Qu’importe la sphère où elle évolue, la Mauricienne est une femme qui a, selon des observatrices rencontrées, forgé ses qualités et renforcé ses capacités avant tout grâce à des raisons économiques. Le monde du travail, disent-elles, a contribué à faire d’elle une femme épanouie, indépendante et qui assume ses différentes responsabilités avec dextérité. Portrait de cette femme qui fait partie des 655 000 Mauriciennes.
Elle est courageuse, déterminée, travailleuse. Quand elle est mère, elle est prête à assumer plusieurs responsabilités et se bat sur tous les fronts pour le progrès et le bien-être de sa famille. Seule, elle assume son indépendance et font tout pour la préserver. Elle gère sa vie amoureuse. Professionnellement, elle est ambitieuse. Fonceuse, elle se met à son propre compte pour éviter le chômage. Elle, c’est la Mauricienne d’aujourd’hui telle que la voient trois femmes actives évoluant  dans différentes sphères.
Afeezah Curimbucus, 43 ans, est employée dans le préprimaire public. Axelle Mazery, 37 ans, est directrice des médias et des relations publiques pour le groupe Lux*Resorts. Christiane Pasnin, 45 ans, est coordinatrice de projets auprès de Caritas (Maurice). Toutes ont, de par leur parcours respectif, assisté à l’évolution de la femme mauricienne dans une société remplie de défis et qui ne lui fait pas de cadeau. Et parce que notre pays a connu une progression matérielle et économique rapide, “le profil de la Mauricienne a aussi changé avec”, observe Christiane Pasnin, qui prépare un diplôme en Community Services.
“Cette évolution, selon Axelle Mazery, est allée très vite.”Cependant, celle-ci, dit-elle, a permis aux Mauriciennes qu’elle rencontre de participer pleinement au développement économique et social du pays. Dans le milieu professionnel, la Mauricienne contemporaine, explique-t-elle, est complémentaire de ses collègues masculins. Même que, selon notre interlocutrice, elle dispose d’un atout : “Avec sa vision et sa fibre d’émotion, elle apporte une dimension très intéressante aux différents projets de développement.”
De son côté, Afeezah Curimbucus constate que, dans son secteur, même si “c’est une femme qui occupe le poste de responsable de toutes les écoles préprimaires gouvernementales, les chances de promotion pour les éléments féminins restent minces ! Pourtant, la femme dans mon milieu professionnel est très volontaire !”
“La Mauricienne a développé un talent, celui de la précision !”
Autre détail qui pourrait s’ajouter au profil de la Mauricienne c’est la femme qui ose. Christiane Pasnin, qui intervient auprès des foyers en précarité économique dans des régions du Nord, cite l’exemple de la femme maçon et de la jardinière. “Quand elle a plus de 35 ans, sans bagage académique et qu’elle sait qu’elle doit subvenir aux besoins de ses enfants, parce que souvent, est la seule à les élever, elle n’hésite pas à se faire engager sur les chantiers et dans le secteur agricole.Elle ose relever ce défi, car c’en est un. Pourquoi ? Parce qu’elle doit se lever à 4h du matin pour préparer les repas de la journée pour les enfants et le mari, quand elle en a, et s’occuper de sa maison. Et quand elle rentre, elle poursuit ses tâches ménagères.”
Cette caractéristique, selon Afeezah Curimbucus, confère à la Mauricienne une capacité à l’endurance, une qualité, dit-elle, dont ne disposerait pas les hommes. “Contrairement à elle, quand il rentre de son travail, il n’a pas autant de tâches qui l’attend !”Axelle Mazery, ajoute : “Cette situation fait qu’en jonglant avec plusieurs choses à la fois, la Mauricienne a développé un talent, celui de la précision ! Elle s’assure que tout fonctionne comme une montre suisse.”Une analyse qu’approuve Christiane Pasnin en racontant une anecdote : “Le responsable d’un chantier me disait que les femmes maçons sont plus régulières que les hommes. Eux, s’absentent les lundis, elles, sont présentes ! Pourtant, elles, touchent Rs 500 par jour, contre Rs 600-700 pour un homme !”
Le travail a eu raison des tabous
La Mauricienne d’aujourd’hui, explique Axelle Mazery, est “cette femme qui a gagné en droit et en liberté.”L’éducation et le monde du travail lui ont ouvert la porte de l’autonomie. Néanmoins, pour ce qui est des droits, les trois femmes rencontrées rappellent que malgré les avancées, l’inégalité des salaires hommes/femmes est plus que jamais un combat d’actualité. Mais, disent-elles, le travail a façonné la personnalité de la Mauricienne et contribué à son épanouissement.
“Si autrefois elles étaient limitées dans leurs choix de carrière et que pour certaines ce sont les parents qui décidaient de leur profession, aujourd’hui, non seulement le marché de l’emploi s’est diversifié, mais les femmes doivent s’adapter aux horaires et autres contraintes du travail. Si la Mauricienne est devenue davantage indépendante, c’est aussi pour cette raison. Le travail a fait tomber bien des tabous. Elle ne choisit plus son travail en fonction de ses convictions religieuses ou autres. Elle accorde une importance à ses responsabilités professionnelles. De ce fait, beaucoup de femmes doivent adapter leur mode de vie selon leurs horaires de travail. Si elles terminent à 18h, c’est à cette heure-là qu’elles peuvent se rendre au supermarché, faire leur shopping, sortir, etc. Et si elles doivent le faire seules, elles le feront. Comment ne pas devenir indépendante ainsi ? D’ailleurs, on voit bien que des femmes sont devenues très débrouillardes. Elles règlent les problèmes domestiques et gèrent leur maison avec brio”, avance Afeezah Curimbucus.
Dans les régions où elle exerce, Christiane Pasnin a noté que la femme autonome est celle qui assure seule le fonctionnement de son foyer. “Elle met de côté sa féminité pour endosser le rôle de pilier économique”, précise-t-elle. La notion de femme indépendante, souligne cette dernière, dans les milieux modestes en régions rurales est différente de celle dans les milieux des femmes professionnelles, actives. On note qu’avec la régression des mariages et la progression des divorces, la Mauricienne est encline à assumer pleinement sa vie de femme seule. “C’est un mode de vie qui concerne davantage la femme de 25-30 ans que celle de plus de 40 ans !” remarque Afeezah Curimbucus.
Pour sa part, Christiane Pasnin compte dans ses rencontres des femmes qui accordent autonomie et débrouillardise. “Dans bien des cas, il s’agit des femmes qui, pour affronter le chômage, font preuve d’inventivité en créant des services utiles.”