Le Conseil des ministres a annoncé une grande nouvelle vendredi. À la suite des consultations autour du projet de financement des partis politiques présenté à la fin de l’année dernière et les contre-propositions et autres suggestions reçues, des directives ont été données au bureau de l’Attorney General pour la rédaction d’un Financing of Political Parties Bill. C’est ce qui ressort du dernier communiqué des délibérations du Conseil des ministres. Et la question qui vient aussitôt à l’esprit est : à quoi bon ? Pour connaître le même sort que le projet MSM de la réforme électorale, un système First Past The Post amélioré qui est resté tel quel avant, pendant et après les débats à l’Assemblée nationale, et le Premier ministre qui, sur un ton d’une grande légèreté sur une question aussi cruciale, a osé venir cette semaine même prétendre que son projet est toujours alive. Personne n’avait l’air amusé de ce qui est apparu comme une blague de mauvais goût.
Et là où il ne peut pas, alors là, pas du tout, être pris au sérieux, c’est lorsqu’il prend la peine de dire que les propositions sur le projet de réforme électorale ne devraient pas sensiblement changer ce que son parti a proposé dans le texte. C’est-à-dire un genre de statu quo. Autant dire qu’il est mort et enterré et que le constat fait lors de la présentation du Constitution (Amendment) Bill n’a pas changé d’un iota. Bye, bye réforme ! Encore moins crédible et, risible même, sa posture qui frise la mauvaise foi selon laquelle on ne peut séparer la réforme électorale de la représentation des femmes à l’Assemblée nationale. Et ce, alors qu’il sait parfaitement que, s’il y a un consensus, voire une unanimité des partis qui s’est dégagée sur un sujet, sur un projet, c’est bien sur un texte qui garantit une représentation adéquate des femmes au Parlement.
Il est vrai que les partis peuvent, par eux-mêmes, faire l’effort de décider d’un alignement plus conséquent de candidates aux prochaines élections générales. Mais il est un fait qu’en absence d’une loi contraignante, il y aura toujours des tergiversations, des réticences — basées souvent sur des considérations tout à fait humaines et sentimentales d’ailleurs — à demander aux hommes de céder la place qu’ils occupent depuis longtemps. Et qu’ils ont acquis de haute lutte. Le résultat est que les hommes ont dominé de manière outrancière le contingent d’élus à l’Assemblée nationale depuis l’indépendance. Même s’il y a eu quelques efforts ces dernières années, nous sommes encore loin du compte et on aura toujours à rougir de notre classement au baromètre de la représentation féminine sur le continent africain et dans le monde.

Si Pravind Jugnauth voulait être pris au sérieux et avoir une place dans l’histoire autre que celle de l’héritier installé qui attend toujours la légitimité populaire, prendre un peu de hauteur, il viendrait sans tarder avec un texte pour assurer la présence d’un plus grand nombre de femmes au Parlement. C’est simple, c’est faisable, c’est très consensuel. Mais il ne faut pas rêver. Trop d’exemples récents montrent que l’agenda du Premier ministre va exactement à l’opposé. C’est comme l’engagement de faire de la MBC un modèle de service public alors qu’elle est devenue plus que jamais le paillasson qui cire les pompes du Premier ministre et de son parti à longueur de soirées. Ceux qu’il a choisis pour diriger la MBC en disent long sur ses prédisposions d’ouverture et de démocratie. Considéré par ses fans comme jeune, à bientôt 58 ans, alors qu’il est visiblement d’une école, pas d’hier, mais d’avant-hier.

Il y a aussi la promesse faite pendant la campagne électorale de ne plus prendra la parole à des activités organisées par les organisations socioculturelles. C’est exactement le contraire que l’on constate, Pravind Jugnauth étant presque tous les jours sur de telles plateformes où il ne se prive pas du micro pour faire de la politique, prononcer des allocutions partisanes, profiter pour demander de voter pour lui, solliciter un autre mandat et même pour se voir donner une leçon de comment ne pas recruter des « laryaz » comme candidats.

Juste après l’enterrement de première classe du projet de la réforme électorale, faute d’infléchissement du MSM sur son FPTP bis, le Parlement votait la Declaration of Assets Act. C’était le 12 décembre 2018. La population croyait quelle saurait très vite ce que possèdent ces élus. Si leur patrimoine est resté modeste comme au premier jour ou s’il a pris des proportions suspectes. Non, le président Barlen Vyaporee, celui qui ne fait aucun effort pour oublier qu’il est avant tout un nominé du MSM malgré son intérim prolongé comme chef de l’État mauricien, a, le 25 février 2019, promulgué les sections 1, 2, 3, 5, 13, 14, 15 et 17. La section la plus importante est manquante, la 4, qui, précisément, est celle qui oblige les élus de l’Assemblée nationale, la Speaker, les élus de l’Assemblée Régionale de Rodrigues, ceux des conseils municipaux et de district à déclarer leurs avoirs.

Il y a aussi la 7 qui ne figure pas parmi les sections qui ont force de loi. Elle concerne le “Disclosure of Declaration”, qui est au cœur même de la notion de transparence. Et ce, alors que la loi est déjà bien assez restrictive quant aux aspects de la déclaration qui peuvent être divulgués et qu’elle exclut des choses aussi essentielles que les comptes détenus dans les banques locales et étrangères, les bijoux, les pierres précieuses et les montres, d’un valeur supérieure à Rs 500 000 et des liquidités ne dépassant pas Rs 1 million. Et même sans cela, le président et ses parrains du Bâtiment du Trésor ont décidé de continuer à pratiquer la plus grande opacité. Qu’ont-ils à cacher qui ne finirait pas par se savoir ? Mais tout cela illustre bien la grande fumisterie qu’est le soi-disant agenda de réforme de la vie publique de ce gouvernement.

Josie Lebrasse