Trois événements anodins cette semaine ont marqué le début d’une résistance manifeste vis-à-vis des décisions unilatérales du gouvernement et de la Gambling Regulatory Authority (GRA) dans le monde du pari et des courses mauriciennes. Une plainte à la Competitions Commission, une conférence de presse des futurs ex-off-course bookmakers et une réunion urgente des membres et stakeholders du Mauritius Turf Club pour un tour d’horizon des pouvoirs renforcés de la GRA aux dépens du MTC ont eu lieu à quelques jours d’intervalle.

Il en ressort que les dernières mesures annoncées — non encore entérinées — du budget sont la goutte d’eau qui est susceptible de faire déborder le vase de la même colère sourde et profonde de la population qui avait fait volé en éclats le pouvoir que beaucoup pensait solidement ancré de l’ancien régime. Les causes sont en fait les mêmes : le favoritisme pour les proches des gouvernants du jour. Si Nandanee Soornack cristallisait cette dérive étatique sous les rouges à la faveur de son pouvoir charnel, le favori des dirigeants du jour, Michel Lee Shim, symbolise son influence magnétisante à cause de ses capacités de bâilleurs de fonds. À chacun sa putain de la République !

Entre-temps, c’est un dérèglement progressif du monde des paris qui est en marche et avance progressivement vers une situation de monopole. L’influence de la galaxie du magnat des paris mauriciens étend ses tentacules de pieuvre affamée dans tous les méandres du monde des paris, soit en étouffant l’adversaire jusqu’à la mort certaine, soit en l’acquérant pour lui donner une autre vie permettant à l’empire du jeu mauricien de s’étendre. Dans le sillage de cette mainmise se dessine aujourd’hui plus fortement que jamais une déstructuration du fonctionnement de l’industrie hippique. En effet, le régulateur, la GRA, est investi par le gouvernement de pouvoirs accrus sur l’organisateur des courses, le MTC, au point de lui ôter ses prérogatives essentielles tout en pratiquant une strangulation financière lente mais inexorable. L’île Maurice hippique est en train de se singulariser sur la carte mondiale et il serait peut-être temps de faire appel à l’institution internationale seule susceptible de faire plier cette étatisation en marche et mortelle de l’hippisme mauricien.

Cette situation, longtemps dénoncée par Turf Magazine, est aujourd’hui exposée de manière on ne peut plus explicite dans un rapport fait pour le compte de la GRA, en février 2019, par les consultants de la société 1710 qui dénoncent avec élégance « the current system of gambling appears to favour specific activities over others » dans le gambling world. Largement commenté par notre confrère Week-End dans son édition de dimanche dernier, ce rapport qui vise à servir de base à l’introduction du cashless betting system à Maurice prend à contre-pied les politiques adoptées et mises en pratique par la GRA.
Le rapport 1710 dénonce sans ambages la multiplication à outrance des facility centres, les foreign pool promoters et les limited pay-out machines operators — marchés dominés par les compagnies proches de SMS Pariaz — qui bénéficient de lower licence fees, d’un taux d’imposition fiscale très bas et d’un nombre plus élevé de guichets comparativement aux autres opérateurs sur le marché : « A disproportionate licence and taxation model which seemingly supports high-risk activities to the detriment of low risk activities. This is an unorthodox approach and bucks the universal betting and gambling trend whereby higher-risk activities generally carry greater licence costs and fall under enhanced tax bands. There seems to be a further disparity in terms of operating times, whereby, again the lower-risk activities have restricted operating hours whilst higher risk activities do not. This again runs contrary to international practice, whereby higher risk activities would have greater operating constraints by way of opening hours, locations and numbers of premises. »
Et de conclure que cette situation manifeste de favoritisme va « most likely, based upon the experience of other jurisdictions, push players who feel their choices are being determined by an unfair market-place not to the available alternatives, but to the illegal or offshore market, increasing overall jurisdictional risk. » Heureusement qu’il y a encore quelques irréductibles résistants pour barrer la route à cette invasion sponsorisée par les pouvoirs publics, à l’image de ces Gaulois d’Astérix repoussant sans cesse les envahisseurs romains de Jules César.

D’abord, Value Plus Ltd, qui a déposé plainte à la Competitions Commission contre le fameux Sports Data Feed qui s’était fait connaître dans un sombre épisode de trafic d’influence auprès des secrétaires de juges de la Cour suprême dans une affaire opposant Paul Foo Kune et Michel Lee Shim. Value Plus Ltd affirme que, depuis la saison 2016-17, Sport Data Feed Ltd refuse de renouveler sa licence et a donc été obligé de mettre fin à ses activités de paris sur le football, alors que de 2011 à 2015, Sport Data Feed Ltd lui concédait sous licence ses droits pour la reproduction de la liste et des résultats sur les matches de football britannique.

La Competitions Commission devra examiner si les pratiques imputées à Sport Data Feed Ltd pourraient avoir une incidence sur la concurrence sur tout marché pertinent en violation de la loi de 2007. La réponse semble évidente du fait des liens forts existants entre Sports Data Feed et de certains concurrents de Value Plus.
Ensuite, les off-course bookmakers qui protestent contre la section C9 de l’Annex du budget de GRA qui les force à quitter leurs bases d’opérations à travers l’île et éventuellement de revenir au Champ de Mars déjà saturé. Les bookmakers off-course ne comptent pas rester les bras croisés et ils ont dénoncé avec force les relations incestueuses existantes entre le gouvernement et les compagnies de paris et de jeux de la galaxie Michel Lee Shim. Ils ont même dénoncé le renoncement du GM aux promesses électorales de 2014 qui visaient à combattre la nation zougader qui, soit dit en passant, sont infirmés par un rapport officiel qui situe le monde du pari officiel dans la moyenne mondiale des addicted players (3%), même si un Mauricien sur deux parie.

Enfin, le MTC, qui sort de sa torpeur habituelle pour prendre le public à témoin de l’impact des annonces budgétaires sur son activité. Une éclairante analyse du CEO Mike Rishworth, s’appuyant sur un rapport d’Ernst & Young, explique les effets contraignants sur les aspects légaux et implications financières de cet exercice qui affectera de façon négative les revenus du MTC, avec un recul estimé à Rs 10,6 millions pour l‘exercice 2019. Si les dirigeants du MTC, avec en tête le président Rajkamal Taposeea, n’ont pas clairement défini leur stratégie pour contrer les velléités de l’État, cette conférence de presse est néanmoins synonyme des prémisses d’une résistance qui ira grandissante contre une véritable politique qui vise à étrangler financièrement le MTC en lui volant à petit feu les prérogatives d’organisateur de courses, et en forçant des compagnies d’État comme Air Mauritius de se retirer comme sponsor, ce qui a été totalement confirmé cette semaine. Notons en passant que la réunion du MTC a aussi été l’occasion pour des règlements de compte internes entre membres, ce qui est aussi un signe de volonté de changement à l’intérieur du club.

En tout cas, la résistance s’organise et la révolution est en marche. Tout cela pèsera d’une façon ou d’une autre sur l’issue des échéances électorales qui avancent à grands pas et qui mettent tout le monde sur un pied d’égalité. L’hippisme mauricien touche une part importante de la population qui, elle aussi, exerce son pouvoir sur le poids des urnes et au moins eux ne feront aucune faveur aux pourfendeurs de l’hippisme mauricien…

Bernard Delaître