La semaine écoulée marquant la Fête du travail n’a ressemblé en aucune manière aux années précédentes où le 1er-Mai rimait avec une guerre des foules entre les partis politiques et les discours les uns plus virulents que les autres sur les adversaires politiques sur les plateformes publiques. Celle de 2014 a surtout était dominée par l’intervention des trois leaders politiques, Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et SAJ qui, d’une part, ont tenu à rassurer leurs éventuels partenaires, en soufflant le chaud et le froid et, d’autre part, ont tenté d’apaiser leur électorat quant à leur prochain “move” politique. Ce qui donne lieu, à ce jour, à davantage de flou en ce qu’il s’agit de l’avenir politique du pays.
Le ton a été donné dès lundi dernier par le Premier ministre après la tenue de l’exécutif du PTr et le même jour le Bureau politique du MMM votait, sur une motion du leader mauve, à une écrasante majorité de 40 pour et une seule abstention la fin du Remake 2000. Les révélations sont venues jeudi dernier à l’assemblée des délégués mauves sur les secousses qui ont ébranlé le Remake 2000, sur lequel Paul Bérenger a tiré un trait définitif en dépit de l’appel à la réconciliation lancé par SAJ la veille à Rivière-du-Rempart.
S’il a évoqué les différents scandales qui ternissent l’image du pays, dont la “puanteur au MTC” et “ce haut gradé de la police proche de Navin Ramgoolam” qui serait responsable de cette situation, Paul Bérenger s’est gardé d’être directement acerbe envers Navin Ramgoolam. Il a néanmoins insisté sur le fait que ni le MMM ni lui ne sont intéressés à être au gouvernement si ce n’est pour appliquer leur programme qui est de “nettoyer, voire désinfecter, le pays, le démocratiser et relancer l’économie”.
Le leader du MMM est longuement revenu sur la réforme électorale et a invoqué le devoir qui était celui du MMM de faire adopter une bonne réforme et la deuxième république pour dire, sur le premier dossier, qu’il n’y a plus qu’un texte de loi à présenter et que chacun devra alors prendre ses responsabilités devant l’histoire. Il a annoncé qu’il n’y aurait aucune rencontre entre Navin Ramgoolam et lui tant qu’il n’y a pas de présentation du texte portant sur la réforme électorale. Il a sur le second dossier évoqué les arguments de dernière minute avancés par le Premier ministre dont l’élection du président au suffrage universel un peu à la française où le chef de l’État est “enn ti léroi”. Ce serait un recul de la démocratie, a-t-il commenté.
Les turbulences au sein de l’alliance MSM-MMM remontent à janvier 2014, avec la question de hiérarchie entourant principalement la place que Pravind Jugnauth devait occuper dans le cadre d’une éventuelle prise de pouvoir par l’alliance MSM-MMM. Sir Anerood Jugnauth devait faire part à Paul Bérenger de son désaccord avec la composition d’une hiérarchie, pourtant déjà décidée et acceptée, dans laquelle Reza Uteem devait occuper la 3e place du front bench. Selon Paul Bérenger, il s’agit d’une question fondamentale, “au coeur de l’unité nationale” qui, en étant remise en question par SAJ, l’a bien “emmerdé”. Mais Pravind Jugnauth a désavoué son père, et “dépi janvier, Remake inn fini kassé akoz enn zig-zag Anerood Jugnauth”, dit-il. Selon lui, “il était impossible de continuer avec le Remake”.
Il en a profité pour faire une sortie en règle contre Maya Hanoomanjee et sa campagne au N°14, contre Showkutally Soodhun et “ses corpus condamnés par des cours de justice que l’on voit aux premiers rangs des comités régionaux du MSM.”
 
La référence à Mendès-France
Dans ses critiques contre ce parti et son ancien leader, Paul Bérenger est revenu sur 1983 et le recours obligé à SSR, SGD et le CAM pour affronter le MMM, et “la campagne la plus communale, la plus violente” qui n’ait jamais existé dans le pays. L’exemple de la candidate du MMM Vidula Nababsing au N°11 qui a échappé de peu à la mort a été cité. Si SAJ a eu besoin de SSR, il s’est opposé à sa candidature, a dénoncé le leader du MMM.
N’excluant pas un remake de 2010 qui avait permis à Navin Ramgoolam de se maintenir au pouvoir, le leader du MMM a dit que si cela s’avère, “le peuple va leur cracher dessus et que le MMM, lui, se prépare à aller seul aux élections et qu’il travaille déjà à la liste des candidats qui comportera plus de jeunes et plus de femmes.” Plus que jamais, a-t-il dit, “le vrai changement, c’est le MMM.”
Sur un plan plus personnel, il n’aura échappé à personne que Paul Bérenger a insisté sur le fait qu’il est peut être trop intransigeant et trop exigeant et qu’il refuse de travailler avec certaines personnes et de cautionner “enn ti kokin parsi enn ti kokin parla”. Il a assuré qu’il ne changerait pas sur le front des principes, de l’honnêteté et de la moralité politique en citant Pierre Mendès-France qui n’a été Premier ministre de la République française que pendant sept mois. “La tête haute et les mains propres” a été prononcé comme un leitmotiv, tandis que la référence à “mo garçon” présent dans la salle pour l’occasion peut laisser présager un engagement imminent d’Emmanuel Bérenger au MMM.
Quelques heures plus tard, le Premier ministre profitait de la plate-forme du Shivaji Day pour faire son meeting politique. Navin Ramgoolam n’a, visiblement, que faire des critiques sur l’utilisation des cérémonies culturelles à des fins politiques et, cette année encore, il n’a pas dérogé à ses habitudes. Des éloges pour Balraj Narroo, des critiques directes contre le MSM et indirectes contre le PMSD de la période de l’indépendance. C’est ainsi que l’on peut résumer son intervention au MGI dans l’après-midi de jeudi. Il a commencé par évoquer “la campagne raciste” menée contre l’indépendance avec des slogans tels que “enveloppé nou pa oulé.”
C’est ainsi, a-t-il dit, que, par peur, 44% de la population avaient voté contre l’indépendance et que, dans un désir d’unité, il y a eu une coalition faite après les élections. Navin Ramgoolam a déploré que “le même groupe, qui est toujours contre le progrès, est en train de lever la tête” comme il l’avait fait au moment du rapprochement entre SSR et SGD.
Il a alors expliqué qu’il a lancé un livre blanc sur la réforme électorale et que sans le MMM, il ne peut le faire aboutir et qu’à cette fin il a rencontré “celui qui contrôle le MMM et qui en est le leader historique”. Du coup, certains ont fait un virage à 180° pour laisser voir “leur vraie nature”, celle qui consistée à freiner tout progrès dans le pays.,
Dans ses virulentes critiques contre le MSM, il a parlé du “plus grand coup de pied que Paul Bérenger a infligé à ce parti et qui l’a poussé dans le karo kann”. Navin Ramgoolam s’en est ensuite pris à Showkutally Soodhun qui se prétend “plus grand défenseur des militants” et qui a prétendu qu’il lui aurait conseillé de consigner une déposition à la police en vue de faire arrêter le leader du MMM. “Li enn menteur n°1 et mo dir Soodhun péna naryé apar mansonz”.
Sortie de Navin Ramgoolam contre le MSM
Il a d’ailleurs annoncé qu’il avait décidé de traîner ce dirigent du MSM devant les tribunaux, ce qui, a-t-il dit, va faire allonger le nombre déjà conséquent d’affaires dans lesquelles il est impliqué. Comme Paul Bérenger, il a lui aussi évoqué 1983 pour souligner l’ingratitude dont certains politiciens peuvent faire preuve, comme l’exclusion de SSR après qu’il eut apporté son soutien à SAJ.
Et si le leader du MMM avait plus tôt dit “avoir sap piti-là depi prison fin décembre 2012” lorsqu’il est descendu aux Casernes, le Premier ministre, lui, a dit que “si des ministres n’étaient pas descendus au N°8 en 2009, chokra pa ti pou éli”. Sur le registre des campagnes communales, on a aussi eu droit à une similitude de vues entre les leaders du PTr et du MMM puisque, selon Navin Ramgoolam, la “campagne communale du MSM” avait déjà démarré la veille à Rivière-du-Rempart.
Et si le leader de l’opposition a fustigé les “roder boute”, le chef du gouvernement, lui, a dénoncé les “suiveurs et les parasites” qui cherchent des avantages. Sinon, on a eu droit à des “zistwar mo papa” qui lui aurait déconseillé d’émigrer au Canada et même à une glorification des centres culturels et des Speaking Unions si décriés avant 2005.
Il a patienté deux semaines avant de parler. Et son discours, très attendu, a fait son effet. La forte mobilisation au Universal College mercredi dernier en témoigne. Un congrès qui a pris des allures d’un meeting du 1er-Mai tant la mobilisation était importante au N°7 ce 30 avril. Certains, coincés dans les embouteillages, n’ont pu qu’entendre la fin du discours de SAJ dans son fief à Rivière-du-Rempart, qui a pris la parole pour une trentaine de minutes après son fils Pravind.