C’est avec une grande amertume et un sentiment d’impuissance au coeur que nous avons pris connaissance, dans le Week-End du dimanche 24 août dernier, du démantèlement de cette vénérable institution que fut l’ancien hôpital de Souillac. Cette action éminemment iconoclaste est une preuve vivante, s’il en fallait, de l’absence totale de pensée rationnelle dans certaines sphères décisionnelles.
Si cette disparition sous les coups brutaux des pelleteuses et autres engins destructeurs font mal au coeur des villageois, que doivent ressentir ceux qui ont oeuvré jour et nuit au sein même de ces vieux bâtiments dont les bois étaient marqués par la patine du temps pour être aux côtés d’une humanité souffrante et agonisante!
J’ai intégré le personnel paramédical de l’hôpital de Souillac alors que tout jeunot je venais  d’acquérir mon certificat d’infirmier. Voilà que débutait pour moi une longue carrière faite de satisfaction du devoir accompli auprès de ceux à nos soins confiés. Le parcours n’était pas, loin s’en faut, dépourvu d’embûches de nature diverses d’où nous arrivions à nous extirper sans trop d’anicroches.
Nous avons vu défiler toute une pléthore de jeunes émules d’Esculape venus affûter leurs premières armes dans cet hôpital niché au coeur même de la Savane, cette Savane verte et luxuriante dont son chantre P.J.Toulet a écrit ceci : “Jardin qu’un dieu peut-être a posé sur les eaux, Savane où la mer chante et dorment les oiseaux.’’ Chaque médecin avait son caractère, ses petites manies, ses sautes d’humeur heureusement passagères ; en somme chacun possédait les qualités de ses défauts et les défauts de ses qualités; mais tous étaient imbus d’un sens inné du devoir lié à leur profession. Ils étaient toujours tirés à quatre épingles et d’une grande correction de manières. Ils savaient se pencher avec humilité sur le sort peu enviable de tous ces patients et grabataires afin que ces derniers puissent bénéficier de leur science infuse pour être de nouveau des hommes debout afin d’affronter la vie de face. Ces valeurs intrinsèques, ils savaient les insuffler à leurs collaborateurs afin que ces derniers puissent à leur tour être d’un apport appréciable dans cette bataille incessante contre la maladie et la détresse humaine. Que les médecins en herbe en prennent de la graine!
Une heureuse coïncidence a voulu que tous ces médecins et moi-même jeune infirmier avons eu l’hôpital de Souillac comme tremplin afin de prendre notre envol et d’évoluer dans d’autres sphères de la chose médicale ou paramédicale tant dans la fonction publique que priveé comme cela a été mon cas à une certaine période de mon parcours professionnel.
Oeuvrer au sein de l’hôpital de Souillac comportait pour nous des moments d’intense satisfaction et de bonheur partagés, car il existait parmi le personnel une certaine osmose enrichissante et lénifiante à plus d’un titre qui occultait les moments d’hésitation et de doute vis-à-vis des problèmes inhérents  à la profession.
Si nos journées à l’hôpital étaient imprégnées d’une certaine poésie, car les effluves caustiques émanant des salles se mariaient avec un certain bonheur aux senteurs iodées de la brise océane que nous portaient les grands arbres du jardin Telfair tout proche, nos nuits n’en étaient pas moins bercées par la douce et combien agréable musique provenant des grandes orgues marines des falaises de Gris Gris. Nous étions jeunes, dynamiques et enthousiastes. Nous prenions la vie à bras le corps et écumions les mers du Sud tout en chevauchant allégrement la crête des vagues.  Le bonheur à l’état pur!