Notre république dégageait depuis fort longtemps une désagréable odeur de corruption.  Maintenant elle pue carrément la charogne. Mais soyons justes et précisons que ce relent, aussi nauséabond soit-il, n’est pas une invention du gouvernement actuel. Le peuple « admirable », dans son infinie bonté, l’a si gentiment ignoré pendant des décennies que certains membres de chaque gouvernement nouvellement élu se  sont crus divinement investis du pouvoir et du devoir de déchiqueter leur part du pays et d’en distribuer des lambeaux à leur famille politique et à leurs amis. Un peu à la manière dont les soldats romains se disputaient les vêtements du Christ. Aujourd’hui, plus que jamais, élection rime avec récompense et récompense rime avec gloutonnerie. Plus le fromage rapetisse, plus le bal des vautours et des corbeaux devient frénétique. Pour le peuple, c’est la rançon de sa léthargie. Eh oui, il s’est laissé anesthésier par la triste mélopée des charognards qui se sont succédé aux commandes de Paradise Island.
Hier, le Roi Soleil, le vrai, disait « l’État c’est moi ». Aujourd’hui, quand certains de nos dirigeants, plus subtils, disent  « nou pei », la population devrait comprendre par là que ce « nou » veut dire cette bande de joyeux copains au sommet : ils se sont déjà proclamés propriétaires, corps et biens, de ce sympathique petit bout de terre et maîtres de son aussi sympathique population. Ce qui revient à dire que les mentalités n’ont pas évolué. Il ne suffit pas de critiquer à tout-va  monarchie et colonialisme pour s’en démarquer. La cupidité a la vie dure et nous savons tous qu’elle a des raisons que la raison ne connaît pas.  Ce qu’oublient par contre nos dirigeants, c’est que le plus menacé est  bien souvent celui qui tire l’élastique. Partout où des dirigeants sont devenus trop gourmands et arrogants, la rue a su les remettre à leur place : poubelle ou prison, c’est vous qui voyez.
 Le citoyen est fier d’avoir de belles routes sur lesquelles roulent belles et rutilantes limousines et de beaux aéroports qui accueillent avec fierté de gros porteurs, mais il a aussi besoin de vivre décemment. Il a besoin d’une bonne maison avec les aménités. Il a besoin de transports décents. Il a besoin de nourriture de bonne qualité. Il a besoin de voir son enfant diplômé au prix de gros sacrifices obtenir un emploi digne. Fini le temps où le pauvre se plaisait à manger son pain sec en regardant avec délectation le steak de son patron. Chaque mauricien, même ce gamin qui vit dans une longère au pied de la Montagne des Signaux sait aujourd’hui, que le gouvernement lui a mis sur la tête une dette énorme. Rien que pour ce fardeau, il a droit à des égards et il réclamera des comptes le moment venu. Et ce moment, même nos meilleurs prévisionnistes, et Dieu sait si nous en avons, ne peuvent le prédire.
Chantez politiciens…le peuple vous fera bientôt danser au son de sa musique. Et vous savez quoi ? Ce n’est qu’à cet instant que vous réaliserez que votre piédestal avait le pied fragile.