Londres et Washington, d’un côté, et Port-Louis, de l’autre, se livrent une guerre de communiqués à l’approche de l’ultimatum du 30 juin sur l’archipel des Chagos. La Grande-Bretagne, qui a été sommée formellement de soumettre une date à laquelle l’archipel des Chagos sera retourné sous le contrôle effectif de Maurice, n’a rien trouvé de mieux que de faire appel au Big Brother américain dans une tentative d’intimidation. Mais la riposte du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a été sans appel. L’échéance du 30 juin est réitérée, Maurice étant déterminée à saisir la Cour Internationale de Justice de La Haye pour une Advisory Opinion sur le démembrement unilatéral du territoire de la République avant l’indépendance le 12 mars 1968.
À une semaine de la fin du compte à rebours, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont dépêché auprès du Premier ministre deux envoyés spéciaux, Patrick F. Kennedy, Under Secretary for Management au Département d’État, et Nigel Wigan, Africa Director au Foreign and Commonwealth Office. L’objectif déclaré, à savoir convaincre Maurice d’abandonner l’idée d’avoir recours à cette instance des Nations unies pour un pronouncement légal sur les Chagos, s’est avérée une mission impossible.
 Devant l’échec anglo-américain lors de la rencontre de jeudi au Prime Minister’s Office, le Haut-commissariat britannique et l’ambassade américaine, par le truchement quasi inédit à Maurice d’un communiqué conjoint, ont proféré des menaces à peine volées. “Referral of this matter (the Chagos case) to the International Court would cause lasting damage to Mauritius’ bilateral relations with both the United Kingdom and the United States of America”, déclare le communiqué sous forme d’un chantage en vue de déclarer ultérieurement Maurice comme un “hostile State”.
 Ce communiqué est l’un des rares engagements diplomatiques publics des Américains sur le dossier des Chagos car, à chaque occasion, Washington a renvoyé toute requête d’intervention à Londres. Face aux conséquences d’une Advisory Opinion de la Cour Internationale de Justice, les États-Unis n’ont eu d’autre choix que de soutenir la Grande-Bretagne au sujet de la souveraineté de l’archipel.
“The use of the islands for joint UK-US defence purposes was established in 1966. Whilst neither the UK nor USA recognises the Republic of Mauritius’ claim to sovereignty of that Territory, the UK has made binding undertakings to cede it to Mauritius when it is no longer required for defence purposes. These defence purposes contribute significantly towards global security, and are central to efforts at countering regional threats, including those from terrorism and piracy. Mauritius, the UK, and the United States all derive considerable benefit from current security arrangements”, note le communiqué, qui fait croire que “the United Kingdom is already engaged in talks including, but not limited to, giving due regard to Mauritius’ interests in matters of marine conservation in the British Indian Ocean Territory.”
 À peine le Joint Press Statement anglo-américain rendu public, le Prime Minister’s Office ripostait en qualifiant les menaces des deux pays comme étant hostiles et totalement inacceptables. “Le Premier ministre a clairement fait comprendre aux deux émissaires que les menaces des États-Unis et de la Grande-Bretagne à l’effet que le recours à une Advisory Opinion de la Cour Internationale de Justice déboucherait sur des dégâts conséquents (lasting damage) aux relations bilatérales avec les États-Unis et la Grande-Bretagne comme étant hostiles, totalement inacceptable et en infraction à leurs obligations sous le Droit international”, indique officiellement l’hôtel du gouvernement.
 Campant sur sa position au sujet de l’ultimatum du 30 juin et de la soumission du dossier des Chagos à la Cour Internationale de La Haye, le Premier ministre a réaffirmé que “the intention of Mauritius to seek an Advisory Opinion from the International Court of Justice (ICJ) should not be viewed as an unfriendly act since Mauritius is fighting for a legitimate cause”. Il a fait comprendre que dans le passé, la Grande-Bretagne s’est appuyée sur l’Advisory Function de la Cour Internationale de La Haye.
Aucune objection contre la présence militaire des Américains
 Pour soutenir la démarche de Maurice en cette année marquant l’expiration du bail initial de la base militaire de Diego-Garcia et sa reconduction, le chef du gouvernement a ajouté que les raisons initiales, à savoir les menaces représentées par l’Union soviétique et la Guerre Froide, ne tiennent plus. “Aujourd’hui, l’expression Defence Purposes veut dire la lutte contre le terrorisme et la piraterie. The criteria for determining whether the Chagos Archipelago is still required for defence purposes therefore kept changing”, s’insurge-t-il.
 Sir Anerood soutient que Maurice n’a aucune objection contre la présence militaire des Américains sur Diego-Garcia dans le cadre d’un retour des Chagos sous la souveraineté de Maurrice. “À la signature de cet accord sur le contrôle effectif sur les Chagos, Maurice se dit prête à octroyer un bail à long terme aux Américains contre le paiement d’un loyer. Une clause de renouvellement de cet accord est également envisagée. Toutefois, Maurice devra avoir le contrôle des autres îles de l’archipel et que les ressortissants mauriciens d’origine chagossienne et les Mauriciens en général soient autorisés à retourner dans les îles”, conclut le communiqué du gouvernement, qui fait état d’une demande de rencontres du Premier ministre avec son homologue britannique et le président des États-Unis.