Cette semaine sera marquée par la présentation de l’exercice budgétaire pour l’année financière 2018-2019 par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Même si cet exercice a au fil des années perdu quelque peu de sa solennité qui, auparavant, tenait tout le pays en haleine, les mesures budgétaires sont attendues avec un intérêt certain. Cette année, pour des raisons dont il a le secret, le Budget sera présenté le jeudi 14 juin au moment même où le coup d’envoi de la Coupe du Monde sera donné en Russie, qui, elle, devrait retenir l’attention de bon nombre de Mauriciens qu’ils soient amateurs du ballon rond ou pas. Pourtant, rien n’empêchait le ministre des Finances de présenter le Budget lundi ou mardi prochain…

Tout le monde sait que les données budgétaires sont préparées bien à l’avance et les spécialistes du ministère des Finances, qui connaissent les tenants et aboutissants de cet exercice – pour s’en être occupé depuis plusieurs décennies – maîtrisent les grands axes des mesures qui peuvent être prises pour équilibrer les comptes budgétaires. On espère que le ministre des Finances nous expliquera pourquoi il aura choisi cette date, à la veille même de la fête Eid, qui marque la fin du Ramadan, jour férié de surcroît.

Tout cela indique-t-il que cet exercice budgétaire ne sera qu’une simple formalité dans l’attente d’un dernier Budget qui devrait être présenté avant les prochaines élections législatives? Ce budget sera-t-il l’occasion de faire avaler quelques pilules amères à la faveur de la Coupe du Monde ? Pour le moment, la seule indication donnée par le Premier ministre est que ce sera un Budget de continuité. Ce qui signifie que celui-ci poursuivra sur la lancée de l’année dernière avec quelques mesures correctives. L’on est impatient de savoir comment le ministre s’en sortira dans un contexte économique qui n’est pas particulièrement brillant. Le déficit budgétaire est à la limite de la ligne rouge, la dette publique semble avoir dépassé toutes les limites sans compter les prêts hors budgétaires contractés par des institutions publiques avec le soutien du gouvernement. Le citoyen lambda est curieux de savoir comment le budget empêchera une hausse du coût de la vie et attend avec impatience de voir comment le ministre des Finances compte amortir les augmentations des prix résultant de la hausse des coûts du carburant sans toucher aux prélèvements qui ont été augmentés alors même que le prix de l’essence à l’internationale était au plus bas. La classe moyenne, qui a été le dindon de la farce jusqu’ici, s’attend à des mesures qui lui permettront d’alléger ses fardeaux. Le secteur privé, qui jusqu’ici ne s’en est pas mal sorti, souhaite toutefois à des mesures concrètes pour la facilitation des affaires; que l’e-licencing évoqué et annoncé soit une réalité et qu’il y ait moins d’interventions ministérielles au niveau des institutions; que les mesures pour combattre la corruption soit consolidée pour que la loi sur le financement des partis politiques devienne une réalité. Dans les milieux des ONG, il existe une grande appréhension que leurs sources de financement venant du secteur privé soient réduites à néant, et que la marge de manœuvre des entreprises ne s’amenuise. En particulier, avec le risque que leurs contributions passent de 50 pour cent à 75 pour cent. En tout cas le suspense durera jusqu’à jeudi prochain.

Par ailleurs, on ne peut passer sous silence les événements de samedi dernier lorsque les membres de la Communauté LGBT ont annulé une marche prévue à Port-Louis par crainte pour leur sécurité en raison d’une manifestation anti LGBT organisée illégalement à la Place d’Armes. La réputation de notre île a pris un sale coup au point que l’Union européenne a demandé des garanties que la liberté d’expression et du rassemblement, y compris celle de la communauté LGBT, soit garantie par le gouvernement. Il importe en ces moments que toutes les forces démocratiques, progressistes et humanistes se rassemblent afin de parer à tout dérapage susceptible de porter atteinte à notre République laïque par des forces extrémistes d’où qu’elles viennent.