Saluons l’audace et la parfaite maîtrise des metteurs en scène, Gérard Sullivan et Angela Brandt, de n’avoir pas fait un copier/coller de l’opérette la plus jouée au monde. Opera Mauritius avait bien souligné que le retour de La Veuve Joyeuse sur les planches serait une adaptation mauricienne et originale de l’œuvre de Franz Lehar. C’est effectivement ce que le public a découvert le week-end dernier lors des premières représentations au J&J Auditorium à Phoenix.

Heureux dénouement pour Missia Palmieri (Véronique Zuël) et Prince Danilo (Marc Gris)

L’ADN de cette opérette, grâce aux morceaux interprétés par nos plus belles voix, Véronique Zuël-Bungaroo, Marc Gris, Katrin Caine, Jean-Michel Ringadoo, était bien présent. Mais ce qui ressort surtout du spectacle présenté au public, c’est qu’il est possible de découvrir et de vivre d’autres expériences de l’art lyrique grâce à une nouvelle approche.

Les trois actes de cette opérette se sont enchaînés sans lourdeur ni lassitude. Les dialogues ont été ponctués de nombreux clins d’œil au quotidien local. Trois chansons en kreol – Si pa ti ena fam lor later (Acte 1), Enn sel refrin (Acte 2) et Donn lamour enn deziem sans (Acte 3) – ont été interprétées par Linzy Bacbotte, les textes étant écrits par Gérard Sullivan et la recherche mélodique signée Dean Nookadu, en collaboration avec Sébastien Domingue. Soulignons également l’ingéniosité d’intégrer des écrans et des vidéos au décor.

La seule présence étrangère de la Veuve Joyeuse était le grand orchestre de 58 musiciens allemands de Musikakademi der Studienstiftung des deutschen Volkes, sous la direction de Martin Wettges

De Paris à Maurice

Grâce à cette version 2018 de La Veuve Joyeuse, le spectateur voyage à Paris, où Popoff, l’ambassadeur de Marsovie, donne une réception en l’honneur de l’anniversaire du Roi. Parmi les invités, il attendait surtout la venue de Missia Palmieri, veuve héritière d’une immense fortune. Son but est de la marier avec le prince Danilo pour éviter la fuite de cette fortune à l’étranger. Touche d’originalité par la suite : les spectateurs ont dû reprendre l’avion pour Maurice, lors d’un petit arrêt très coloré, dansant et rythmé, puisque la belle veuve avait décidé, à son tour, de recevoir la jet-set varsovienne. Cette parenthèse dans l’œuvre de Franz Lehar a ainsi donné lieu à un beau moment de partage et de création. Celle de l’intégration d’instruments traditionnels mauriciens (Kerwin Castel et Samuel Dubois à la ravanne, Emmanuel Desroches à la maravanne) à un ensemble symphonique d’une soixante de musiciens allemands de l’orchestre Musikakademie der Studienstiftung des deutsche Volkes.

Le ton était alors donné et l’ambiance n’a cessé d’aller crescendo pour se poursuivre du côté de chez Maxim’s, avant le dénouement heureux entre la veuve fortunée et son ancien amoureux Danilo. Tous les ingrédients étaient réunis pour que La Veuve Joyeuse (datant de 1905) soit remise au goût du jour pour donner envie à la nouvelle génération de s’intéresser au classique et à l’art lyrique.

Les prochaines représentations sont prévues le vendredi 26 et le samedi 27 octobre à 19h30 et le dimanche 28 octobre à 14h30 au J&J Auditorium à Phoenix. Les billets sont à Rs 1,200 (VIP), Rs 1,000 (Première), Rs 700 (Seconde), et Rs 500 (Troisième) et pour les jeunes respectivement à Rs 1,100, Rs 900, Rs 650 et Rs 450. Réservations par téléphone sur le 467-6767 ou par mail (sales@operamaurtius.com).