En 1991, une campagne internationale de 16 jours d’action, du 25 novembre au 10 décembre, contre la violence faite aux femmes fut lancée par le Women’s Global Institute, lors d’une conférence féministe tenue à Bogota en Colombie. En 1999, l’Onu décréta le 25 novembre, journée internationale contre cette violence si répandue dans les familles du monde entier.
Depuis, au niveau local, régional et international, les femmes se mobilisent et organisent diverses activités, telles que les campagnes de sensibilisation, des tables rondes, des rassemblements, des représentations théâtrales et des tribunaux des femmes pour, entre autres, conscientiser l’opinion publique et encourager les femmes à briser le silence.
Ainsi, la société est de plus en plus consciente de la gravité et des conséquences de la violence conjugale envers les femmes mais on apprécie, dans une moindre mesure, les effets de cette violence sur les enfants. Cependant, ces derniers sont tout autant affectés par cette violence que leur maman.
Les enfants sont presque toujours, indépendamment de leur âge, les premiers qui voient et entendent ces actes de violence perpétrés dans leur maison. Ils deviennent des témoins impuissants à la violence que subit leur mère et sans nul doute, cela a des répercussions sur leur développement psychologique et leur comportement.
Certains hommes violents battent leur femme autant que leurs enfants. D’autres reçoivent les coups adressés à leur mère en s’agrippant à elle ou sont blessés par les objets lancés parce qu’ils se trouvent dans la même pièce, pendant la bagarre. Plusieurs études ont  établi que beaucoup d’entre eux, victimes directes ou indirectes de la violence conjugale vivent dans la peur, l’angoisse et la tension. Certains font des cauchemars, d’autres souffrent d’insomnie ou pleurent constamment. Ils ne peuvent se concentrer à l’école car ils portent en eux la peur pour leur sécurité et celle de leur mère. Ils ont en général des résultats académiques inférieurs à ceux des autres enfants. Un jour, au cours d’une conférence, une femme avait raconté, que dès sa tendre enfance, sa maman avait enseigné, à elle et à son frère cadet, comment cacher tous les couteaux de la maison avant que leur papa ne rentre à la maison. Quelle responsabilité pour un enfant – le rôle de protéger sa mère quand cela aurait dû être le contraire. Cette femme, âgée d’une cinquantaine d’années avait ajouté qu’elle portait toujours en elle, la peur des « couteaux chinois ». Il y a en fait beaucoup d’enfants, surtout les aînés, qui développent un réflexe de protection envers leur mère et leurs plus jeunes frères et soeurs. L’enfant, malgré son jeune âge, devient protecteur au lieu d’être protégé et cela ne peut être bénéfique pour son développement et son épanouissement.
Certains de ces enfants développent une conduite tout aussi violente à l’école, contre leurs professeurs et leurs amis. Un enfant victime ou témoin de violence est toujours sur ses gardes, devenant parfois agressif durant les conflits avec ses camarades. Il ne sait pas comment contrôler sa colère ou faire des efforts pour gérer les conflits. D’autres se replient sur eux-mêmes, ils ont peu d’estime pour eux-mêmes et ont des problèmes psychologiques qui risquent d’entamer leur développement et leur vie adulte. Les adolescents font souvent l’école buissonnière, font des fugues ou abandonnent l’école, soit parce qu’ils sont trop bouleversés, meurtris et/ou qu’ils ne peuvent pas faire leurs devoirs à cause de la violence quotidienne dans leur maison. Les problèmes de ces enfants témoins de violence, sont aussi importants que ceux qui sont eux-mêmes battus et maltraités.
En Amérique, pays où l’obésité des enfants est un grave problème, on commence à se pencher sur les habitudes alimentaires des enfants vivant dans les familles où règne la violence. Se gavent-ils de nourriture pour « étouffer » leur angoisse ? Est-ce aussi une des causes des troubles anorexiques de certaines jeunes filles ? Refus de manger pour se venger ?
Des enfants sont souvent pris en otage même après le divorce de leurs parents. Dans certains cas, on fait pression sur l’enfant – une forme de violence psychologique non-négligeable, pour l’inciter à espionner l’autre partenaire. Ils subissent un chantage émotionnel ou même financier constant. N’est-ce pas une forme de violence invisible mais insidieuse qui influe sur le bon développement de l’enfant ?
Quand il y a violence conjugale, c’est presque toujours la femme battue qui part tandis que le conjoint violent reste et jouit du confort de la maison. Une maman qui part emmène les enfants mineurs avec elle, perturbant ainsi leur scolarisation, leur mode de vie ainsi que la relation avec leurs amis. C’est pire quand ces enfants sont ballottés, de lieu en lieu ou de résidence en résidence. En même temps, comme on le voit souvent dans les centres d’hébergement pour femmes battues, ces enfants sont soulagés de se trouver dans un endroit plus sûr et serein.
Ces enfants ont un rapport ambivalent envers le père violent. Tantôt ils ont peur de lui, tantôt, surtout après la séparation, ils se font du souci pour lui. Les adolescents-témoins peuvent aussi avoir des sentiments mitigés à l’égard de leur mère. Un conflit se joue souvent en eux, ils ont de la sympathie pour elle mais des fois ne comprennent pas sa décision de quitter le toit conjugal, les privant ainsi de leur « chez soi ». Le bien-être des enfants est davantage entamé quand leurs mamans, victimes de violence conjugale, sont trop déprimées, perdues, désespérées pour assumer leur responsabilité de mère.
La violence subie en tant que victime ou témoin peut avoir des effets très négatifs sur la vie d’adulte de ces enfants. Ils apprennent très tôt qu’ils peuvent exercer un pouvoir et un contrôle sur les autres par la force et ont souvent des conflits violents avec leurs camarades. Par contre, surtout les filles peuvent développer des sentiments d’impuissance, de soumission les rendant ainsi plus vulnérables à la violence conjugale dans leur vie adulte.
 Depuis quelques années, on se penche sur la problématique de la violence économique qui prend la forme du chantage ou d’un refus de subvenir aux besoins de la famille. Les enfants sont peut-être les premières victimes de cette violence car souvent leur mère ne peut subvenir convenablement à leurs besoins essentiels. Et la pension alimentaire pour ces enfants est dérisoire car monsieur vient en cour avec une longue liste de ses besoins et dépenses personnels !
On ne peut ainsi continuer à débattre du problème de la violence conjugale sans prendre en compte les conséquences de cette violence sur les enfants. C’est un important problème à considérer quand on parle de leur santé physique et psychologique ainsi que de leur bien-être. Il ne faut surtout pas les culpabiliser car ils ne sont pas responsables de la violence dont ils sont témoins. Cela sous-entend la collaboration des professionnels, tant dans le domaine scolaire que médicale, les organisations qui militent sur ce sujet et les autorités qui peuvent et doivent financer des plans d’actions efficaces pour venir en aide à ces enfants.
L’avenir des enfants est celui de notre société.