Le 9 octobre prochain, la Mauritius Post émettra une nouvelle série de timbres, dite « omnibus ». Il s’agit d’une série émise dans les îles de l’océan Indien et qui a comme sujet commun « La Tortue Verte ». Les autres pays émetteurs sont la Réunion, Mayotte, Madagascar, les Seychelles, les Comores, et le TAAF (Territoire australe et Antarctique français). Deux séries seraient en vue pour 2015. Chaque année à Maurice, la poste émet une quinzaine de variétés de timbres. Qu’ils représentent une commémoration, une visite officielle, un monument ou encore la faune et la flore, ceux-ci font la joie des philatélistes et petits collectionneurs. Mais comment parler des timbres sans parler de sa fabrication, son histoire? Comment les fabrique-t-on, qui propose et décide? Pourquoi les collectionne-t-on? Et avec le courrier électronique, le timbre est-il en déclin? Nos interlocuteurs, dont un spécialiste, nous disent tout sur ce sujet rarement abordé…
À Maurice, la philatélie devient de plus en plus populaire et touche un large public. Selon Roland Edmond, Chairman du Stamp Advisory Committee (SAC), «Maurice compte une centaine de philatélistes, un millier de collectionneurs et environ cent mille collectionneurs amateurs». Parmi eux, des collectionneurs de timbres neufs, timbres oblitérés (couverts d’un tampon), timbres par thème (pays, époque, motif de timbre). Les enveloppes premiers jours (First-day Cover) séduisent aussi des collectionneurs. Des associations ou clubs ont aussi vu le jour pour promouvoir le développement de la philatélie, surtout chez les jeunes. Les adhérents participent à des rencontres et ont parfois l’occasion de pouvoir échanger des timbres ou autre matériel de valeur égale.
David Onsiong est âgé de 19 ans. Il est un des membres de la Dodo Philatelic Society. Cet ancien élève du collège Royal de Port-Louis qui va bientôt entamer des études en Politique et Relations Internationales à Londres a débuté sa collection alors qu’il était en forme III. «J’ai commencé à m’y intéresser lorsque les préposés de la poste sont venus faire un exposé au collège. La même année, j’ai adhéré à la Junior Philatelic Society qui accueille des jeunes de 10 à 14 ans».
La collection du jeune Portlouisien est constituée de timbres de l’île Maurice depuis l’indépendance à ce jour. Le philatéliste en herbe qui a repris une partie de la collection de son père, lui-même collectionneur, compte à ce jour un millier de pièces. Pour David, cette collection lui a permis d’apprendre davantage sur l’histoire. «On peut étudier toute l’histoire de notre pays à travers les timbres. Les jeunes ont tendance à négliger le côté culturel du timbre et on se laisse attiré uniquement par le rendu visuel et les couleurs. Pourtant, les timbres sont une source inépuisable de connaissances. On ne peut pas collectionner les timbres de son pays sans s’intéresser à son histoire. Pour ma part, je compte compléter ma collection depuis 1968 à ce jour. Mon deuxième objectif est de me consacrer à la recherche des timbres de 1847 (l’année de l’émission du premier timbre à Maurice) à 1968», dit-il.
Accessible à tout le monde
Pour Soorooj Ramdewor, président de la Dodo Philatelic Society, la philatélie est une activité accessible à tout le monde. «Les gens pensent que cela coûte cher de commencer une collection, mais c’est une idée préconçue. Il est possible de faire des collections pas très onéreuses», dit celui qui s’y est initié très jeune. «J’avais 10 ans lorsque je recueillais des timbres sur le courrier familial. Des décennies plus tard, je ramassais les timbres jetés dans l’établissement secondaire où je travaillais», dit-il. Aujourd’hui, le septuagénaire possède 100 000 exemplaires, parmi lesquels une collection de timbres commémoratifs depuis les années 1960. Comme son nom l’indique, le timbre commémoratif met en vedette, ou commémore une personne, un lieu ou un événement historique. Parmi ces timbres spécifiques que possède Soorooj Ramdewor : la visite du Pape Jean-Paul II en 1989, la visite d’état du Président Nelson Mandela en 1998, la visite royale de la reine Elisabeth et du prince Philip en mars 1972, le 25e anniversaire du naufrage du St-Géran (1974) en 1994. Il en possède aussi quatre derniers émis depuis le début de l’année : pour les 150 ans du Père Laval (le premier timbre commémoratif du Père Laval a été émis en 1979), pour le 10th anniversary of the creation of Ombudsperson for children’s office, le 200e anniversaire de l’arrivée du Révérend Jean Lebrun à Maurice et 25e anniversaire de l’introduction du téléphone mobile à Maurice.
«Ces timbres sont seulement disponibles pour une courte période de temps. Après cela, on ne peut plus en obtenir, sauf chez les collectionneurs» nous dit Roland Edmond, Chairman du SAC depuis 2008. Par ailleurs, si les timbres commémoratifs sont disponibles pour une courte période de temps, les timbres définitifs sont émis pendant une période de longue durée (souvent durant 5 à 10 ans). Les images sur ces timbres sont souvent celles de la faune et de la flore. Les derniers timbres définitifs représentent les fleurs endémiques de l’île Maurice.
À Maurice, tous les domaines sont représentés dans les timbres, que ce soient l’art, la nature, la technologie. «On évite cependant des sujets politiques et religieux, à moins que ce soit un événement national», nous dit Roland Edmond. Les événements spéciaux sont aussi l’occasion pour la poste d’émettre un nouveau timbre. Par exemple, pour souligner le 150e anniversaire de la mort du Père Laval.
Roland Edmond préside un comité de 12 membres. Pour la fabrication du futur timbre, le thème, les images sont préparés par les membres du comité. La poste de Maurice les envoie ensuite à la CASCO (Crown Agent Stamps Company). Cinq « security printers » sont alors proposés. CASCo recommande l’Angleterre, l’Irlande, le Canada, la France et la Hollande.
Parmi les premiers à émettre des timbres
Écouter cet homme parler de philatélie, c’est comme se plonger dans un livre d’histoire. Avant d’être élu Chairman du SAC, Roland Edmond, 71 ans, a durant de longues années enseigné l’Histoire, les langues et le sport à Maurice comme à l’étranger, notamment à Jérusalem où il a vécu. Celui qui a aussi exercé comme présentateur sportif à la MBC a commencé à s’intéresser à la philatélie lorsqu’il était à Kief en Ukraine, avant de se spécialiser. « J’ai axé ma collection sur les Nations Unies, la Russie, l’Israël, Maurice, le Vatican et les homelands (4 Etats dans le territoire de l’Afrique du Sud dont Ciskei, Venda, Transkei, Bophutatswana). Des années de recherche seront nécessaires pour réaliser sa collection. Aujourd’hui, il dispose d’une collection exceptionnelle, «environ 125 000 timbres du monde entier et principalement de ces pays», dit-il.
Comme tout philatéliste, il conserve ses trésors en album et attache beaucoup d’importance à l’état du timbre. «Les pièces ont de la valeur selon leur qualité, leur ancienneté. Pour les timbres neufs, la tendance fait préférer ceux qui n’ont jamais été fixés à un album par l’intermédiaire d’une charnière ou « hinge », bout de papier collant. Avec la charnière, sa valeur peut tomber de 10 à 15%. Un timbre qui n’a pas de charnière ni de traces de charnière a une côte plus élevée», dit-il.
«Les timbres-poste ont vu le jour en Angleterre en 1841, à l’initiative de Rowland Hill, directeur des postes britanniques. À L’époque, c’était le destinataire qui payait la taxe postale. Le premier timbre, le Black Penny représentait une effigie de la reine Victoria. Ces premiers timbres furent mis en vente en 1842. Il est resté l’un des plus beaux timbres du monde. L’exemple de la Grande-Bretagne fut suivi par d’autres pays. Maurice (première émission en 1847) est le cinquième pays au monde à avoir émis des timbres après la Grande-Bretagne, le Brésil, la Suisse (Canton) et les États-Unis», nous explique Roland Edmond.
L’île Maurice possède un exemplaire du Post Office One Penny Red (il vaut environ 1 100 000 £) et du Post Office Two Pence Blue (il vaut environ 1 300 000 £) qui se trouvent tous deux au Blue Penny Museum. Selon Emmanuel Richon, conservateur du musée, il n’existerait que deux exemplaires du Post Office One Penny Red et quatre exemplaires du Post Office Two Pence Blue dans le monde.
Courrier électronique, téléphone, tout contribue à faire disparaître le courrier classique et avec elle, la philatélie. Mais nos interlocuteurs eux ne semblent pas manifester des signes d’inquiétude pour l’avenir. Selon Roland Edmond, «Avec l’invention de la photographie, on pensait que la peinture allait disparaître. Ce qui n’est pas vrai. Idem, je pense qu’au contraire internet va donner plus de valeur aux timbres. La valeur des timbres devrait augmenter au même rythme que leur rareté». Pour Soorooj Ramdewor: «La philatélie est encore très populaire, les clubs comptant de nombreux membres». Pour David Onsiong, loin d’annoncer le déclin du timbre, internet s’avère être un outil de communication entre philatélistes. «Les réseaux sociaux comme Facebook favorisent les échanges entre collectionneurs. Il est aussi facile d’obtenir les timbres recherchés, comme sur e-bay, quoique c’est un peu risqué car on ne sait pas s’ils sont de bonne qualité. »