23 mai 1999-20 mai 2018. Pratiquement 19 ans se sont écoulés depuis ce triste Scouts Club-Fire Brigade au stade Anjalay Coopen à Belle Vue comptant pour la dernière journée du championnat de l’époque. Match, qui plus est, décisif pour le titre de champion de Maurice. Après un but refusé pour hors-jeu du côté du Scouts Club, un but tardif couronne cette fois la Fire Brigade. Des incidents éclatent alors dans le stade et des supporters saccagent tout sur leur passage. S’ensuivent des incidents à Port-Louis et l’incendie de la maison de jeux l’Amicale à la rue Royale. Sept personnes périssent dans l’incendie, dont une femme enceinte.   
Dimanche dernier, la Mauritius Premier League a pris fin avec pratiquement les mêmes similitudes, sauf que les incidents d’après match ont été très vite contrôlés. L’ASPL 2000 qui devait impérativement s’imposer face à Cercle de Joachim se fait accrocher au dernier moment (1-1), laissant ainsi filer le titre, au profit de Pamplemousses SC. Les Portlouisiens ayant tenté en vain de contester le but égalisateur qui, selon eux, était entachée d’une position de hors-jeu, la situation n’a pas tardé à dégénérer. Joueurs, dirigeants et supporters s’en sont alors pris à l’arbitre et à ses assistants, qui ont dû quitter le stade sous escorte policière.

Quelles sont les leçons à tirer de ces événements, si ce n’est qu’en 19 ans, l’organisation du championnat de foot n’a pas vraiment évolué à Maurice ? Et il est clair que les dérapages de dimanche dernier auraient pu être évités si les mesures nécessaires avaient été prises. Comment des supporters mécontents ont-ils pu avoir facilement accès à la pelouse ? Il y avait-il suffisamment de policiers dans le stade pour un match de cette envergure ? La MFA ne savait-il pas à l’avance que le titre allait se jouer sur un fil et que ce cela risquait de rendre ce match tendu ?

Visiblement, certains aspects de l’organisation n’étaient pas au point. Car non seulement, la sécurité des arbitres a été menacée, mais aussi, celle des joueurs. Fort heureusement, ces incidents n’ont pas eu de conséquences graves.

Faut-il cependant en rester là et attendre que d’autres incidents similaires, voire plus graves, viennent entacher à nouveau l’image du football local et du pays, comme en 1999 ? Certainement pas. La MFA doit  prendre les taureaux par les cornes. À commencer par appliquer d’une manière distincte, en sanctionnant le ou les coupables. Cela afin d’envoyer un signal fort à ces têtes brûlées qui n’ont strictement rien à faire dans les gradins. Les clubs sont également à blâmer dans le sens où ils devraient être responsables de leurs supporters, à travers des supporters club, comme c’est le cas en Angleterre par exemple.

Et la commission d’arbitrage dans tout cela ? Les critiques n’ont cessé de pleuvoir sur les hommes en noir cette saison. Des mesures ont-elles été prises en conséquence pour savoir si les décisions contestées étaient bien fondées ou pas ? Ou encore, les arbitres sont-ils bien formés comme à l’époque où Alain Lim Kee Cheong faisait la fierté du pays sur le plan international ? Ont-ils les moyens de se perfectionner à travers des cours de haut niveau dispensés par des experts internationaux localement et à l’étranger ? Ce sont là autant de questions qui méritent réflexion.

À bien voir, ce championnat a été organisé au petit bonheur par la MFA. Car autant que l’on sache, l’organisation d’un championnat professionnel implique toute une série de mesures, à commencer par la professionnalisation de ses arbitres, des administrateurs de clubs et surtout à une responsabilisation des supporters entre autres. Après ce que nous avons vu, semaine après semaine, cela ne semble pas avoir été le cas.
Un nouveau départ est cependant possible. À condition que nous ayons des dirigeants responsables, compétents et surtout intègres, comme ceux qui ont offert à notre football ses heures de gloire, dans les années 70 et 80. Une génération dorée qu’on peine malheureusement à retrouver.

La MFA que dirige Samir Sobha est elle très loin de répondre à ces attentes. D’autant qu’elle a démontré ses limites en terme d’organisation et ce, à maintes reprises, comme en témoigne cette première journée du championnat junior du 6 mai dernier annulée en l’absence…d’arbitres ! Et la situation est loin de s’améliorer avec un éventuel arrêt du championnat professionnel, et pour conséquence, des footballeurs au chômage.
Devant autant de défis qui nous guettent, ces messieurs de la MFA gagneraient à se pencher sérieusement sur les solutions durables et réfléchies pour faire progresser notre football. Et au lieu de se lancer dans des calculs antisportifs, à la veille de l’élection d’un nouveau comité directeur que ces braves messieurs jettent plutôt un coup d’œil dans le rétroviseur, pour constater l’ampleur des dégâts, causés à notre sport roi !

JEAN MICHEL CHELVAN