte, en fin de semaine, et, relayée au Central CID au sujet de la gestion des avoirs de la Doha Academy de l’ordre de Rs 500 millions, confirme la guerre ouverte entre deux clans. L’un mené par Yousouf Joomun, auteur des allégations concernant la dilapidation de quelque Rs 400 millions, conteste les changements fondamentaux à la vocation d’enseignement islamique. L’autre ayant à sa tête Sadek Ally Polin prônant une éducation plus libérale avec l’adoption du New Education Trust confirmant la laïcité de la Doha Academy et le renoncement de l’Islamic Consultative Council à son statut de bénéficiaire du nouveau trust.
Dans sa démarche en faveur d’une enquête policière, Yousouf Joomun veut que la lumière soit faite sur l’opération de transfert des avoirs, qui sont évalués à quelque Rs 500 millions, financés de dons venant de l’étranger. En effet, au cours de la période allant de 2002 à 2012, l’Education Trust, qui assurait la gestion de la Doha Academy, a bénéficié de quelque Rs 250 millions sous forme de dons venant de l’Emir du Qatar.
Cette somme, qui avait été remise durant ces dix ans par le truchement de Yousouf Joomun au bénéfice de l’Education Trust, qui est le bénéficiaire de l’Islamic Consultative Council, a financé l’acquisition de 22 propriétés immobilières à Maurice au coût de Rs 170 millions avec Rs 30 millions investies dans la Doha Academy. Une dernière injection de fonds de Rs 45 millions devant servir à la construction d’une mosquée dans l’enceinte de la Doha Academy à Phoenix fut reçue le 4 octobre 2012.
Avec le changement d’orientation dans la vocation de la Doha Academy, passant de l’enseignement islamique à une éducation à orientation plus laïque, le projet de mosqué fut gelé, jetant ainsi un froid dans les relations avec le Qatar. Avec la mise en opération le 8 décembre 2013 d’un Education Trust, « le mode de vie et l’enseignement islamiques ne figurent plus dans la constitution du New Education trust, qui a coupé les liens avec le Qatar », fait comprendre l’entourage de Yousouf Joomun.
« Je dénonce l’absence d’inventaires complets lors du transfert des avoirs de l’Education Trust vers le New Education Trust le 24 octobre 2013. Ainsi selon la second schedule de l’acte créé à cette date, 9 propriétés immobilières, les comptes bancaires, les équipements et autres meubles valant des millions de roupies sont abandonnés et sont sans propriétaire », fait comprendre Yousouf Joomun en substance dans sa déposition à la police.
« Seules 13 des 22 propriétés du défunt Education Trust font partie des avoirs du nouveau trust. Les neuf signataires du nouveau Trust sont les seuls à savoir ce qu’est advenu des autres biens de l’ancien trust. Le New Trust Deed n’explique pas toutes les transactions entre l’ancien et le nouveau trust. Ce document contient donc des anomalies majeures. Plus grave, la Doha Academy en tant qu’institution éducative laïque ne figure pas parmi les assets du New Education Trust. A qui donc appartient la Doha Academy maintenant ? » poursuit-il pour justifier les accusations formulées.
Un autre volet des dénonciations porte sur les débuts de l’Islamic Consultative Council le 4 juillet 1996 avec pour mandat « d’encourager le mode de vie islamique et de soutenir l’éducation religieuse ». Oomarally Gunglee et Sadek Ally Polin siègent sur le comité de direction alors que Yousouf Joomun fera jouer ses contacts au plus haut niveau dans les Etats arabes, dont le Qatar, le Koweït, les Emirats arabes et l’Arabie Saoudite pour assurer le financement des projets de l’Islamic Consultative Council, dont la Doha Academy.
Toutefois dès 2011, les données devaient changer lors d’une réunion de l’Islamic Consultative Council le 11 février 2011 avec des amendements aux attributions de l’Education Trust. Avec cette étape, une cascade de développements devait suivre, dont la conversion de la Doha Academy en une institution laïque, la démission des religieux des instances dirigeantes du Council et du Trust, l’affiliation à la Private Secondary Schools Authority, la prise de contrôle de l’Education Trust, la mise sur pied d’un organisme parallèle à l’Islamic Consultative Council par Sadek Ally Polin, qui fait actuellement l’objet de litige en Cour suprême.
Le remplacement de l’Education Trust par un New Education Trust à la fin de l’année dernière est contesté car « la clause no. 30 de l’acte notarié de l’Education Trust en date du 26 février 1998 stipule clairement que le trust ne peut être révoqué que par la Cour ou l’Islamic Consultative Council ».
Cette affaire risque de faire grand bruit car l’Independent Commission Against Corruption est déjà en présence d’une autre version des faits au sujet de certaines transactions financières rapportées par l’actuelle direction de la Doha Academy…