C’est une chose extraordinaire qui se passe en ce moment dans l’océan Indien.
A 50 km au large de Petite Terre, l’une des deux îles principales constituant le territoire de Mayotte, les scientifiques ont découvert cette semaine qu’une nouvelle île était vraisemblablement en train de se former.

« C’est extraordinaire, car c’est très rare d’assister à la naissance d’un volcan ! » fait justement ressortir Anne Le Friant, directrice adjointe des Observatoires à l’Institut de Physique du Globe de Paris.

Tout part du fait que depuis un an, Mayotte a connu une série de près de 2 000 secousses apparentées à des tremblements de terre. Pour tenter d’en déterminer la cause, le CNRS a fini par lancer un appel d’offres à la communauté scientifique. Celui-ci a débouché sur la mise sur pied de l’expédition Thélus. Au terme de deux campagnes à terre pour installer des sismomètres et d’une troisième, qui a profité de la présence dans la région du navire Marion Dufresne pour déposer des sismomètres en mer, les résultats sont tombés : ils font apparaître, sous l’eau, un volcan qui ne figurait pas sur les dernières cartes réalisées il y a quatre ans.

Ce volcan fait 4, 5 km de diamètre et 800 mètres de haut. Une hypothèse serait que le début de cette construction volcanique daterait de juillet 2018, soit il y a moins d’un an. Pour le moment, rien ne permet de prédire comment cette activité va évoluer. Mais si elle se poursuit de la même façon, il se pourrait qu’une nouvelle île émerge au large de Mayotte d’ici trois ans.

Le phénomène est saisissant dans notre région, car il semblait relever d’un passé très lointain. On sait ainsi que la constitution des îles des Mascareignes, il y a des millénaires, remonte à la présence, sous l’océan, d’un « point chaud », qui, au fur et à mesure du déplacement de la croûte terrestre, a successivement engendré le plateau du Deccan en Inde, les îles Laquedives, les îles Maldives, les îles Chagos, l’île Maurice et enfin l’île de La Réunion.

En février 2017, le magazine Sciences et Avenir publiait une étude indiquant qu’il y aurait, enfoui sous l’île Maurice et l’île de La Réunion, un « microcontinent caché » baptisé Mauritia. Les géologues suspectaient son existence depuis 2013 et une étude avait révélé la présence de microcristaux de zircon datés d’entre 600 millions et presque deux milliards d’années, alors que l’île volcanique de Maurice est bien plus jeune, sa formation remontant à seulement 8 ou 9 millions d’années, et celle de La Réunion à 3 millions d’années.

Les géologues en avaient déduit que ces microzircons sont le reliquat d’un ancien continent aujourd’hui disparu qui était logé entre l’Inde et Madagascar, et qui a commencé à se disloquer il y a environ 85 millions d’années quand la tectonique des plaques a éloigné ces deux pays. Les restes de ce continent ont été enfouis sous les laves et recouverts par l’océan, puis de nouvelles terres ont émergé au-dessus comme l’île Maurice.
S’il est considéré que les volcans mauriciens sont depuis longtemps éteints, La Réunion conserve une activité volcanique encore très présente, le Piton de la Fournaise ayant à nouveau été en éruption le 18 février dernier. Mais de là à penser que l’activité volcanique pouvait encore donner naissance à une nouvelle île dans notre région, il y a un pas que l’imagination n’osait pas encore franchir.

C’est pourtant, vraisemblablement, ce vers quoi nous nous acheminons. Outre les très fréquentes secousses sismiques cette dernière année dans l’île de Mayotte qui n’en connaissait pas normalement, il y avait aussi eu une autre indication troublante : une mesure qui montrait que Mayotte avait « bougé », qu’elle s’était « éloignée » vers l’est de 7 cm. C’est énorme.

Aujourd’hui, l’information selon laquelle un volcan sous-marin à 50 km de l’île pourrait donner naissance à une nouvelle île dans trois ans à peine est une chose qui suscite bien d’étonnements. Et des questions.

Certains s’interrogent ainsi sur les risques de séismes que cette nouvelle formation pourrait engendrer pour notre région. Les scientifiques n’excluent pas, par exemple, la possibilité de tsunamis si une des parois de ce volcan sous-marin venait à s’effondrer.
D’autres s’interrogent aussi sur la portée géopolitique de cette naissance. Alors que les Comores n’ont jamais cessé de revendiquer l’appartenance de Mayotte à leur territoire, il reste que la position de Mayotte comme 101e département français (l’un des plus pauvres de la République française), amène effectivement à se poser la question de la « possession » de ce nouveau territoire.

Pour l’heure en tout cas, nous avons la possibilité poétique de cette île en naissance au cœur de l’océan Indien. Une île que Jacques Brel chantait en ces termes :

Une île
Une île au large de l’espoir
Où les hommes n’auraient pas peur
Et douce et calme comme ton miroir
Une île
Chaude comme la tendresse
Espérante comme un désert
Qu’un nuage de pluie caresse
Une île
Voici qu’une île est en partance
Et qui sommeillait en nos yeux
Depuis les portes de l’enfance
Une île
Une île qu’il nous reste à bâtir
Mais qui donc pourrait retenir
Les rêves que l’on rêve à deux…