L’opposant malgache Toavina Ralambomahay – auteur d’ouvrages politiques, consultant juridique et journaliste – a déclaré, lors d’une conférence lundi à l’université des Mascareignes, à Rose-Hill, que « la situation politique, économique et sociale est malsaine à Madagascar », et ce malgré les élections de 2013. « Madagascar n’a pas changé au fil des années », a-t-il lancé.?Toavina Ralambomahay est affirmatif : il règne à Madagascar « un climat de méfiance terrible », beaucoup de politiciens étant accusés de vols ainsi que de trafic en tout genre, dont de bois de rose. « Les partis politiques ne jouent plus aucun rôle. Ce qui fait que des gens qui ne s’étaient pas préparés exercent aujourd’hui le pouvoir avec, pour résultat, qu’il n’y a aucun parti d’opposition à Madagascar », a-t-il ajouté, avant d’indiquer que seules cinq à six personnes, dont lui-même, se déclarent « opposants » dans son pays. « La loi exige qu’il faille le déclarer officiellement si on l’est. »
« Dans la mentalité malgache, il est très difficile de s’opposer, de dire non. Socialement, on ne peut pas affronter quelqu’un dans les yeux et lui dire non. Ça se reflète en politique, où personne ne dit non, où personne n’est opposant. Donc, on n’a aucune perspective », fait-il ressortir. À Madagascar, selon lui, il n’y a aucune force alternative à ceux qui sont au pouvoir « car les deux candidats qui s’étaient opposés aux élections de 2013 gouvernent maintenant ensemble » le pays. « Et qu’est-ce qu’un pays démocratique sans opposant ? » s’est-il interrogé, avant de déplorer que les citoyens, non plus, ne s’organisent pas en alternative et en opposition.?Toavina Ralambomahay indique pourtant que le capital humain malgache est toujours « criant et travailleur », poursuivant que « Madagascar reste un pays qui ne demande qu’à se développer car, objectivement, rien ne l’en empêche, sauf cette instabilité politique ». Selon l’opposant malgache, son pays a toujours les mêmes potentialités, et même davantage grâce au pétrole découvert récemment. « Mais pour le moment, ce pétrole ne peut être exploité économiquement car les cours ne sont pas assez élevés », a-t-il observé, avant d’indiquer que la compagnie MadaOil produirait environ 10 000 barils par an à partir de 2016.?Concernant la pauvreté qui règne à Madagascar, Toavina Ralambomahay dit regretter que son pays soit encore orphelin de l’aide internationale « par rapport aux autres pays ayant subi, ou qui subissent encore, des catastrophes naturelles ; personne ne nous aide et ça, personne ne peut l’expliquer ». Madagascar, reprend-il, attend beaucoup de la coopération régionale, surtout au niveau de la Commission de l’océan Indien (COI), qui a signifié son intention de faire de ce pays le « grenier » de la région. « Nous attendons de la coopération sur tous les plans », a-t-il dit, avant de rappeler, à une question de l’assistance, que la France a été pendant longtemps le partenaire historique de son pays. Mais il y a eu aussi, selon Toavina Ralambomahay, « beaucoup d’animosités entre nous », poursuivant : « On a essayé, à plusieurs reprises, de parler d’égal à égal avec la France mais, à un moment, c’était devenu insupportable parce qu’on avait une ingérence terrible de ce pays dans les affaires de Madagascar. Il faut maintenant dépasser ce problème. »?Pour conclure,Toavina Ralambomahay a estimé que son pays a besoin de confiance, d’abord entre les Malgaches eux-mêmes et, ensuite, avec les investisseurs, nationaux et étrangers, « afin de pouvoir exploiter, dans le bon sens du terme, ce pays ». Et de conclure laconiquement : « Malheureusement, c’est toujours la même histoire chez nous ! »