Kaysee Teeroovengadum (au centre) où celui par qui tout a commencé

Ceux qui connaissent le sport mauricien et son histoire vous le diront sans hésitation : jamais dans le passé une délégation sportive n’a autant fait parler d’elle que celle qui a participé aux Jeux du Commonwealth, tenus du 4 au 15 avril dernier à Gold Coast, en Australie. Un déplacement entaché par un scandale hors du cadre sportif, avec pour toile de fond une sombre affaire d’attouchements sexuels allégués contre l’ex-secrétaire générale du Comité olympique mauricien (COM) et ex-chef de mission aux Jeux du Commonwealth, Kaysee Teeroovengadum.

Ce qui devait être une des plateformes par excellence pour les sportifs locaux de s’exprimer à un niveau international, a finalement tourné au vinaigre lorsque cette affaire a éclaté au grand jour. La lanceuse de javelot Jessika Rosun ayant pris la décision de faire une déposition d’«alleged assault » contre Kaysee Teeroovengadum, alors que certains voulaient tout simplement que l’affaire ne soit pas ébruitée ! Les faits se seraient produits quelques jours avant la cérémonie d’ouverture au Village des Jeux. Un véritable scandale répercuté, non seulement à Maurice, mais également repris par les médias étrangers. Désormais, Kaysee Teeroovengadum aura à répondre des accusations qui lui sont reprochées devant une Cour de justice australienne.

Cette affaire, il faut le préciser, avait soulevé beaucoup d’interrogations notamment pour ce qui est de la position du Comité Oympique Mauricien (COM) et de son président en particulier, Philippe Hao Thyn Voon. Une position critiquée notamment par rapport à son absence de réaction lorsque l’affaire avait éclaté au grand jour. Car nombreux sont ceux qui pensaient que le COM allait prendre des mesures fortes en débarquant son chef de mission de l’aventure australienne dès l’éclatement de cette affaire.

Ce n’est malheureusement qu’une semaine plus tard, soit après que Kaysee Teeroovengadum soit arrêté, puis relâché sous caution, que le COM a agi en décidant de demander au principal concerné de quitter le Village des Jeux ! Sans compter que le COM avait fait fi du protocole international dans ce genre de cas où il est clairement stipulé que la victime présumée et l’accusé présumé doivent être tenu éloignés. Car il ne faut surtout pas oublier que Jessika Rosun avait été confrontée à Kaysee Teeroovengadum lors d’une rencontre où étaient aussi présents l’entraîneur d’athlétisme Frankie Le Bon et deux membres du COM, à savoir, Philippe Hao Thyn Voon et Richard Papie !
Poorun Bhollah et les luminaires

Hormis ce cas d’attouchements sexuels allégués, il y a également eu cet autre cas, tristement célèbre cette fois, de vol de luminaires au Village des Jeux. Un cas détecté à l’heure de l’inspection des chambres où étaient logés des Mauriciens par les organisateurs. Un nouveau scandale qui a terni davantage l’image de notre pays et au cours duquel l’ancien président de la Mauritius Weightlifters & Powerlifters Association, Poorun Bhollah, a été pointé du doigt. Il paraît que l’enquête initiée pour faire la lumière sur cette affaire a été bouclée, comme publié dans certains titres. Sauf qu’à ce jour, la presse dans son ensemble – dont Week-End – n’a toujours pas obtenu de communiqué officiel du COM à ce sujet.

Reconnu coupable, il incombera maintenant à Poorun Bhollah de décider de la marche à suivre. Car à ce jour, on ne sait s’il fera appel contre cette décision ou encore ce que fera le ministère de la Jeunesse et des Sports, car il nous revient que le COM lui laissera le soin de décider de la marche à suivre dans cette affaire.  Il nous revient, d’autre part, que Richard Papie, qui avait endossé le rôle de chef de mission après le scandale Teeroovengadum, se serait fait taper sur le doigt dans ce rapport. Il lui aurait été reproché de n’avoir pas totalement assumé ses responsabilité de chef de mission à l’heure où la délégation quittait le Village des Jeux.

On retiendra aussi que cette affaire n’avait pas été répercutée par le COM lors de la conférence qui avait été organisé au retour du Club Maurice où le cas Teeroovengadum avait tenu le haut de l’affiche. Pourquoi autant d’opacité ? Car ce n’est qu’une semaine après, que cette affaire de vol de luminaires avait été éclatée ! Pour revenir à la fameuse conférence de presse du COM, les prises de position semblaient indiquer que le but était de se dédouaner de toutes responsabilités dans ce crash australien.

Mauvaise blague
On n’oubliera pas d’ailleurs, avec quelle désinvolture Philippe Hao Thyn  Voon avait traité l’affaire Teeroovengadum. Sa fameuse phrase « sa ti pink-pinkou la… », pour évoquer un toucher indécent allégué, avait suscité l’indignationdu mouvement sportif et du public en général. Il avait même osé pousser la rigolade plus loin en faisant part d’une question adressée à Jessika Rosun : «Ki lazou linn tousé?» La mèche avait été allumée, d’où la grosse colère de Muvman Liberasyon Fam (MLF), menée par Lindsey Collen, qui n’avait pas tardé à répliquer pour réclamer la révocation de Philippe Hao Thyn  Voon comme président du COM.

De ce déplacement à Gold Coast, on retiendra la longue suspension infligée par l’Association mauricienne d’Athlétisme (AMA) à l’entraîneur Frankie Le Bon. Ce dernier est, en effet, suspendu jusqu’en mars 2019, après la déposition d’un rapport de Brunette Louis, nettement défavorable à son égard. Il lui est reproché son comportement inapproprié pendant ces Jeux, soit : « alledged misbehaviours and misconduct of Coach Frankie Le Bon in the athletics delegation that participated in the 2018 Gold Coast Commonwealth Games. »

Il convient de souligner que l’entraîneur curepipien a eu l’occasion de se défendre devant un comité disciplinaire avant de connaître sa sanction. Il a été ainsi prouvé qu’il s’est conduit d’une manière qui a discrédité la fédération et d’avoir transgressé les règles et le code de conduite de la fédération internationale par rapport à l’intégrité. Frankie Le Bon a été ainsi suspendu jusqu’au 31 mars 2019 et a été aussi été mis sur la touche pour ce qui est de la préparation des athlètes en vue des 10e Jeux des Iles de l’océan Indien qu’organisera Maurice l’année prochaine.

Heureusement que l’haltérophile Roilya Ranaivosoa est venu sauver l’honneur avec sa médaille d’argent décrochée dans la catégorie des moins de 52 kg. Cette dernière avait, du reste, profité de sa performance pour remettre les choses en perspective notamment du manque de considération du COM à son égard. Sans compter qu’elle avait déploré le fait de n’avoir pas été félicité pour sa médaille. Finalement, le COM avait décidé de lui accorder une bourse olympique dans le cadre de sa préparation en vue des Jeux olympiques de 2020 prévus à Tokyo au Japon !

Après les scandales de Gold Coast, on ne peut s’empêcher de penser ce que sera le déplacement de 2020 à Tokyo et comment certains feront le forcing, afin de se retrouver dans le bon camp. Car il n’est un secret pour personne que les JO ont toujours suscité autant de convoitises auprès des dirigeants sportifs dont les intérêts personnels ont toujours primé au-delà de ceux des sportifs.