La députée Nita Deerpalsing est sur la même longueur d’onde que le Premier ministre lorsqu’elle réclame une démarcation entre la politique et le religieux. Lors d’une interview accordée à Alain Gordon-Gentil (Apartés, Tome II), à la question « Comment évaluez-vous l’influence réelle des mouvements socioculturels sur la politique mauricienne ? » Navin Ramgoolam a répondu : « Je ne crois pas dans les lobbies et aucun d’entre eux n’a jamais réussi à m’obliger à faire quelque chose que je ne voulais pas. Mais je crois qu’il faut bien séparer ces choses-là de la politique. Il faut être un État laïc. Il n’y a pas d’autre choix. Ou on n’a qu’à retirer cette phrase de notre Constitution ! Je n’ai jamais compris que l’État avait à se soucier du salut des âmes ! Il faut une démarcation claire. » Voila qui est bien dit ! A chacun son métier, les vaches seront bien gardées.
Au gouvernement sa mission et au religieux la sienne. Cependant,  Anil Bachoo a aussi raison de postuler que la politique et la religion sont indissociables. Sans se mêler de la vie privée d’une religion, l’État, d’un côté,  se doit d’avoir un regard, ne serait-ce que pour s’assurer que les subsides qu’il verse aux différentes entités soient utilisés à bon escient. L’État, étant responsable de la sécurité et du bien-être de la population, a le devoir de s’assurer que les différentes religions ne conduisent pas leurs ouailles en marge des lois de la république.   De l’autre côté, le religieux, pour être en accord avec son sacerdoce, doit avoir un regard sur les agissements du gouvernement et a le devoir de dénoncer ouvertement ses éventuelles dérives morales ou ses atteintes à l’environnement. Son rôle n’est pas d’être l’opium du peuple : Il doit, tout au contraire, être un éveilleur de conscience, une sentinelle. Ce qui n’est pas permis, c’est qu’un religieux donne des consignes de vote, s’encanaille avec des politiques ou tente de  saboter une administration. Il n’est pas non plus permis qu’un ministre essaie de dicter les actions d’un serviteur de Dieu ou qu’il se serve de l’Église comme boîte de propagande.
Le Père Guy Gilbert, connu pour sa franchise et son indépendance d’esprit, n’a pas hésité à fustiger sa propre Église et sa hiérarchie en des termes très durs dans son livre « La rue est mon église ». Selon lui, les oignons de l’Église ne devraient pas être « les sacristies sentant le moisi, les nonciatures, les pastorales d’ensemble… l’immense chantier de l’Église est partout ailleurs. Les armes et l’usage qu’on en fait, dans le commerce international, ça, ça regarde l’Église. Les boissons alcoolisées qui sont vendues dans les bars, souvent à des mineurs, ça, ça regarde l’Église. Dénoncer un monde capitaliste qui permet aux plus riches de s’enrichir et aux plus pauvres de s’appauvrir, c’est pour les chrétiens et l’Église une exigence évangélique et ça, ça regarde l’Église. Les matraquages dans les commissariats des mecs ramassés la nuit dans les rues des grandes villes, ça, ça regarde l’Église. Ce qui regarde l’Église, c’est qu’elle n’accepte aucune injustice là où elle est implantée. C’est ça les oignons de l’Église… Malheureusement, les oignons de l’Église, ça a été aussi, et c’est encore les compromissions avec le pouvoir. On ne dénoncera jamais assez la lâcheté de certains hommes de religion qui pactisent avec le pouvoir en place, et donnent leur caution à des hommes politiques indignes de ce nom ». Toutes les religions représentées à Maurice ont pour but le salut des âmes et l’élévation de l’Homme. Ceux censés les représenter n’ont pas toujours été à la hauteur, mais il est salutaire d’en voir certains, de temps à autre, s’ériger en rempart contre les injustices, les magouilles et autres formes d’avilissement de l’Homme.
Si Maurice est, dans sa Constitution même, un État laïc, cela ne signifie pas que l’État et la religion soient condamnés à se regarder en chien de faïence. C’est dommage, qu’en raison du comportement irresponsable de certaines personnes, nous soyons arrivés au point où des parlementaires aient à en débattre…