Ce qui devait marquer le début de la campagne de séduction pour amener la nation mauricienne à s’identifier à ses athlètes à l’approche des 10es Jeux des Iles de l’océan Indien à Maurice n’a finalement pas été à la hauteur des espérances. Avec un public mince et peu enthousiaste sous un soleil de plomb au Port-Louis Waterfront, on n’a pas vraiment senti monter la mayonnaise, voire cette communion que le ministère de la Jeunesse et des Sports et le Comité organisateur des Jeux des Iles (COJI) espéraient créer.

La déconnexion de 16 ans avec la tenue des derniers Jeux à Maurice ayant visiblement fait son oeuvre, comme l’expliquait le Chief Executive Officer du COJI, Jean-Pierre Sauzier, dans notre édition spéciale du 6 janvier dernier consacrée justement à ces 10es JIOI. Recréer cette communion s’avère effectivement une tâche pénible, à la fois pour le MJS et le COJI, après ce que nous avons vu samedi dernier. Désormais, les organisateurs gagneraient à trouver très vite une solution s’ils espèrent vraiment faire de ces Jeux une réussite, quitte à revoir leur copie lors du deuxième rassemblement prévu le 16 février, à Mahébourg cette fois.

Ce qui nous intéresse toutefois va au-delà du simple cadre sportif. Ce qui nous interpelle surtout, comme ceux témoins de la scène samedi dernier, ce sont les agissements de ces bouncers, engagés par on ne sait qui, pour faire respecter l’ordre lors du lancement de la campagne «Mobilisation Maurice 19 », dont un en particulier ! Rarement a-t-on d’ailleurs vu une personne animée avec autant de violence dans un espace dédié au sport et qui se voulait avant tout être amical, voire familiale.

La question que l’on se pose est de savoir si la présence de la force policière n’était pas suffisante pour assurer la sécurité des artistes, des personnalités et des membres du public présents au Port-Louis Waterfront ? Est-ce à dire que le MJS n’a pas confiance en nos policiers et par ricochet, le gouvernement que représente Stephan Toussaint, lui-même ? Avouez qu’il y a de quoi rester très perplexe devant une telle décision.

Mais ce qui révolte le plus, c’est la façon dont ces bouncers se sont comportés à l’égard des photographes de presse venus couvrir l’événement, donc participer, avec le COJI et le MJS, à donner un coup de pouce à cet élan patriotique. Il semblerait même que la presse n’avait pas sa place – à l’exception de la MBC – et était devenu du coup une cible, après avoir déploré, avec raison, les conditions dans lesquelles elle était appelée à travailler en ce samedi 19 janvier.

Alors que les discours et le spectacle battaient leur plein, les photographes étaient eux traités de façon vulgaire. Hormis les agressions verbales, un photographe du groupe Le Mauricien a même été bousculé physiquement et ce, en dépit du fait d’avoir voulu faire entendre raison à certains surexcités. Tout simplement révoltant.

La position du ministre Stephan Toussaint l’est encore plus. Lui qui, dans une déclaration à Week-End, a estimé que le problème était déjà réglé ! On aurait ainsi voulu savoir à quel niveau justement le problème a été réglé et quand ? Nous aurions aussi aimé savoir s’il était à l’aise avec le traitement infligé par les organisateurs à la presse écrite ? Car la façon dont on a voulu restreindre l’espace d’expression de nos photographes n’est, ni plus ni moins, qu’une atteinte à notre profession. À moins, bien évidemment, que des instructions précises avaient été données dès le départ à l’encontre de la presse libre, contrairement à l’équipe de la MBC qui a, elle, pu travailler à son aise.

Au-delà de la réaction honteuse du ministre, son silence autour de ces incidents le rend encore plus coupable de complicité. A l’entendre, on a l’impression qu’aucun incident ne s’était produit samedi dernier. Or, ce qui s’est passé est très grave, d’où notre interpellation: La presse est-elle vraiment un partenaire M. le Ministre ? Il semblerait malheureusement que non. De par la position qu’il a adoptée, il est à comprendre que ce sont les bouncers qui avaient droit de cité. Est-ce en omettant de défendre «ce partenaire privilégié» comme le martèlent souvent nombre de personnes, politiciens y compris, que Stephan Toussaint compte galvaniser la population mauricienne à l’approche des Jeux ? Nous lui souhaitons tout simplement bonne chance.

Le COJI est également à blâmer dans cette affaire, notamment de par son silence sur ce qui s’est passé au Port-Louis Waterfront. Car valeur du jour, aucun communiqué n’a été mis en ce sens pour condamner ces incidents. A moins que, comme le ministre Toussaint, on cautionne, au COJI également, ce genre de dérapage qui n’a visiblement pas sa place dans le sport.

Ce qui est sûr, c’est qu’à Week-End nous condamnons, sans réserve , ces malheureux incidents du Port-Louis Waterfront et encore plus, l’absence de réaction du ministre Toussaint et du COJI, alors que la sécurité des membres de la presse était menacée. Est-ce dans ces mêmes conditions que nous, journalistes et photographes, seront appelés à travailler dans les mois à venir et pendant les JIOI ? A Week-End du moins, on n’est pas disposé à revivre ce genre d’incident une deuxième fois. Aux concernés maintenant d’en assumer les conséquences et responsabilités.