Décidément, le MSM n’apprendra jamais ses leçons. La petitesse et la mesquinerie semblent être solidement ancrées dans son ADN. Il y avait la grossière tentative de récupération politique des Jeux des îles, avec le Premier ministre, son ministre des Sports et d’autres grossiers personnages s’agglutinant autour des athlètes pour se faire photographier en leur compagnie sous toutes les coutures et volant pratiquement aux médaillés leur heure de gloire et de célébration.

La visite du Pape, du moins pour sa partie totalement prise en charge par les autorités politiques, a été une nouvelle occasion de parade politicienne de mauvais goût. Ce fut pourtant impeccable pour la première partie de la visite papale, celle qui a été organisée par le diocèse. Tout s’est déroulé exactement comme prévu, sans la moindre fausse note.

Les dirigeants politiques étaient tous invités et ils sont tous venus. Les branches de palmiers étaient sympas à voir, tous les Mauriciens, quelle que soit leur croyance personnelle, voulaient être présents à ce rendez-vous rare dans la vie d’une nation. Pas de festival de détritus après la messe à Marie Reine de la Paix ou après la cérémonie de recueillement au caveau du Père Laval, tout était nickel une fois les activités terminées. Un grand bravo donc à tous ceux qui ont rendu cet événement mémorable.

Ce qui a suivi dans l’après-midi a été tout simplement grotesque. Le direct de la State House assuré par la MBC a mis en lumière l’accaparement partisan de la visite papale. Le président par intérim et le Premier ministre ont visiblement confondu fonction d’État et réunions familiales, un peu comme la fête organisée le 23 décembre 2016 par le Premier ministre d’alors sir Anerood Jugnauth à Clarisse House et à laquelle trônait la Speaker Maya Hanoomanjee.

Tous ceux qui étaient devant leur poste de télé ont vu ce défilé d’agents politiques et de nominés récompensés soit pour leur adhésion ou leur retournement de veste pavaner dans le salon de la State House. Ken Arian était constamment dans le champ de la caméra déambulant tout en consultant son portable.

Dick Ng Sui Wa, qui a fait pratiquement tous les partis et un simple membre de la Police Complaints Commission, était lui aussi très occupé à faire des photos, tandis que Monsieur « viré mam » Vikram Jootun, le directeur de la Mauritius Film Development Corporation, était, lui aussi, aux premières loges. Ces soupirants poncifs ont peut être confondu entre visite solennelle du souverain pontif et séance de shooting avec des célébrités à la Kardashian.

Le programme faisait pourtant mention d’une réunion d’officiels et de la société civile et, à la place, on a vu la famille du Premier ministre et celle du président par intérim et aussi, très mobilisée, la société servile qui gravite autour des puissants du jour. La confusion entre ce qui est du domaine public et de l’officiel et ce qui est du domaine familial et partisan est voulue, entretenue. Ils fonctionnent comme ça. Avant-hier, c’était sur les billets de banque que l’on affichait sa famille, hier, c’était la passation du poste de Premier ministre entre père et fils, aujourd’hui, c’est tout pour leurs proches.

La dernière illustration de cette politisation maladive, c’est la présence de Vikash Nuckcheddy juste derrière le Premier ministre à la cérémonie de remise de titres de propriété aux travailleurs de l’industrie sucrière à Clemencia jeudi dernier. Que faisait le candidat du MSM à cette activité officielle ? Est-ce parce qu’elle se tenait dans la circonscription de la partielle qu’il y était comme un genre d’invité d’honneur ?

Ce n’est pas qu’avant 2014 il n’y avait aucun d’abus d’autorité ou de protection des agents du PTr, loin de là, mais avec le MSM, on a vraiment touché le fond. Et c’est ce même état d’esprit qui est en train de se révéler un terrible boomerang aujourd’hui. Le jour même des résultats des élections, Lalians Lepep, alors composée du MSM, du ML et du PMSD, s’était mise en tête d’avoir la peau de Navin Ramgoolam. Quelle que soit la méthode, quel que soit le moyen. Quitte à utiliser des petites frappes promptes à changer d’allégeance et à aller en catimini aux Casernes centrales un dimanche en compagnie d’un avocat-parlementaire du MSM, incriminé dans le rapport sur la drogue.

Les images humiliantes de l’ancien Premier ministre, que nous avons tout de suite dénoncées, ici même, lors de son arrestation le 6 février 2015, étaient indignes. Il fallait des enquêtes, soit. C’était nécessaire de faire la lumière sur certaines dérives du passé, sur des cas de protection et d’attribution biaisée de marchés publics, cela aussi, on l’entend.
Dans l’affaire Roches Noires, c’est vrai que tout ce qui avait été initialement raconté n’était pas vrai et que Navin Ramgoolam a refusé de reconnaître qu’il était présent à la soirée fatidique. Dans l’ordre normal des choses, c’est lui qui aurait dû rapporter le vol et l’enquête aurait suivi son cours. C’est en voulant donner une version un peu tronquée des événements que c’est devenu un scandale. Sur lequel Lalians Lepep a tout fait pour capitaliser.

Les jugements dans les cas délictueux sont, eux, prononcés sur la base des faits, sur la manière dont le dossier est instruit, sur la qualité et la solidité des arguments présentés par la poursuite et la défense et, au final, le doute profite toujours à l’accusé.
C’était vrai dans l’affaire MedPoint et c’est tout aussi valable pour celle de Roches Noires. Les incriminés s’en sont sortis, mais cela n’empêche que les questions demeurent et que tout un chacun se fasse sa petite idée de la responsabilité des uns et des autres. Le tribunal de l’opinion peut, lui, être autrement bien plus implacable.