Henraaj et Sanjana Jebodh, âgés de 23 et 25 ans, sont désespérés. Diplômés en dentisterie de la M. Gorky Donetsk National Medical University, en Ukraine, frère et soeur se retrouvent au chômage à Maurice. En effet, leur diplôme n’est plus reconnu au pays. Ils lancent un appel aux autorités concernées afin que leur cas soit pris en considération.
Après avoir complété sa scolarité secondaire, en 2009, Henraaj Jebodh souhaitait poursuivre ses études à l’étranger. Cependant, en raison de la situation financière difficile de sa famille, il s’était désisté. Entre-temps, il était entré en contact avec un ami qui étudiait déjà en Ukraine. « Il étudiait la médecine en Ukraine et m’a demandé de le rejoindre car les coûts sont abordables. Il m’avait promis de m’aider pour les procédures », nous confie Henraaj. En 2011, Hurrydeo, le père du jeune homme, prend un prêt bancaire pour financer le voyage et la première année d’étude de son fils à l’Université de Donetsk, en Ukraine. « La première année s’est bien passée. Mais un an après, j’ai dû rentrer au pays car je n’avais plus d’argent. Alors, mon père a décidé de vendre un terrain familial, qui nous a rapporté Rs 1,5 million. En 2012, j’ai repris l’avion pour l’Ukraine. Ma petite soeur, Sanjana, m’a accompagné car elle aspirait à devenir dentiste également. Alors que je m’apprêtais à entamer ma deuxième année, elle allait commencer sa première année », dit-il.
L’argent obtenu par le père avec la vente de son terrain a servi à rembourser le prêt bancaire et financer les études de ses enfants. Mais, le père de Henraaj ne les verra pas devenir dentistes car en 2013, suite à une maladie, il décède. « C’était un moment très pénible pour la famille, surtout pour ma soeur et moi. Nous n’avons pu assister aux funérailles de mon père. Ce n’est que quelques mois plus tard que nous avons pu regagner le pays », explique Henraaj.
Guerre civile
Alors que Henraaj et Sanjana s’apprêtaient à entamer leur nouvelle année d’étude, une guerre civile est déclarée en Ukraine. « Les étudiants qui avaient les moyens ont changé d’université. Ma soeur, mon ami, qui étudiait la médecine, et moi nous sommes retrouvés coincés à Donetsk car nous n’avions pas les moyens de payer les frais pour rejoindre une autre université. La situation devenait difficile et nous ne savions quoi faire », se souvient Henraaj. Après la guerre civile, les universités étaient de nouveau ouvertes et c’est alors qu’ils ont pu continuer leurs études. « Nous étions contents d’avoir pu compléter nos études et de pouvoir enfin retourner au bercail avec nos diplômes. Nos parents ont fait d’énormes sacrifices pour nous envoyer étudier en Ukraine », dit-elle.
Les Jebodh relatent qu’avant la guerre civile, Donetsk était reconnu par l’État ukrainien. Mais après les hostilités, Donetsk a été isolé. Toutefois, ils ne savaient pas que leur destin leur réservait d’autres surprises. De retour au pays en 2016, Henraaj décide de ne plus tarder et entame les procédures pour se faire enregistrer auprès du Dental Council. « On m’a expliqué que je vais devoir passer un Dental Registration Examination. Le 18 octobre 2016, je reçois une lettre m’informant que l’examen se tiendra le 26 novembre 2016 au Mauritius Education Syndicate (MES) et que je devais payer Rs 3 100. Toutefois, une semaine avant que je n’aille faire le paiement, je suis convoqué au Dental Council où j’ai été informé que mon diplôme n’est pas reconnu par l’État mauricien et que je ne peux donc pas participer aux examens et qu’il fallait attendre », avance Henraaj.
Au début de cette année, le jeune homme reçoit deux lettres l’informant que M. Gorky Donetsk National Medical University se trouve dans la Donetsk People’s Republic et non dans l’État ukrainien. Une lettre datant du 27 avril dernier fait mention que le Dental Council a demandé au ministère de la Santé et de la Qualité de la Vie de reconnaître cette université et qu’elle soit publiée dans la Government Gazette. « C’est la dernière lettre que j’ai reçue. J’attends toujours une confirmation. Ma soeur et moi sommes au chômage depuis notre retour au pays. Nous voulons travailler pour pouvoir aider notre famille », souligne Henraaj.
« Nous n’arrivons même pas à décrocher un simple job »
Brinda, mère de Henraaj et Sanjana et femme au foyer, ne sait plus à quelle porte frapper. « Je n’ai jamais travaillé de toute ma vie. Mon époux a travaillé dur pour que nos enfants réussissent dans leur vie. Depuis sa mort, je ne jouis plus d’une bonne santé. Mon aîné et ma cadette sont au chômage malgré un diplôme en poche. Mon benjamin, lui, n’a pu poursuivre ses études tertiaires après son HSC parce que nous n’avons pas les moyens. Il travaille actuellement comme “helper” chez un tôlier pour me soutenir financièrement car ma pension de veuve ne suffit pas pour joindre les deux bouts », se lamente cette mère désespérée.
Henraaj et Sanjana sont également désespérés car ils n’arrivent pas à trouver un emploi. « Là où nous allons, on nous dit que nous sommes “overqualified” pour le métier. Nous n’arrivons même pas à décrocher un simple job en attendant. Nous demandons au Dental Council et au ministère de la Santé et de la Qualité de la Vie de trouver une solution au plus vite car nous souhaitons mener une vie normale », affirme Henraaj. Sanjana ajoute que sa famille est stressée. « Ce n’est pas facile de vivre une telle situation au quotidien. Mon frère et moi avons été des “Toppers” à l’université en Ukraine, pourtant aujourd’hui, nous n’arrivons pas à trouver un boulot », regrette-t-elle.
Le Dr Moossa Bye Suffee, connu de ses services sociaux dans le Nord, a adressé une lettre ouverte au Premier ministre, Pravind Jugnauth, au ministre de la Santé, Anwar Husnoo, au ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, et au président du Dental Council pour que le dossier des Jebodh soit pris en considération. Il décrit le parcours difficile de ces jeunes et demande aux autorités concernées de faciliter leurs procédures afin qu’ils puissent se faire enregistrer au Dental Council.