En peinture comment échapper au cycle de la vie et son rapport à l’oeuvre ? Nalini Treebhoobun (Nin) explore les perspectives giratoires à peinture nue, cet art prodigieux de l’affrontement, de la relation du monde. Le thème du cercle permet visuellement de tourner à la moindre interrogation, à la part d’ombre de la condition humaine, au souffle de la lumière. Dans cette série de 22 toiles (mixed media), c’est en peinture que les mots, les sons les couleurs se fécondent. Les pigments, la matière sont les fils tissés par Nin et qui permettent de comprendre le devenir-matiere de son oeuvre poétique. Des sujets simples (la destinée, le cycle de la vie, l’écologie, la mémoire, les mythes et rites indiens) sont prétextes à des variations d’espaces colorés. De mémoire, Nin a toujours eu de la couleur sur les doigts. Ses peintures ouvrent la porte d’un rêve coloré qui fait place à l’imaginaire du visiteur qui peut à son tour s’approprier la toile et y inventer sa propre histoire. Dans les toiles qui composent Windmills of mind, l’inspiration de la plasticienne est à chercher du côté de la marelle infinie des lieux terrestres (des racines historiques jusqu’aux îles Andaman, en Inde. Un immense échiquier de sites imaginaires, de villes et de géographies, réelles ou imaginaires.
L’oeuvre exposée à la galerie Imaaya, Pointe-aux-Canonniers (du 31 octobre au 20 novembre 2014) en impose. Pareille dextérité en peinture et de fidélité dans le propos surprennent, interrogent l’apparence. Chez Nin, les thèmes de la création, de la rencontre, du temps discontinu, de l’interconnexion, et de l’élévation s’inspirent du cadre spirituel pour mieux le dépasser et engager une réflexion plus vaste sur la condition humaine. Ce n’est alors plus seulement l’artiste qui cherche la lumière, mais la toile elle-même qui est en quête de celle-ci. Le travail de Nalini s’oriente vers un métissage de techniques. Couleurs et matières s’y confondent. L’essence du rituel de Nin réside dans la proximité avec la terre depuis les thèmes jusqu’aux matériaux utilisés : pigments, écorces d’arbres, safran, tissu, cordes… C’est bien là l’intensité de la peinture poétique contemporaine, lumière dans le mouvement, parfois un essai de graphisme esthétique, parfois un poème épique (Song of destiny). Les cheveux semblent ainsi l’aimanter pour capter son énergie et figurer la fragilité de la personne humaine avec de nombreuses marques de la culture indienne. Ailleurs, Nin guette l’explosion des verts, l’Arbre de mémoire, la menace du nuage, et autres traces (When time comes down).  Nin affronte de face l’incapacité des hommes à vivre l’harmonie de leurs terres, de leurs corps. On assiste à une explosion des thématiques explorées, une liberté totale pour les sujets d’inspiration. Il y a la nécessité de s’ouvrir au monde, mais sans trahir le patrimoine culturel national, régi par le rite et la religion, le blues local. L’univers s’incarne dans toutes les formes de vie, le cosmos. Les Liens magiques illustrent parfaitement le lien entre la vie et la mort, le passé et le présent. Le fait d’envelopper de tissu et de lier des branches selon les rites anciens de l’Inde montre une volonté de s’aventurer ailleurs, de dessiner son cérémonial, d’en faire appel au retour des Dieux. Ailleurs, surgissent des esquisses subtiles, des miniatures, des formes féminines déroutées par les nuages (When time stands still, Sati). Différents états de l’univers sont convoqués, différents éclats s’entrechoquent, des représentations cérémonieuses sont ballottées, emportées par mouvement et imaginaire.