Le jeune baryton Michael Rakotoarivony vit à travers La Traviata sa première participation à la création d’un opéra, et sa première expérience musicale en dehors de son île natale Madagascar. Mais le défi pour ce jeune homme de 19 ans va aussi consister à interpréter le rôle d’un homme d’âge mûr en la personne du Baron Duphol.
Au-delà de la formation vocale qu’il suit depuis deux ans à l’Anglican Music Institute, Michael Rakotoarivony reçoit aussi des cours de direction de choeur et de direction d’orchestre. Nous l’avons d’ailleurs rencontré alors qu’il s’apprêtait à animer une répétition avec les jeunes musiciens qui vont accompagner les choeurs d’enfants de Cité Richelieu, Cité Sainte-Catherine et Pailles lors de la cérémonie d’ouverture de La Traviata. Les quarante enfants qui apparaîtront ainsi sur scène ont été formés par Jenny Larauce dans le cadre d’un financement CSR.
Michael Rakotoarivony a commencé à prendre des cours de chant en janvier 2011 à l’Anglican Music Institute avec la Coréenne Ok Sun Kim ainsi qu’avec le professeur Richard Rasolonjatovo qui est son directeur de chant. Ce dernier est d’ailleurs le chef de file de l’essor de la musique et du chant classiques que connaît Madagascar depuis quelques années. Depuis qu’il est arrivé à Maurice, tout le monde dans la troupe de La Traviata s’accorde pour dire que Michael Rakotoarivony présente un brillant potentiel et semble parfaitement à l’aise dans le rôle du Baron Duphol, au bras duquel Violetta apparaît au premier acte.
Si ce personnage ne lui cause pas de grandes difficultés en matière de technique vocale, il représente cependant un grand défi sur le plan psychologique comme nous l’explique son interprète : « Je n’ai que dix-neuf ans et je dois jouer le rôle d’un homme qui a à peu près cinquante-cinq ans. Je n’ai pas vécu assez longtemps pour vraiment éprouver les sentiments d’un homme d’âge mûr. La jalousie d’un homme de 55 ans ne peut pas se comparer à celle d’un garçon de 19 ans… » La solution a consisté pour lui à observer, grâce à internet, ce qu’ont fait les grands barytons qui ont interprété ce rôle : le langage du corps, les expressions faciales, l’attitude, etc. Son chanteur favori pour ce rôle et bien d’autres est le célèbre baryton américain Thomas Hampson. En attendant de réaliser ses rêves en jouant des rôles tels que le Dr Malatesta dans Don Pasquale de Donizetti ou même Don Giovanni lui-même chez Mozart, notre interlocuteur a donné des récitals lyriques, Le Messie de Haendel notamment, et prépare actuellement des chants napolitains de Paolo Tosti et Scarlatti.
La musique classique et le lyrique sur les scènes malgaches ont connu un essor particulier ces dernières années. Michael Rakotoarivony en est un des talents prometteurs. Il nous raconte notamment que les plus grands noms du classique dans la Grande Île sont par exemple le Madagascar Mozarteum qui propose des concerts chaque mois avec les talents malgaches, tandis que la musique de choeur est représenté par Le Choeur Maestria, ou encore le Laka Ensemble, ainsi bien sûr que les choeurs d’église. Parmi les voix masculines malgaches qui ont percé et convaincu, il cite notamment le ténor Santatra, ou encore Fitahiana Rasendrahasina, actuellement aux États-Unis, Holy Razafindrazaka et son propre professeur, qui consacre maintenant toute son énergie à l’enseignement et se produit beaucoup moins.
Si cet essor est récent, il n’arrive pas en terrain vierge et il faut croire que les Malgaches, peuple chantant par excellence, ont de grandes prédispositions pour cela. La musique, le chant et les choeurs polyphoniques font partie intégrante de la vie quotidienne et des traditions à Madagascar. Michael Rakotoarivony est aussi par exemple un passionné de chant théâtral malgache, cette pratique qui s’est développée à partir des années 1920. Les grands compositeurs de ces opérettes malgaches ont notamment pour nom Justin Rajoro ou encore Naka Rabemanantsoa.