Depuis hier, quand est survenue la bousculade meurtrière à Mina sur la route vers La Mecque, avec 717 victimes et 863 blessés, selon le dernier bilan officiel dressé par l’Arabie Saoudite, les autorités mauriciennes multiplient les initiatives vu que 1 152 Mauriciens participent au présent Hadj. Une cellule de crise sous supervision du vice-Premier ministre et ministre du Logement, Showkutally Soodhun, avec la collaboration du Premier ministre suppléant, Xavier-Luc Duval, a été instituée en vue d’assurer la coordination des recherches sur le terrain en Arabie Saoudite. Les dernières informations disponibles à ce matin sont que 10 Mauriciens sont portés manquants depuis cet événement dramatique. Toutefois, les inquiétudes sont plus grandes concernant neuf Mauriciens, dont cinq membres d’une même famille, qui auraient pu se retrouver en plein coeur de la bousculade. Le dixième Mauricien, lui, se trouvait dans un hôpital pour des soins mais entre-temps, les contacts mauriciens ne sont pas arrivés à le retracer car il aurait été transféré dans un autre établissement de santé du royaume saoudien.
En attendant une rencontre convoquée pour cet après-midi par le vice-Premier ministre Soodhun avec les membres des familles des pèlerins manquants, la situation est la suivante car initialement le nombre de Mauriciens qui manquaient à l’appel se chiffrait à 17. Entre hier et ce matin, le nombre a évolué pour descendre à une dizaine, soit cinq membres de la famille Jannoo, deux de la famille Nazurally, deux autres de la famille Peerbaccus et Hamza Ameerally. Ces trois derniers avaient été envoyés à l’hôpital pour recevoir des soins, mais depuis, la délégation sur place n’a pas eu de leurs nouvelles.
En revanche deux autres Mauriciens portés manquants hier, en l’occurrence deux membres de la famille Chaumoo, ont eux été retrouvés. Trois autres personnes qui avaient reçu des soins à l’hôpital après la bousculade sont rentrées. D’autre part, y a deux jours, un pèlerin mauricien, en l’occurrence Raffick Beeharry, est décédé. La forte chaleur qui prévaut actuellement en Arabie Saoudite a été évoquée dans son cas.
Depuis hier, le président de l’Islamic Cultural Centre, Sam Lauthan, Fareed Jaunbocus, membre de l’ICC et d’autres Mauriciens accomplissant le pèlerinage de La Mecque, conjuguent leurs efforts pour essayer d’avoir les dernières nouvelles des Mauriciens pris dans la bousculade. Mais force est de constater que ces efforts se heurtent à l’envergure des opérations en cours car c’est le deuxième incident le plus meurtrier à La Mecque de ces dernières années, après les 1 400 victimes du tunnel de la Plaine d’Arafat en 1990. « Depuis le premier incident avec la grue qui s’est abattue sur des pèlerins il y a deux semaines, il y a une psychose parmi les pèlerins et le moindre incident suscite de la panique comme ce fut le cas lors des essais de la sonorisation à la Grande Mosquée », fait comprendre Sam Lauthan au téléphone de La Mecque, qui confirme que « nous sommes sans nouvelles de ces neuf Mauriciens ».
Identification
De son côté, Fareed Jaunbocus, interrogé par Le Mauricien en fin de matinée alors qu’il venait de participer à une réunion de travail avec des représentants saoudiens, indique que d’ici à demain matin au plus tard, la situation devrait se décanter quant à l’identité et la nationalité des victimes. « Il est un fait que chaque pèlerin qui débarque en Arabie Saoudite pour le Hadj porte un bracelet avec des données électroniques susceptibles de permettre son identification dans n’importe quel cas de figure. Depuis la bousculade meurtrière d’hier, les autorités saoudiennes se sont attaquées aux urgences avec le nombre conséquent de victimes et de blessés. Ce n’est qu’à partir de ce matin que l’on procédera à l’identification des victimes et des blessés par le moyen de lecture des bracelets pour établir les listes officielles par pays », ajoute ce membre de l’Islamic Cultural centre, parti accomplir le rite de la lapidation de satan une heure avant les graves incidents d’hier.
Après la réunion de la mi-journée, Fareed Jaunbocus a déclaré que le statu quo est de mise quant aux Mauriciens missing à Mina. « Nous devrions avoir d’autres informations au plus tôt ce soir si ce n’est demain matin avec l’exercice de vérification des bracelets en cours. Mais la cruelle vérité est que plus le temps passe, plus l’équation devient compliquée », devait-il ajouter.
« Des pèlerins marchaient sur d’autres… »
À ce stade, les circonstances de la disparition de ces Mauriciens sur la route 204 en Arabie Saoudite sont encore floues. Des témoignages recueillis d’Arabie Saoudite laissent comprendre que ce groupe, dans lequel se trouvaient les cinq membres de la famille de Swaley Jannoo, la mère Nazurally et son fils, et les deux membres de la famille Peerbaccus, avait choisi d’entreprendre le rite de la lapidation plus tard que le gros du contingent des pèlerins mauriciens.
Dans ce groupe, il y a des pèlerins qui sont rentrés très tard hier soir. « Ceux qui faisaient partie du groupe avec les pèlerins manquants sont rentrés hier soir dans un état d’extrême faiblesse. Nous avons préféré les laisser récupérer de leur expérience choquante avant d’essayer de comprendre ce qui s’est passé. Nous avons le cas d’une Mauricienne qui a été sauvée in extremis de cette bousculade. On raconte que d’autres pèlerins marchaient sur d’autres dans la fuite », ajoute le représentant de l’Islamic Cultural Centre, qui doit se résigner à attendre des informations des autorités sur les résultats des opérations de secours et de recherches en cours.
Du côté des familles mauriciennes affectées par ces incidents, l’inquiétude ne fait que s’accentuer au fil des heures comme c’est le cas pour la famille Ameerally de Rivière-des-Anguilles (voir détails plus loin) alors que d’autres attendent avec impatience la réunion avec le VPM Soodhun cet après-midi pour en savoir plus sur l’état des lieux.