La Grèce, l’alpha de la démocratie, serait-elle l’oméga de l’économie de la dette prédatrice des états soi-disant démocratiques ?
La Grèce – sa culture, sa philosophie et son influence
Les plus anciennes civilisations dont la Grèce sont majoritairement polythéistes. Les Grecs n’avaient aucune raison de croire en un dieu unique et n’entretenaient pas de mythe particulier expliquant l’origine de l’homme.
Les penseurs grecs, au VIème siècle avant J.C., dissocièrent les dieux de l’univers. L’écart ainsi établi entre les divinités et le monde donna plus d’espace à la réflexion. Et c’est sur ce terreau que vont naître et croître la « philosophie » et s’établir la « démocratie », système de gouvernement grec donnant le pouvoir au peuple – demos (peuple), kratos (pouvoir).
Jusqu’à l’avènement du christianisme, la culture, la langue et l’esprit grecs seront largement répandus de l’Orient à la Méditerranée grâce aux conquêtes du jeune Alexandre 334 ans avant J.C. Cette emprise grecque dura jusqu’au Moyen Âge, que ce soit chez les juifs, les chrétiens et les musulmans. Il convient d’observer que, contrairement aux conquêtes de l’Europe chrétienne plus tard, les grecs ne cherchaient pas à imposer aux autres leur façon d’être. L’idée de prosélytisme religieux et de conversion leur était également étrangère.
Victime de la démocratie
Donner la parole au peuple, c’est tout le fondement de la culture grecque. Quand Georges Papandréou, alors Premier ministre, pris en tenaille entre la colère populaire, la défiance de sa majorité et celle d’une opposition toujours opportuniste, et les exigences des mécanismes de domination et de répression à l’oeuvre dans les institutions financières, décide de donner la parole au peuple en leur proposant un référendum, il est en harmonie avec son peuple. Les grecs le comprennent. Mais pas le capitalisme financier ‘prédateur’qui – par l’arbitrage des institutions interposées (l’U.E, le FMI, la BCE), anticipant un rejet du peuple grec de leur plan de rigueur ou sauvetage (de leur argent !) – l’a contraint à démissionner et, plus grave, qui impose au peuple grec un gouvernement improvisé qui n’est pas issu des urnes, défiant l’alpha du principe démocratique !
Solon, élu ‘archonte’(nom donné au responsable politique et judiciaire en Grèce), qui avait arbitré le conflit entre aristocrates et gens du peuple (les pauvres et les méchants !), aux alentours de 594-593 av. J. -C, doit se retourner dans sa tombe. Il avait, par sa noblesse d’esprit et son pragmatisme, aboli les dettes des plus faibles, ainsi que l’esclavage et défendu l’idée d’une vie sociale fondée sur la générosité et la droiture, tant il avait foi dans le progrès humain et dans la loi, seule justice humaine pouvant triompher des abus. Aujourd’hui, « c’est foi d’animal. Intérêt et principal » !
Les pères fouettards
Les religions qui vont naître, avec le christianisme, remplaceront les philosophes. La mystique philosophique sera occultée par la mystique religieuse juive, chrétienne et musulmane – les trois religions monothéistes. Et dire que l’expérience de la mystique philosophique a été à la base de la pensée d’Augustin !
Le christianisme fera le nid et sera l’essor du capitalisme. Mais, ce capitalisme sera dévoyé par des états européens chrétiens avec l’esclavage, la traite des esclaves (un crime contre l’humanité) et la colonisation. L’abolition de cette ‘chaîne d’union’donnera naissance à des féodalités financières et leurs laquais – les institutions de Bretton Woods – qui prêtèrent de l’argent aux anciennes colonies et au continent africain nouvellement affranchi, après que 14 anciens pays esclavagistes européens eurent partagés ses 30,000,000 kilomètres carrés de terre de 1880 à 1960.
Ces institutions exigeaient dur comme fer que le moindre sou de la moindre dette soit payé au moment précis de son exigibilité ! Leur motivation n’a rien à voir avec une quelconque rationalité bancaire, mais bien avec la logique du système de domination et d’exploitation résultant de l’esclavage et du colonialisme. C’est ce qui emmène Jean Ziegler à dire : l’esclave met le genou à terre à chaque fois qu’il accepte une lettre d’intention du FMI ou un plan d’ajustement structurel. Un esclave debout est un esclave dangereux !. Les chiffres sont têtus : « En 2006, l’aide publique au développement fournie par les pays industriels du Nord aux 122 pays du tiers-monde s’est élevée à 58 milliards de dollars. Durant la même année, ces derniers ont transféré aux banques du Nord 501 milliards de dollars au titre du service de la dette ». Point n’est besoin des coups de fouets et de l’armée pour asservir et soumettre les peuples. La violence subtile de la dette s’est substituée à la brutalité visible du pouvoir colonial.
Le couple franco-allemand
En voyant les gesticulations du couple le plus mal assorti de la planète financière, jouant au père fouettard avec les Grecs, défendant avec acharnement la monnaie qu’il a concoctée, alors qu’au fond cette monnaie divise le couple – l’Allemagne la voulant forte parce c’est à son avantage (balance commerciale excédentaire parmi les plus élevées du monde : 55% du PIB européen, 80% des exportations dans la zone Euro) et la France et les autres pays de l’UE dont l’économie est à la traîne, la voulant à la baisse pour stimuler leurs exportations et leur croissance, l’observateur que je suis qui n’a pas froid aux yeux, a froid dans le dos – il a l’impression de vivre la période « la plus lamentable et la plus bête de l’histoire » du monde et de l’humanité.
Faut-il être prix Nobel d’économie pour comprendre qu’un gel de la dette de la Grèce pendant un certain temps allégerait les tracasseries financières immédiates de ce pays et lui permettrait de se recentrer en vue d’un redressement de son économie, lequel tiendrait compte évidemment du remboursement de la dette ?
que, dans la conjoncture économique actuelle, l’euro est une monnaie surévaluée pour la quasi-totalité des pays de la zone euro, y compris la France – lesquels n’exportent plus comme avant et ne font plus de croissance – sauf évidemment l’Allemagne.
Mais non, on a l’impression que nos gouvernants sont englués dans des dogmes religieux ou politiques. Ils croient fermement les ‘prédicateurs’financiers qui harcèlent : tu nais débiteur, tu mourras débiteur… et tes enfants naîtront débiteurs !. Paie tes dettes, tu recevras l’absolution, et tu pourras de nouveau réemprunter. Pour paraphraser Marx, de quoi vivrait ce capitalisme financier ‘prédateur’si ce n’est des dettes de ses fidèles !
La dette : l’assassin !
La faim est la principale cause de mort sur notre planète. Plus de 40 millions de personnes, parmi lesquels 6 millions d’enfants de moins de 10 ans, meurent tous les ans de faim et de maladies dues aux carences nutritionnelles. « Et cette faim est faite de main d’homme… Quiconque meurt de faim meurt assassiné et cet assassin a pour nom la dette » nous dit Ziegler, indigné. La faim est le produit direct de la dette dans la mesure où c’est elle qui prive les pays pauvres de leur capacité d’investir dans leur développement agricole – une grande part de leurs ressources étant absorbée par le service de la dette.
Et pour ajouter à l’agonie de ces peuples :
l’U.E. pratique dans de nombreux pays du tiers-monde, le ‘dumping agricole avec un cynisme sans faille’. Les États industrialisés de l’OCDE ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars à titre de subventions à la production et à l’exportation !
Les anciens pays esclavagistes font perdurer l’économie de la dette. Ils monopolisent le FMI. La France a dirigé le FMI pendant 36 ans au cours des 65 ans d’existence de cette institution. Quand dernièrement Strauss-Kahn la quitte, la France dit : je la garde !
Conclusion
L’expression de la violence structurelle de la dette qui habite l’ordre du monde a atteint un stade inédit jamais anticipé par l’homme. Aujourd’hui cette violence franchit le seuil de l’Europe. Et pourtant, depuis longtemps, elle est vécue au quotidien dans des pays fortement endettés, mais elle a longtemps été occultée par les médias occidentaux contrôlés essentiellement par ces mêmes ‘créanciers-prédateurs’.
La situation a aujourd’hui bien changé. Un espace cybernétique unifie le monde. Les télécommunications se sont universalisées. Elles fonctionnent en temps réel ! Le ‘printemps arabe’a été un signal fort envoyé aux dictateurs et aux oppresseurs (des peuples) de tout acabit. Il conviendrait maintenant que les ‘créanciers-oppresseurs’envoient vite à leur tour un message fort, responsable et plus humain aux victimes de leur politique archaïque d’endettement qui ne font plus recette.
De leur côté, les pays endettés devraient chercher des moyens pour sortir de l’emprise de la dette. Ils pourraient faire du troc comme le fait la Chine avec l’Afrique (construction des écoles, des universités, des hôpitaux, des utilités publiques en échange des matières premières) afin de court-circuiter les banques privées et le FMI ;
Introduire le microcrédit et encourager le ‘social-business’– un concept nouveau qui ne rémunère pas les actionnaires – proposé par Mohamud Yunus, père du microcrédit et prix Nobel dans son livre : Vers un nouveau capitalisme.
Mais, quid de la dette actuelle ? Le message fort que pourraient envoyer les ‘créanciers-oppresseurs’de la planète c’est l’annulation inconditionnelle des dettes des pays dont la population souffre le plus. Il faut réveiller l’impératif moral qui est en chacun de nous. La proposition n’est pas démagogique dans la mesure où elle ne provoquerait ni l’effondrement des banques financières, ni l’économie du monde.
Il convient, à cet égard, de rappeler que les versements effectués au cours des dix dernières années par les 122 pays du tiers-monde au titre du service de leur dette vers les États et les banques des pays du Nord sont inférieurs à 2% du revenu national cumulé des pays créanciers concernés ;
Les dettes de ces pays sont nettement inférieures aux milliers de milliards de dollars détruits pendant les trois crises financières ayant secoué la quasi-totalité des places financières de 2000-2010. Dans les trois cas, les places financières ont digéré ces énormes pertes sans problème.
À la longue rien ne changera vraiment ! Les riches resteront très riches, mais les pauvres deviendront un peu moins pauvres.