L’échiquier politique ce week-end sera vraisemblablement dominé par la réunion du comité central du MMM, prévue aujourd’hui. Les observateurs politiques sont en effet impatients de connaître la forme que prendra la contre-attaque de ce parti après ce coup fourré qui a emporté six de ses éléments, dont certains étaient déjà en lice pour les prochaines élections générales.

Ce qui s’est passé découle à l’évidence d’une démarche commune très bien préparée à l’avance afin de créer la surprise car certains démissionnaires avaient poursuivi leurs activités politiques au sein de ce parti jusqu’à la veille de leur démission et étaient même présents au congrès organisé par l’aile jeune du MMM samedi. L’impact a été une réussite tenant compte de l’effet qu’il a eu dans les médias durant toute la semaine. On ne comprend pas comment les dirigeants de ce parti n’avaient pas anticipé ce coup qui, de l’avis de tous les observateurs politiques, s’inscrit dans une stratégie bien calculée pour affaiblir ce parti. Paul Bérenger a été prompt lundi après la réunion du bureau politique de faire part de sa tristesse, mais surtout de son dégoût de voir ceux en qui il avait jusque-là placé sa confiance le délaisser pour adhérer à la coalition gouvernementale. Il reconnaît toutefois que le MMM passe par une période difficile et par une crise qu’il ne faut ni sous-estimer, ni surestimer. Mais à quoi sert une crise si ce n’est pour diagnostiquer en profondeur le mal qui en est la cause de manière à prendre des mesures correctives nécessaires avant de repartir. Les membres du comité central de ce parti seront-ils en mesure de démontrer la force qui les anime de manière à rebondir et faire taire toutes les rumeurs que d’autres défections sont attendues? Les membres de l’aile jeune sont montés au créneau cette semaine pour porter mainforte à leurs aînés, mais cela ne suffit pas.

Les événements de ces dernières semaines montrent également à quel niveau sont tombés ceux qui s’engagent dans la politique ainsi que les débats politiques. Y a-t-il encore une moralité en politique ? L’engagement politique se résumerait-il aujourd’hui au carriérisme, à la recherche de ses intérêts et de ses ambitions personnelles ? L’idéologie, le respect des principes, le respect de soi-même seraient-ils des valeurs pouvant être vendues aux enchères ou à la bourse des valeurs politiques ? Comment un parti peut-il annoncer officiellement qu’il peut conclure une alliance avec le partenaire le plus offrant ? Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

L’alliance au pouvoir s’est engagée pour sa part dans une stratégie en vue de gagner les élections et pour elle, la fin justifie les moyens. Elle est disposée à mettre le prix afin d’attirer les éléments des autres formations uniquement dans le but de les affaiblir et de casser le moral de leurs partisans, quitte à les abandonner sur la route une fois l’objectif consistant à prendre le contrôle de la maison du gouvernement est atteint. Les exemples au fil des élections ne manquent pas. Les élections générales de 2014 et ce qui s’est passé après suffisent pour en tirer les conclusions nécessaires.

Toutefois, en voulant tout faire pour remporter les élections, on est en train de fragiliser l’économie et tous les piliers qui la composent. Allez parler aux opérateurs économiques, on comprendrait la gravité des problèmes auxquels ils sont actuellement confrontés. Si les autorités ne se ressaisissent pas, une crise économique et sociale très grave menace ce pays. Dans certains milieux, on commence à appréhender une “sustainable long-term negative impact on the economy”. Cela est d’autant plus grave qu’en cette période préélectorale, les rapports entre les partenaires économiques sont déséquilibrés. Ce qui explique que les revendications syndicales prennent l’ascenseur, que les opérateurs économiques soient acculés, leurs produits de moins en moins compétitifs sur le marché international et qu’ils aient recours au licenciement graduellement. Le déficit commercial s’approfondit. Personne n’ose recruter. Ajouter à cela que l’opposition parlementaire est désormais paralysée. La politique s’emballe mais l’économie est en souffrance. Seule l’organisation le plus rapidement possible des élections générales pourra sortir le pays de l’incertitude dans laquelle il se trouve, quel que soit le parti qui prendra le pouvoir.