L’impatience est palpable dans les rangs des syndicats en prévision de la présentation du budget pour l’exercice fi nancier 2016/17. Toutefois, comme le souligne à juste titre le syndicaliste Reeaz Chuttoo de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), la dissension politique régnant au sein du gouvernement peut ouvrir la voie au scepticisme quant à un allégement du fardeau de ceux qui en ont le plus besoin. Cela n’empêche pas les syndicalistes, notamment Reeaz Chutto de CTSP, Ashok Subron de la General Workers Federation (GWF), et Rashid Imrith de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP) de se battre en faveur de l’introduction d’un salaire minimum, ou encore le relèvement du seuil à Rs 35 000 par mois pour l’exemption au paiement de l’Income Tax.
Que ce soit du côté de la GWF ou de la CTSP, le cheval de bataille demeure l’introduction d’un salaire minimum national comme promis par le gouvernement de Lalyans Lepep lors de la campagne électorale de décembre 2014. « Ils avaient fait campagne sur des Median Wages de Rs 17 000 à Rs 18 000 par mois et aujourd’hui l’Etat doit assumer ses responsabilités. La formule de ‘Consultative Wage Council’ est une façon élégante de s’esquiver », s’insurge Reeaz Chuttoo. Il préconise des salaires de Rs 15 000 par mois pour les détenteurs d’un diplôme, de Rs 25 000 pour le BSc, Rs 35 000 à Rs 40 000 pur le Master compte tenu qu’actuellement les salaires d’un détenteur de BSc (Finance) est de Rs 10 000 dans le secteur du BPO.
Le négociateur de la GWF est encore plus catégorique à ce sujet. « Le prochain budget reste une occasion en or pour le gouvernement de respecter sa promesse électorale avec l’introduction d’un salaire minimal national. Olye met sipaki National Wages Consultative Council bidon, se dan Bidze Jugnauth ki Lalyans Lepep bizin onor so promes ek introdwir premye saler minimal nasyonal », déclare Ashok Subron.
Une Ecological Tax sur chaque touriste
Le président de la FSSP préfère jouer sur le tableau de la fiscalité pour une révision à la hausse du Take Home Pay des employés. D’abord, Rashid Imrith réclame que le seuil des salaires pour les besoins d’Income Tax soit révisé à la hausse soit à Rs 35 000 au lieu de la moyenne de Rs 21 000 actuellement. En plus de cela, il propose de remplacer le Flat Scale de 15% d’impôts par un barème gradué avec 5% pour les premières Rs 20 000 imposables, 10% entre Rs 20 000 et Rs 30 000 et 15% pour plus de Rs 30 000. « The Federation considers it unjust to tax a moderate and a high income earner at the same rate. A graduated three level tax ban can be used to do justice to different categories of income earners », dit-il. Sur le plan budgétaire plus général, la GWF préconise cinq mesures prioritaires pour contenir le défi cit budgétaire, soit une Currency Taxation Tax de 1% sur les transactions dans l’offshore, une révision de la Corporate Tax de 15% et son remplacement par un barème variant entre 15% et 25%, l’imposition de la MID Levy sur les Independent Power Producers de l’industrie sucrière avec des recettes de l’ordre de Rs 1 milliard, une Ecological Tax sur chaque touriste débarquant à l’aéroport pour le fi nancement de la transition écologique et une taxe sur des activités économiques relevant de la spéculation.
La CTSP se préoccupe davantage de l’embauche des étrangers dans différents secteurs de l’économie, allant du secteur des TIC, avec des gradués mauriciens pénalisés, au textile avec le gouvernement cédant à la pression du groupe CMT en accordant « un chèque en blanc pour l’embauche des étrangers sur une période de huit ans » sans oublier la situation dans le secteur de la construction. Reeaz Chuttoo souhaite voir également le Premier ministre et ministre des Finances résoudre l’équation de la révision des Remuneration Orders en panne depuis septembre 2014 et éliminer la discrimination, dont souffrent des personnes autrement capables. Le syndicaliste s’interroge sur la pertinence de l’option de la privatisation de la Central Water Authority pour assurer le transfert de Know-How dans la fourniture d’eau potable 24/7.
Dans le secteur public, la FSSP part en guerre contre le Service to Mauritius Scheme car Rashid Imrith est d’avis que ceux qui sont recrutés sous ce Scheme « are not bound by any oath of allegiance to the Civil Service or accountability for their actions during their temporary service. These ‘outsiders’ are not conversant with established practices and rules governing the Civil Service and they can easily indulge or be made to indulge in incompliant actions and activities. Very often they entail duplication of similar functions in an incoherent manner ». Tout en exprimant le voeu que les fonds alloués au Service to Mauritius Scheme soient consacrés au recrutement des fonctionnaires, il dénonce l’Outsourcing of Services to Private Enterprises.
« Observations in the 2010 Audit report on the inefficiency and ineffectiveness of cleaning and security services in public hospitals that have been outsourced to private enterprises should not go unheeded. Abusive exploitation of workers for the generation of excessive profit of private enterprises should not be allowed to put at stake the effectiveness of public service the more so in public hospitals », fait comprendre Rashid Imrith comme pour justifier sa démarche.
En conclusion, le président de la FSSP fait un vibrant plaidoyer pour une extension du « Subsidy on Freight Cost » sur les produits de première nécessité destinés à Rodrigues. « Subsidy on the cost freight on four products was a commendable start, but it needs to be completed to put an end to the discrimination absolutely. It is proposed that the subsidy on the freight cost of all commodities of basic needs in the Island of Rodrigues be introduced in the 2016-2017 Budget », suggère-t-il à six semaines du Budget Day