Ils ont été franchement phénoménaux. Maurice sort de ces 10es JIOI sur son sol avec une exceptionnelle moisson de médailles. Nos athlètes se sont surpassés pour faire honneur au quadricolore. Dans toutes les disciplines. Bravo à cette vaillante équipe. Il faut aussi saluer l’apport significatif des athlètes de Rodrigues et ceux évoluant dans le sport adapté dans cette “bumper crop”, comme dirait l’autre.
Des images et de bien belles, il en restera des tonnes, fortes en émotion, de cette dernière édition qui a vu la consécration de Maurice. Cette pétillante Noemi Alphonse qui a fait acte de solidarité avec une concurrente après avoir décroché sa médaille d’or, quelle belle leçon d’humanisme ! Voir la Rodriguaise Antoinette Milazar, à 44 ans, faire le sprint qu’elle a fait pour venir de très loin et terminer avec la médaille d’argent des 10 000 mètres, quel spectacle !
Ce qui était bien aussi avec ces Jeux c’était l’engagement des jeunes et surtout la force de leur mental. Alicia Kok Shun, 14 ans, a grelotté à Côte d’Or, mais elle a quand même ramené, à elle seule, quatre médailles d’or. Des prestations notables comme celles de sa collègue du même âge, Inès Gébert, et du nageur Bradley Vincent.
Et puis, il y a tous les autres, ces nombreux filles et garçons, comme ces Bruno Julie, Stephan Buckland et d’autres qu’on s’empressera vite d’oublier une fois les clameurs des stades et des gymnases tues. Que c’était réconfortant de voir tous ces enfants nés dans des conditions modestes, à qui la vie a pratiquement tout refusé, issus de ces familles de laissés pour compte, réaliser des performances aussi remarquables. C’était comme une revanche sur l’Histoire, un pied de nez au destin.
Une réussite qu’ils ne doivent qu’à eux-mêmes, à leur parents, à ces entraîneurs, encadreurs qui les ont initiés, guidés, suivis jusqu’à ce qu’ils croient en eux et qu’ils aient la culture de la gagne. Ils ne doivent pas grand-chose à ceux qui se sont installés au poste de Premier ministre il y a deux ans, ni aux deux ministres qui se sont succédé à la Jeunesse et aux Sports ces derniers quatre ans. Ils doivent ainsi faire bloc contre la récupération politicienne de élus des efforts et de leurs sacrifices. Les célébrer, oui, il le faut, mais les utiliser, non, pas question.
On espère aussi que, demain, on ne leur demandera pas un certificat de moralité pour avoir quelques sous pour subsister alors que quelqu’un qui a été condamné et qui a dû faire des travaux communautaires comme Rajesh Gooljaury était aux premières loges avec le Premier ministre et d’autres pontes du MSM pour assister au match Maurice/Mayotte.
Comme l’a opiné un quidam au stade Georges V, il ne manquait que Prakash Maunthrooa et Geanchand Dewdanee pour compléter le tableau, mais il paraît que le premier est trop occupé à parlementer avec le détenteur de la médaille d’or de l’opportunisme, Jocelyn Grégoire, et que, le second, l’autre zenfan lakaz, ne veut plus être spectateur, ne serait-ce que d’un baisemain réunissant Pravind Jugnauth et Roshi Bhadain.
Si Maurice a brillé, les autres îles ont eu une participation inégale à ces jeux. La Réunion qui avait, en avril dernier, menacé de ne pas participer, est bien venue, mais elle a donné l’impression d’être là à “koz ki a fer”. Pas de rage de vaincre, pas de signe d’adhésion, pas de motivation. Les athlètes réunionnais ont juste assuré dans quelques domaines où ils ont un petit avantage, c’est tout. Il leur reste, certes, la finale de foot, mais il ne semble pas que ce soit l’enthousiasme qui ait été le moteur de l’équipe de l’île soeur.
Madagascar a montré, par contre, un tout autre visage. Très appliqué, ne laissant échapper aucune chance de médaille. Il s’agit d’une belle communauté sportive qui a de beaux jours devant elle, boosté qu’elle est après le parcours de son équipe nationale de foot au dernier championnat d’Afrique des Nations où elle s’est hissée en quarts, ce qui n’est pas un mince exploit.
Les Seychelles ont, eux aussi, offert une belle performance à ces jeux. Il ne faut pas oublier que c’est un pays qui se compose de moins d’un dixième de la population mauricienne. Avec ses 92,000 habitants, la délégation des “dalons” s’en est sortie très honorablement, surtout en natation où sa jeune participante Felicity Passon a réussi à rafler sept médailles, dont six en or. Dans les autres disciplines, il y a eu aussi des prestations prometteuses.
Nos autres îles qui ont une tradition moins ancrée dans ces jeux, progressent aussi, à l’image de Mayotte qui se révèle costaud en football, et les Maldives, organisatrices des prochains Jeux de 2023, au grand dam des Comores qui étaient candidates et qui menacent de tout plaquer, sont, avec leur très jeune effectif féminin, redoutable en tennis de table, par exemple.
Les Jeux sont maintenant terminés. Malgré les couacs, la fête aura été belle, pas parce que les politiques opportunistes se sont battus pour être photographiés avec les champions du jour, au point, pour certains rustres et indélicats notoires, de se mettre devant eux pour la photo souvenir, mais parce qu’il y a eu ce public formidable qui, sceptique au début, n’a pas pu résister à l’appel du quadricolore, à l’invitation de célébrer les joies et les insuccès de la nation sur les stades et dans les gymnases.
Un beau moment, une parenthèse enchantée. Qu’on ne s’y trompe pas, on va vite retomber dans nos travers, dans le piétinement de la méritocratie, dans les sphères réservées aux uns, interdits aux autres à cause d’un accident de naissance et surtout dans la même perpétuation d’un népotisme dégoûtant.
Et comme les échéances ne sont pas trop loin, il faudra être particulièrement vigilant. Le noubannisme risque de revenir plus vite que l’on ne l’imagine. Les pyromanes soutirés par certains politiques ont déjà le bâton prêt à faire craquer l’allumette. Il faut préparer nos pompes à eau, pas pour évacuer l’eau des lacs du stade Georges V, mais pour circonscrire le feu des incendiaires patentés.

Josie Lebrasse