Le Premier ministre indien Narendra Modi est parti. Les clameurs se sont tues. Une chose est certaine, toutefois, cette personnalité a fait forte impression sur l’ensemble de la population, même parmi ses plus ardents détracteurs (qui ont coutume de se référer aux émeutes qui eurent lieu dans l’état qu’il dirigeait à l’époque, le Gujerat).
Durant sa visite à Maurice il a quand même laissé un goût particulièrement amer chez une partie non-négligeable de la diaspora indienne car il semble s’être comporté, avant tout, comme un Premier ministre hindou, ne mettant l’accent que sur la contribution d’une seule section de la population dans la lutte pour l’émancipation du pays et dans la préservation des valeurs ancestrales en ne citant que les livres sacrés, tels le Ramayana et le Hanuman Chalisa, oubliant, du coup, les autres composantes de notre société. S’il est en droit de visiter des lieux sacrés, comme le Ganga Talao, et de s’y recueillir avec beaucoup de piété, bien que la source de ce lac se trouve, comme il a lui-même fait ressortir, dans sa propre circonscription électorale dans son pays natal, la diaspora indienne, dans son ensemble, aurait très certainement apprécié un geste d’ouverture de sa part envers, plus particulièrement, ceux dont les coreligionnaires ont été victimes des actes répréhensibles condamnés par la communauté internationale, dont les Etats-Unis.
En ce qui concerne le volet strictement économique, on a fait beaucoup mention de la ligne de crédit de US$ 500 millions (15 milliards de roupies) mise à la disposition de notre pays et du lancement du patrouilleur Barracuda construit dans un chantier naval de la Grande Péninsule. Dans les deux cas, cependant, il n’y a pas de quoi pavoiser dans la mesure où, sous la ligne de crédit, tous les produits, y compris les équipements, et les services qui seront financés par le gouvernement indien nous seront fournis exclusivement par les entrepreneurs de ce pays. Et, en fin de compte, le remboursement en capital, tout comme les paiements des intérêts, se feront en devises étrangères, bien souvent après le « lifetime » de ces produits – qui auront à être renouvelés à travers soit une autre ligne de crédit soit un emprunt. Vu que les projets n’ont pas encore été identifiés, il y a de fortes chances que, dans le but de prendre avantage de tout le montant agréé avant la date butoir établie, peu de considération serait accordée au volume et à la qualité des produits qui seront commandés des fournisseurs. Dans le passé, nous avions eu de mauvaises expériences. Une fois des commandes exécutées et livraisons effectuées, les montants vont être portés au débit du gouvernement mauricien et les intérêts frappés dessus ; et le capital deviendrait remboursable dans les délais prévus. Un exemple frappant, c’est le patrouilleur, le Vigilant, et, avant, un autre bateau, envoyé à la casse avant l’heure.
Par contre, si c’est Maurice qui avait accordé une ligne de crédit à l’Inde, nos usines auraient roulé à plein régime pour satisfaire les besoins des importateurs indiens pendant quelques années et nous aurons eu à être remboursés en devises étrangères durant la période requise.
Selon les conditions présentes, tout porte à croire que ce sont les indiens qui vont sortir grands gagnants en produisant tous les ingrédients dont on aura besoin pour mettre en chantier les projets qui seront financés à travers la ligne de crédit de 15 milliards de roupies et, ensuite, être remboursés probablement pendant de longues années en devises qui auraient apprécié en valeur. A défaut, si le gouvernement dirigé par Narendra Modi nous avait ouvert leur marché de 1,2 milliard d’habitants pour certains de nos produits à des prix garantis, s’il le faut, notre pays aurait bénéficié avantageusement des retombées de cette visite et tous nos compatriotes, indistinctement, auraient eu de quoi se réjouir ! Malheureusement, tout le monde ou presque a été ébloui par l’annonce qu’a faite le Premier ministre indien dès son arrivée à Maurice, selon laquelle son gouvernement mettra à notre disposition la bagatelle de 500 millions de dollars américains à travers une ligne de crédit. Il semblerait que très peu de gens, même les plus avertis, savent de quoi il s’agit réellement. Har Har Modi !