Depuis jeudi, avec l’une des plus graves bousculades meurtrières de ces 25 dernières années lors du pèlerinage du hadj à La Mecque, dont un lourd bilan de 717 morts et de 893 blessés, les proches des 1 152 pèlerins mauriciens ont connu des moments d’angoisse. Mais très vite, avec l’intervention sur le terrain en Arabie saoudite du président de l’Islamic Cultural Centre, Sam Lauthan, et de son collègue, Fareed Jaunbocus, la grosse majorité a été rassurée car le nombre de Mauriciens portés manquants, qui était de 17 initialement, a été ramené à cinq à peine 48 heures après les incidents dramatiques. Toutefois, que ce soit chez les familles des pèlerins du hadj à Maurice ou parmi les Mauriciens participant au plus grand pèlerinage dans le premier lieu saint de l’islam, et encore des membres de l’Islamic Cultural Centre assurant la coordination sur le terrain, l’expérience vécue n’est somme toute que traumatisante et bouleversante. Surtout pour les deux membres de l’Islamic Cultural Centre qui ont eu à relever l’ingrat défi de se rendre dans les morgues de La Mecque pour confirmer cet élément clé qu’aucun Mauricien n’aurait succombé à ses blessures lors de la tragédie de La Mecque.
À hier matin, cinq Mauriciens, soit quatre des cinq membres de la famille Janoo, et Halima Nujurally, dont le fils Nissar Nujurally est rentré à son hôtel de La Mecque tard vendredi après avoir vainement cherché sa mère égarée dans la plaine de Mina, sont toujours portés manquants. Ils faisaient partie d’un même groupe de 92 pèlerins partis ce jeudi matin pour accomplir le rituel incontournable du hadj dont la lapidation des stèles symbolisant Satan. Dans le cas d’Hasima Nujurally, les autorités mauriciennes entretiennent la quasi certitude que cette mère de famille, qui était en compagnie de son fils, est encore en vie.
Le témoignage de ce dernier en fait foi. « Nou ti pe mars ansam dan la foul ek enn kout mo finn perdi li avec bouskilad-la. Nou ti dan la plaine », aurait fait comprendre en substance Nissar Nujurally, quand il était retourné, exténué, à son hôtel, vendredi. Il a été admis à l’hôpital suite à des blessures essuyées lors de la bousculade.
Le fils de Hasima Nujurally avait passé la journée de jeudi et une partie de vendredi à errer dans la plaine de Mina dans l’espoir de retrouver les traces da se mère. À partir de ce matin, des équipes de Mauriciens ont été constituées pour poursuivre les recherches sur le terrain à Mina ou dans d’autres endroits stratégiques pour retrouver cette mère de famille. « Il faut reconnaître que ce n’est nullement une tâche facile d’identifier une Mauricienne dans l’immense plaine de Mina qui compte des millions de pèlerins. En plus, il y a la barrière langagière. Mais ce qui est positif, c’est que les dernières indications laissent confirmer qu’elle serait toujours en vie », indique Fareed Jaunbocus, interrogé par Week-End, hier matin.
Néanmoins, le cas des quatre membres de la famille Janoo, dont les autorités et les membres de la famille à Maurice sont sans nouvelles depuis jeudi, suscitent de vives préoccupations. Le retour dans le groupe des Mauriciens dans la journée de vendredi d’Israbee Beeharry, la soeur de Swaley Janoo, habitant Henrietta, avait ravivé l’espoir d’un dénouement positif pour les autres membres de la famille. Mais il fut de courte durée car, à hier matin, aucune trace encore de Swaley Janoo, de son épouse Zabeen Janoo et des soeurs Kisnobee Kaudeer et Sayeda Janoo de Chemin-Grenier et Rose-Belle.
Encadrement psychologique
Depuis son retour, Israbee Beeharry, qui avait été recueillie par des pèlerins indiens, est en état de choc, jusqu’à aller dire qu’elle pourrait souffrir d’un véritable traumatisme de ce qu’elle a vécu depuis les événements tragiques de la matinée de l’Eid-ul-Adha. « Dans ce genre de situation, le plus urgent est d’assurer un encadrement psychologique à la personne, le temps de sa récupération. Malheureusement, les bons samaritains indiens qui ont récupéré Israbee Beeharry l’ont tout simplement déposée avant de repartir, probablement en raison d’un problème de communication. Si on avait pu avoir des informations à quel endroit elle avait été trouvée, nous aurions pu réorienter nos recherches pour les quatre autres membres de la famille portés manquants », ajoute le représentant de l’Islamic Cultural Centre.
À partir d’hier matin, des Mauriciens reprendront leur bâton de pèlerin pour effectuer la tournée des hôpitaux et autres centres de soins à La Mecque et des environs en vue se mettre en contact avec des membres de la famille Janoo. Sur la base des informations disponibles, des espoirs sont permis de les retrouver vivants car, suite à une première tournée des morgues de La Mecque par Sam Lauthan et Fareed Jaunbocus avec le feu vert des autorités saoudiennes, dans la nuit de vendredi à samedi, aucun Mauricien n’avait été identifié.
« Le point positif lors de l’exercice de vérification à la morgue demeure que sur les quelque premiers 500 cadavres vérifiés, aucun Mauricien n’en fait partie. Un véritablement soulagement pour nous. Une seconde étape devait être franchie cet après-midi pour les 217 autres victimes. Rendez-vous a été pris. L’examen se fait principalement par voie photographique avec des informations récupérées des bracelets contenant des données informatiques susceptibles de permettre l’identification des porteurs. En cas de confirmation officielle qu’aucun pèlerin mauricien n’a trouvé la mort dans cette bousculade, il nous restera deux options, soit les quatre se sont égarés dans cette foule immense de plus de trois millions de personnes, toutes nationalités confondues, soit poursuivre la tournée des hôpitaux où 893 blessées de La Mecque sont recensés et sous traitement médical », poursuit Fareed Jaunbocus.
Que ce soit pour Sam Lauthan ou Fareed Jaunbocus, cette tournée des morgues de vendredi constitue une expérience bouleversante et traumatisante. « Pa kozé. Zamé ti krwar pou gagn enn l’expérience parey. Pa fasil sa. Mé li fer parti de lavi et nou pé okip sak pous terrain », laisse échapper tout simplement le président de l’Islamic Cultural Centre, qui se bat en Arabie saoudite depuis jeudi pour rassurer les Mauriciens.
« C’est effrayant »
Par contre, Fareed Jaunbocus semble encore plus accablé par ce qu’il a vu et vécu lors de cette inspection à la morgue. Les images de ces cadavres alignés ou encore ces visages défigurés par le piétinement défilent encore dans sa tête, au point de le hanter. « J’ai vu 500 victimes. Ce n’est pas tous les jours qu’une personne affronte une scène de cette envergure. C’est extrêmement bouleversant. Du jamais vu je vous dit. C’est plus. C’est effrayant. Des visages complètement défigurés, qui vous regardent », lâche le représentant de l’Islamic Cultural Centre, qui rappelle que l’identification de toute victime s’impose en Arabie saoudite avant le rite funéraire.
À un certain moment de la conversation téléphonique, Fareed Jaunbocus peut difficilement retenir ses émotions et fond en larmes devant le drame humain de La Mecque tout en signifiant son intention de repartir à la recherche des cinq derniers Mauriciens égarés depuis jeudi lors la dernière étape de vérification des 217 autres victimes se déroulant après la prière de cet après-midi.
« Nous continuerons à nous battre et nous ne comptons nullement baisser les bras tant que nous ne sommes pas en présence d’informations fiables au sujet du sort de nos cinq compatriotes partis en pèlerinage à La Mecque », conclut Fareed Jaunbocus avec une énergie renouvelée après une visite de l’hôpital Abdul Aziz à la mi-journée hier.