Il y a de quoi largement désespérer de l’hippisme mauricien et en particulier de la volonté, pour ne pas dire la capacité, du Mauritius Turf Club de prévenir une étatisation des courses qui est en marche et qui prend chaque année un étage de l’immeuble. Pourtant, à l’Asian Conference en Corée du Sud il y a une quinzaine de jours, la Fédération internationale des autorités hippiques avait bien fait comprendre aux dirigeants de la Gambling Regulatory Authority (GRA) que toute ingérence étatique dans l’administration quotidienne des courses par le Mauritius Turf Club (MTC) n’était pas acceptable dans la conjoncture. Des actions pourraient être prises par l’instance internationale.

Étonnamment, le MTC a encore une fois cédé aux admonestations de la Newton Tower. Il applique ainsi, à compter de cette semaine, les nouvelles directives de la GRA qu’il disait contestables en début de la saison. Le MTC avait même signifié une éventuelle intention de les contester en cour. Pour rappel, à la veille du début de la saison 2018, la GRA avait imposé un certain nombre de directives, dont celles réglementant les épreuves majeures de chaque journée. Cet acte constitue une ingérence manifeste de la GRA dans les prérogatives intrinsèques d’un organisateur des courses, c’est-à-dire celle de fixer les conditions attachées à chaque épreuve.

Devant cette nouvelle ingérence de la GRA, le MTC, qui avait déjà établi sa réglementation en la matière par le biais de son Chief Stipe, avait clairement signifié son intention de contester la légitimité de la GRA de marcher dans le sillon de ses plates-bandes. Le MTC avait trois mois pour contester ces directives, mais il n’a rien fait. Il a bien essayé de trouver des voies de consensus mou avec l’organisme régulateur mais, la queue entre les jambes, il doit aujourd’hui se soumettre à la voix de son désormais reconnu maître. En quatrième vitesse, le MTC s’est mis au garde-à-vous de ces nouvelles directives. Et ce, nonobstant les conséquences éventuelles. Ainsi, un cheval qui avait visé la sixième course a dû être éjecté car ne répondant pas aux conditions des nouvelles directives, alors que sous le régime habituel, il aurait couru. Le MTC, qui se montre en la circonstance peu respectueux de ses propres acteurs, ne s’est même pas prévalu du joker qui lui aurait permis de sauver la participation de ce cheval s’il avait informé l’organisme régulateur de ce problème il y a deux semaines.

Il y a dans cette approche un manque flagrant de respect — si ce n’est de l’incompétence — pour les propriétaires qui ont investi bien avant les changements imposés de dernière heure et contre lesquels le MTC n’a montré qu’une opposition de façade. Qui se soucie de leurs droits ? Personne, car il est vrai qu’ils ne font pas partie du mainstream. Ils sont là pour faire le nombre et subissent les règles faites sur mesure pour protéger les plus forts, que les poltrons du jour iront, en courant, féliciter pour assurer une future reconnaissance le moment venu.

Ce sont encore les turfistes, dindons de la farce, qui vont être privés d’une course plus intéressante. Mais la priorité est de faire plaisir aux instances étatiques. Pourquoi ? Ce serait faire injure aux dirigeants du MTC que de penser qu’ils agissent de la sorte pour obtenir une course supplémentaire par ci, une course par là. L’enjeu doit être autrement plus valorisant puisqu’inavouable. En tout cas, en refusant une nouvelle fois d’affronter dans une cour de justice la GRA, qui a pourtant pris une double déculottée de la part des organisateurs de paris et du prestataire du Loto en étant qualifiée de mouthpiece de l’État, les dirigeants actuels du MTC favorisent un pas supplémentaire de l’État dans sa mainmise sur l’hippisme local. Même dans les pays les moins démocratiques comme la Chine, le Hong Kong Jockey Club (HKJC) est demeuré une entité privée sur laquelle l’État communiste chinois n’a pas d’emprise.

Mais le HKJC n’est pas exempt d’autres dangers qui guettent l’hippisme mondial : les paris illégaux. Chacun s’accorde à dire que les paris illégaux à Maurice ont repris du poil de la bête depuis que la GRA a imposé aux bookmakers de payer une redevance accrue au MTC suite au rapport de BDO. Ils se poursuivent allègrement au vu et su de tous depuis que les autorités publiques ont décidé de limiter les points de vente des paris légaux à travers l’île.

La GRA se propose d’en faire une étude approfondie bientôt et c’est tant mieux.
Évidemment, ce phénomène n’est pas purement mauricien et nous espérons que ceux qui ont représenté l’hippisme local à la 37e Asian Conference, M. Dabidin et Mme Ringadoo pour la GRA et MM. Halbwachs et Merven pour le MTC, ont bien saisi les enjeux de l’ampleur du regain des paris illégaux dans le monde hippique asiatique. Le constat est en tout cas accablant : les paris illégaux augmentent deux fois plus vite que les paris légaux.

À ce rythme, si rien n’est fait pour changer la tendance, le spectre de la mort de l’industrie hippique est brandi. À cette conférence, il a même été question d’un « tsunami des paris » qui menacerait l’intégrité et la santé financière du sport des rois. En effet, il est estimé que $ 140 milliards étaient blanchis chaque année par des marchés de paris illégaux. Quand on compare cela au turnover du HKJC, qui a atteint en 2015-16 les $14,75 milliards, on peut mesurer l’ampleur du phénomène.

On attend avec impatience les recherches détaillées sur l’étendue des paris illégaux et des recommandations pour essayer de combattre la menace comme promis par le chef de l’intégrité des courses de Hong Kong, Martin Purbrick. Il est important de noter que le HKJC s’est doté de moyens de lutte importants contre ce fléau depuis le recrutement de ce dernier en 2009, puisqu’il dirige aujourd’hui un service de 220 personnes menant des enquêtes sur le crime organisé et la corruption qui menacent les courses dans cette partie du monde.

Les paris illégaux sont fort justement taxés de crime contre l’hippisme et il est important que le message soit transmis aux gouvernements des pays concernés pour le réglementer et lutter plus efficacement contre le problème. Maurice est évidemment l’un de ces États et la GRA a le devoir de le faire comprendre à qui de droit. Certes, le problème est global et nécessite une collaboration entre tous les États membres de l’Asian Conference pour le combattre efficacement, car les paris illégaux ne menacent pas que l’intégrité des courses, mais est une cause majeure de problèmes sociaux associés. C’est à ce niveau qu’aurait dû se concentrer la GRA, au lieu de se mêler de l’organisation des courses…