ALLIA SYED HOSSEN-GOOLJAR , Assistante PRO, Conseil des Religions

Allia Syed Hossen-Gooljar, assistante PRO du Conseil des Religions, remettant au Pape François un dépliant sur l’importance du dialogue interreligieux

Lors de son discours le 4 février 2019 à Abu Dhabi, le Pape a mis beaucoup d’accent sur l’importance du dialogue interreligieux car, dit-il, « si nous croyons en l’existence de la famille humaine, il en découle qu’elle doit être protégée en tant que telle. Comme en toute famille, cela arrive d’abord par un dialogue quotidien et affectif ». L’auditoire était composé de personnes en grande majorité musulmane. Le Pape est venu à l’Île Maurice où vit une grande communauté musulmane. Aussi, il serait intéressant de voir la position de l’Islam à propos du dialogue interreligieux et son attitude envers les chrétiens. Tout d’abord, voyons ensemble les points communs et des différences qui existent entre l’Islam et le Christianisme.

L’Islam, le Christianisme et le Judaïsme – histoire commune

L’islam se réclame du courant monothéiste tracé par les précédents envoyés de Dieu dans la lignée prophétique confirmée dans la Torah et l’Ancien Testament. Dans le Coran tout comme dans la Torah et l’Ancien Testament, il y a de longs passages sur l’histoire d’Adam et Eve, le jugement dernier, la résurrection des morts, l’existence du paradis et de l’enfer. Il y a également des récits de grands événements tels que la création des cieux et de la terre, la création de l’Homme, le Déluge, l’Exode de Moïse.  On retrouve dans le Coran l’histoire des Prophètes tels que Adam, Noé, Abraham, Loth, Ismaël, Isaac, Jacob, Joseph, Job, Moïse, Aaron, David, Salomon, Elie, Jonas, Jean-Baptiste et Jésus.

La place de la famille

de Jésus dans le Coran

Dans le Coran au chapitre 3, la famille de Jésus occupe une grande place. L’histoire de Marie commence par le récit sur sa mère c.à.d. Hanna ou Anne selon la tradition chrétienne. Celle-ci est mentionnée comme imra’atu ‘Imran (l’épouse de Imran). Elle est décrite comme une grande croyante qui n’arrivait pas à avoir d’enfant. Aussi, grande est sa joie quand elle tombe enceinte à un âge avancé. Profondément religieuse, elle décida de donner son enfant au service du Temple sacré.  Mais quand elle met au monde une fille, elle est déçue car une fille ne peut être admise au Temple.  Néanmoins, elle est déterminée à ce que l’enfant soit consacré à Dieu.  Elle supplie Dieu de l’accepter et de la protéger. Dieu exauça sa prière tout en la comblant d’une meilleure faveur en la personne d’une fille dont le fils sera un enfant-miracle nommé Jésus. « Et son Seigneur lui fit un bel accueil, il lui assura une heureuse croissance » (S3 V37).

La Vierge Marie

Maryam ou Marie pour les chrétiens et son fils Isa ou Jésus (p.s.s.l) occupent une grande place au sein de l’islam. Dans le Coran, Marie est la seule femme qui a tout un chapitre (chapitre 19) en son nom intitulé “Maryam” c.à.d. Marie. Elle est aussi la seule à être citée dans le Coran par son prénom. Cela démontre son intimité avec Dieu. En effet, elle était la préférée de Dieu car elle a été choisie parmi toutes les femmes du monde pour enfanter le Messie. Ce sont les anges qui l’informèrent qu’elle était l’élue de Dieu : « O Maryam, Dieu t’a choisie, en vérité: Il t’a purifiée, Il t’a élue sur toutes les femmes de l’Univers… » (S3 V42).

Au chapitre 19, dans le Coran, il y a le récit de la naissance de Marie, sa jeunesse, l’annonce de sa maternité et la scène de l’accouchement où elle met au monde son bébé miraculeux. N’ayant pas de père biologique, Jésus est toujours appelé “Fils de Marie”. Dans ce chapitre du Coran, nous prenons connaissance de l’étonnement de Marie quand l’Ange Gabriel vient lui annoncer qu’elle aura un garçon. Les musulmans croient fermement en l’Immaculée Conception. « Comment y aurait-il un garçon pour moi, quand aucun homme ne m’a touchée, et que je ne suis pas non plus une prostituée ? » (Ch 19 V20). Et l’ange lui répond : « Comment cela ! Ça m’est facile, dit ton Seigneur ! Et Nous ferons de lui un signe pour les gens, et une miséricorde de Notre part. C’est affaire faite ! »  (Ch 19 V21)

Selon le Prophète Mohammad (p.s.s.l), Maryam, la mère de Jésus, est une des quatre femmes du paradis. Les autres sont Khadijah, la première épouse du Prophète (p.s.s.l), Assia, l’épouse de Pharaon, et Fatima, la fille du Prophète (p.s.s.l). Le Prophète a aussi dit : « Il n’y a pas de nouveau-né que Satan ne touche au moment de sa naissance et il se met alors à crier, à l’exception de Maryam et de son fils » Jésus (p.s.s.l).

Le Coran nous dit que Dieu a créé Jésus (p.s.s.l) comme il a créé Adam : il leur a insufflé son souffle divin, leur donnant ainsi la vie. « Dans le berceau, il parlera aux gens, tout comme en son âge mûr; et il sera du nombre des gens de bien » (Ch 3 V46). Jésus descend de Noé et d’Abraham par sa mère, Marie et le père de celle-ci Imraan. Au chapitre 3, aux versets 33 et 34 Dieu dit: « Dieu a choisi Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille d’Imraan au-dessus de tout le monde, en tant que descendant les uns des autres… »

Divergence entre l’islam

et le christianisme

La divergence fondamentale entre l’islam et le christianisme est surtout en ce qui concerne la personnalité de Jésus (p.s.s.l). Pour les musulmans, Jésus (p.s.s.l) est un prophète qui n’est pas mort sur la croix mais qui a été élevé au ciel. « Le Messie, fils de Maryam, n’est qu’un prophète comme tant d’autres qui l’ont précédé. Sa mère était une sainte femme et tous les deux se nourrissaient comme tous les mortels…. » (S5 V75). Il retournera sur terre, en tant que Messie, avant la fin des temps pour sauver le monde.  Cette fois, il mourra d’une mort terrestre.