Les débats sur le Political Financing Bill se sont poursuivis jusqu’à fort tard hier soir à l’Assemblée nationale, mais quelle qu’en soit l’issue, ce texte loi a permis de jeter de la lumière sur un côté un peu sombre, si ce n’est obscur, de la politique à Maurice. L’activité politique dans notre régime de démocratie parlementaire, avec son système de “first to past the post”, est indissociable du financement des partis politiques.

À tort ou à raison, la perception qui se dégage dans le public aujourd’hui est qu’il s’agit d’une affaire de gros sous. Cette pratique, qui semble-t-il existe depuis toujours, a pendant longtemps été évoquée à voix basse. Elle remontait à la surface lors des campagnes politiques, lorsque les uns et les autres accusaient leurs adversaires de s’être enrichis, d’avoir construit tel bâtiment ou d’avoir obtenu quelques fonds de donateurs généreux. Aujourd’hui, il est clair que tous les partis politiques, que ce soit celui qui se dit le plus proche du peuple ou celui qui se présente comme le plus grand pourfendeur du gros capital, qu’ils soient de gauche ou de droite, bénéficient tous du financement du secteur privé.

Pendant longtemps, la contribution des donateurs était pour le financement des activités publiques des partis, comme des meetings, et pour couvrir les frais lorsque la contribution des membres et des partisans s’avérait insuffisante. En fait, le gros des activités politiques était assuré sur une base volontaire par des partisans ou des militants. Beaucoup de militants se souviennent encore des campagnes politiques menées dans les années 1970 et 1980. C’était l’époque où l’engagement se faisait sur une base volontaire, que ce soit pour coller les affiches ou pour essayer de gagner le plus grand nombre à sa cause. Mais au fil des années, les choses ont changé graduellement, au point où l’organisation de campagnes politiques est désormais l’affaire des professionnels, des spécialistes de la communication et de l’image. De nos jours, le financement venant du secteur privé est un fait indéniable et semble faire désormais partie intégrante de notre vie politique.

Alors que le pays se développe, des entreprises sont de plus en plus disposées à investir dans des partis dans l’espoir de pouvoir décrocher des contrats juteux une fois que ces derniers, bénéficiant de leur parrainage, arrivent au pouvoir. Devant le risque de corruption et de blanchiment d’argent, d’abus de toute sorte et que la pratique de “money politics” mette en péril la démocratie, il était évident qu’un minimum de contrôle s’imposait. La grande question est de savoir comme s’assurer que le financement des partis politiques se fasse dans une certaine transparence. Comment s’assurer que les bailleurs de fonds d’un parti ne soient pas les seuls à bénéficier des contrats juteux lorsque son protégé arrive au pouvoir ? Comment s’assurer que ceux qui ont financé un parti battu aux élections ne soient pas victimes des nouveaux maîtres du jeu ? Comment s’assurer que des candidats, quels que soient leurs moyens, bénéficient des mêmes chances lors des élections ? Comment s’assurer que la politique ne soit pas uniquement une affaire de riches ? Faudrait-il que les partis politiques soient enregistrés et gérés comme une compagnie ?

Il est dommage toutefois que le présent texte de loi contienne des éléments qui empêchent d’obtenir un consensus au Parlement. Or, il est essentiel de trouver une formule qui empêcherait que les partis politiques tombent entre les mains des gros capitaux. Afin d’éviter cette perception, le président de Business Mauritius, Cédric de Spéville, avait proposé qu’un plafond soit fixé concernant la contribution, que ce soit pour les individus ou pour les compagnies. Un parlementaire a proposé cette semaine un plafond de 5%. La mise en place d’une formule pour le financement des partis politiques s’impose avant les prochaines élections générales. Nos dirigeants arriveront-ils à faire preuve de sagesse pour arriver à un accord ?