Deux ans après avoir fait tomber à lui seul le super jackpot de Rs 57 millions, le plus gros gagnant de l’histoire du Loto, Vega Soondrum, 37 ans, accorde un entretien exclusif à Week-End en guise de première apparition publique. Ce fils de jardinier, ancien membre de la CID de Vacoas, nous fait avec passion et une dose d’émotion le récit de ce tournant exceptionnel de sa vie, où Dame Chance était manifestement présente à ses côtés. Depuis, avec son épouse et ses deux enfants, il vit un véritable rêve les yeux ouverts…
Le week-end du 13 et 14 novembre 2010 restera à jamais ancré dans la mémoire de Vega Soondrum. La combinaison gagnante du Loto, le 9-17-19-29-31-36, qu’il a trouvée, a littéralement fait basculer sa vie et celle de sa petite famille. Le jour du 59e tirage du Loto, le super jackpot de Rs 57 millions à la clé suscite encore plus de passion et de convoitise. « Sa zour-la, tou dimounn pe mazinn Loto. Kan monn sorti kot mwa gramatin, monn sorti pou zouer pou gagner mem », raconte le multimillionnaire à Week-End, comme si cela s’était passé hier. Sur le coup de 10 h ce samedi 13 novembre 2010, il valide sans le savoir le ticket gagnant, pour un montant de Rs 200, à Étoile Boutique à Eau-Coulée. « Mo finn mark sa brit », ajoute-t-il.
Montée d’adrénaline
Dans la soirée, au cours d’une cérémonie de prières chez les parents de son épouse à Quinze-Cantons, il se rendra compte, avec stupéfaction, du fait que sa vie ne sera plus jamais la même. Une nouvelle histoire s’écrit pour lui, son épouse Sheila (34 ans) et ses deux enfants.
L’anecdote du policier devenu multimillionnaire est que, au cours de la prière, soit peu avant le tirage, son épouse avait fait le voeu de remporter le pactole mis en jeu ce soir-là. De plus, une semaine auparavant, le couple avait fêté son dixième anniversaire de mariage. « Tou dimounn dans la priyer pe dir : « Rezilta Loto kinn arive ? » Enn moman mo demann mo bofrer : « Tiraz-la ki dir ? » Li nek reponn mwa : « Enn couyon Eau-Coulée finn gayn sa » », raconte-t-il d’un air amusé.
Le ticket gagnant validé à Eau-Coulée fut un premier déclic pour lui. Rongé par la curiosité, il devait rapidement vérifier son ticket. Réalisant que celui-ci correspondait aux numéros tirés au sort, il ressent des tremblements… « Kouma mo tir ticket-la, lor so premier laligne mem mo trouv mem nimero aparet. Badinaz apart, enn sel kou mo coumens trouv flou ! La priyer fini en plas… », poursuit Vega, ajoutant qu’il a toujours cru en sa bonne étoile quand il jouait au Loto.
Le policier, affecté à l’époque à la Criminal Investigation Division de Vacoas, connaît alors une soudaine montée d’adrénaline, avec dans ses mains ce ticket représentant Rs 57 millions. Le choc et l’émotion étaient tellement intenses que ce père de deux enfants arrivait difficilement à réfléchir pour trouver un lieu sécurisé où conserver son ticket le temps du week-end. « Il y avait une cinquantaine de personnes à cette prière qui savaient que j’étais l’heureux veinard. Finalement, je l’ai confié à mon beau-père, à qui je fais énormément confiance », raconte celui qui a, depuis, déménagé pour Flic-en-Flac. Vega Soondrum ne dérogera pas à la règle des grands gagnants du Loto : il passera une nuit blanche et vivra même une certaine angoisse en attendant de se présenter à la Loterie Nationale, le lundi suivant.
Que faire de tous ces millions… ?
Les heures lui semblèrent alors interminables, les questions défilant dans sa tête. « Enn nuit mo pa dormi. Pe fer lespri travay mem ki pou fer ar sa kas-la. » Toutefois, une fois le chèque de Rs 57 millions encaissé Vega et Sheila Soondrum  font preuve de maturité en mettant en tête de liste des priorités les membres de la famille. Les nouveaux riches devaient ainsi organiser un group tour en Inde pour dix de leurs parents proches. L’ancien policier – qui a, entre autres, visité en famille la Chine, Dubaï et Singapour – est le premier à reconnaître que sans le Loto, il n’aurait jamais pu s’offrir de tels voyages.
Ayant visiblement un goût prononcé pour les grosses cylindrés, le multimillionnaire a également fait l’acquisition d’une BMW, pour lui, et d’une Mercedes, pour son épouse, qui travaille toujours comme enseignante. Ayant fait plaisir à ses proches, le multimillionnaire Vega Soondrum s’est attaqué aux choses sérieuses et investit dans une luxueuse villa, fraîchement inaugurée, à Flic-en-Flac.
Une famille très modeste
La question mérite d’être posée. Que peut bien faire un citoyen lambda de ses journées après avoir décroché un tel jackpot, et démissionné de son poste quatre mois plus tard ? « Je sers de chauffeur à ma fille et mon fils. Je les dépose à l’école le matin, et les récupère l’après-midi ! », répond-il avec une pointe d’humour, ajoutant que les journées de sa nouvelle vie sont également ponctuées de rencontres avec des managers d’institutions bancaires et de visites à ses anciens collègues et supérieur, dont il fera les éloges et envers qui il est toujours reconnaissant.
Le hasard a cependant très bien fait les choses. En effet, Vega Soondrum est issu d’une famille très modeste, son père étant jardinier et sa mère, femme au foyer. Avec sa famille, il a vécu une bonne partie de sa vie dans une maison située dans la cour même du collège Saddul. Malgré la pauvreté, il réussit l’exploit de briller aux examens du CPE en se classant 76e et en intégrant le Collège Royal de Curepipe. Mais il ne peut réaliser un de ses rêves les plus chers faute de moyens financiers. « Mo ti touzour panse ki mo pou vinn enn ingenieur. Me sa lepok-la ti dan bez : premye travay inn ganye monn rantre. Se koumsa ki monn finn retrouv mwa dans la polis », raconte Vega, avec une pointe de regret.
Fidèle à ses racines
En dépit de son nouveau statut, le sacré veinard a su garder les pieds sur terre et affirme ne pas oublier ses racines. « Si j’avais changé ma personnalité, dimounn ti pou per pou frekant mwa ! Le Loto a transformé ma vie, mais n’a pas changé l’homme que je suis », affirme-t-il. Dans la foulée, sa femme en profite pour souligner qu’ils ont pris du temps pour s’acclimater à cette nouvelle vie et affirme que sa petite famille se comporte comme des gens « normaux ». « Quand nous sortons, quand nous sommes en famille, nous ne nous mettons jamais sur un piédestal. D’ailleurs, c’est pour cette raison que les membres de notre famille ont été et seront toujours là pour nous », fait-elle ressortir.
Mais au final, l’argent fait-il le bonheur ? « Tou depann kouma to servi kas-la » ajoute Vega en guise de dernière note d’humour. Sa femme, après quelques secondes de réflexion, répondra, philosophe : « L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue fortement… »