La police a vécu une soirée des plus difficiles hier, avec deux cas d’homicide recensés dans la seule région des Plaines-Wilhems. Au n° 5, à l’avenue Wilson, Quatre-Bornes, à deux pas de la route Royale et de l’usine Pepsi-Cola, Angamootoo Ramasawmy, 70 ans, a été retrouvé mort dans sa boutique. Un Vacoassien, Antonio Birjoolall, 48 ans, qui était dans le coma durant le mois écoulé des suites d’une agression au sabre, devait rendre l’âme à l’hôpital. Avec son décès, la police n’a pas eu d’autre alternative que de faire de ce cas de wounds and blows un murder case.
A Belle-Rose hier soir, plusieurs unités de police, à savoir les Major Crime Investigation Teams de Port-Louis et de Curepipe, placés sous la supervision générale du surintendant Yousouf Soopun, la Western Division CID dirigée par l’Assistant-surintendant de Police (ASP) Daniel Monvoisin, les Scene of Crime Officers (SOCO), ainsi que la Dog Section de la police étaient à pied d’oeuvre aux locaux de la boutique Buy Some More. En milieu de soirée, le corps sans vie d’Angamootoo Ramasawmy, 70 ans, devait y être découvert. Il avait été bâillonné et avait les pieds et les poings attachés. La caisse de la boutique était vide. Ces indices de taille ont immédiatement mis les enquêteurs sur la piste d’un vol qui aurait mal tourné.
Selon toute probabilité, Angamootoo Ramasawmy aurait été surpris à l’heure de la fermeture de sa boutique, soit aux alentours de 19 h, ou peu après. Du reste, l’hypothèse qu’il ait pu avoir affaire à des clients habituels n’était pas à écarter dans la nuit d’hier à ce matin. Un habitant de la localité, qui a tenu à garder l’anonymat, raconte s’être rendu à la boutique du septuagénaire aux alentours de 18 h 45 afin d’y acheter des cigarettes. Le boutiquier lui aurait dit : « Pena cigaret. Aler ». Pour ce client habituel, il n’y avait alors rien d’anormal. C’est aux alentours de 20 h 30 qu’il a vu du mouvement du côté de la boutique, avec les allées et venues des voitures de police. « Mo pa kapav kroir ki zot finn touy sa bolom-la. Seki finn ariver la li terib. Li ti ena labitid ferm so laboutik 7 h pile. Ena bien tigit dimunn ki ti kapav deranz li pu servi apre ler », a ajouté cet habitant de Belle-Rose.
Pour ceux qui habitent les alentours, une telle tragédie n’est cependant pas totalement étonnante. Pour cause : depuis des années, une multitude de drogués infestent la localité. Dans les alentours de l’avenue Wilson, notamment à l’avenue Modun et dans le morcellement du même nom, terrains vagues et maisons désaffectés sont légion. Ces terrains vagues et ces maisons en décrépitude servent de lieu propice aux toxicomanes, qui viennent s’administrer leur drogue. Du reste, à plusieurs reprises, des seringues, des fioles de sirop et des flacons de comprimés vides ont été retrouvés sur les lieux. Cette situation a pourri les alentours, et ce depuis plusieurs années déjà. « Ce qui est arrivé est quelque part quelque chose qui était annoncé depuis longtemps. Nous, habitants du quartier, sommes fatigués de voir des drogués aller et venir aux alentours. Ils sont attirés par toutes les maisons vides et les terrains vagues qui regorgent dans le coin », déclare pour sa part une quinquagénaire, qui habite la région depuis plus de trente ans.
Ces informations ont été communiquées aux enquêteurs, qui, du reste, ont effectué une reconnaissance du quartier dès la soirée d’hier afin de tenter d’y trouver un quelconque indice. A hier soir, cette thèse du crime crapuleux commis suite à un vol était la plus plausible, selon les enquêteurs.
Selon les différents recoupements de Week-End, il ressort que le boutiquier aurait été agressé à l’aide d’un objet — fort probablement une bouteille — à la tête. Le fait qu’il ait été bâillonné n’écarte pas, non plus, la possibilité qu’il soit mort étouffé. L’autopsie, qui sera pratiquée ce matin, devrait être en mesure d’apporter un éclairage en ce qu’il s’agit de l’heure approximative ainsi que de la cause du décès. C’est aux alentours de 22 h 45 que le corps du malheureux a été transporté à bord du Mortuary Van de la police pour être conduit à la morgue de l’hôpital Victoria, Candos. Les enquêteurs étaient toujours présents à minuit sur les lieux du crime.