L’année 2012 sonne, en quelque sorte, le temps du changement à Lafarge (Mauritius) Cement Ltd. Le 1er janvier d’abord, rapprochement avec Pre-Mixed Concrete Ltd, et depuis septembre, un passage de témoin à la tête de l’entreprise entre Vincent Lenette et Anne-Brigitte Spitzbarth.
Qui dit Lafarge dit ciment, construction — on est tout de suite renvoyé aux images les plus masculines : style brut de décoffrage. On fait résolument dans le musclé. Et, pris dans ces stéréotypes, ces conceptions erronées, on tend à penser qu’il s’agit d’un milieu réservé aux hommes. Construire ne peut plus être assimilé qu’à une succession de manipulations viriles, une démonstration de force physique. Le secteur
implique également la science : précision, patience, soin — des valeurs plutôt féminines, dirait-on. Et surtout de l’esthétique. Le Mauricien, dans son édition du 22 août, revenait sur ce « béton nouveau » qui ferait de l’art un outil industriel. On retrouve ainsi une femme, Anne-Brigitte Spitzbarth, à la tête de Lafarge Mauritius qui regroupe Lafarge (Mauritius) Cement Ltd et Premix. Elle succède à Vincent Lenette.
Normal
Il faudrait être assez honnête pour affirmer qu’à Maurice, retrouver une femme à un tel poste de responsabilité — surtout dans l’industrie de la construction — peut encore surprendre. « Depuis que je suis chez Lafarge, j’ai du mal à percevoir ce secteur comme un monde seulement masculin, confie Anne-Brigitte Spitzbarth, j’y ai toujours travaillé avec des hommes et des femmes et c’est aussi le cas à Maurice ». Exit les catégorisations. « Nous sommes tous des professionnels, avec des qualités, des compétences, un potentiel de
développement. » Le fait d’être directeur et d’être une femme, « il faut le prendre naturellement ».
Par ailleurs, « quand vous regardez la diversité des problématiques auxquelles nous sommes confrontés — communication, stratégies, développement, produits, ressources humaines, gestion de projets, logistiques, finance —, il est difficile de qualifier l’ensemble de masculin ou de féminin… ». Et d’ajouter : « J’ai l’impression qu’on parle de professionnel à professionnel. » Si une femme à la tête d’une société de construction peut encore paraître un fait extraordinaire à Maurice, Anne-Brigitte Spitzbarth contribuera à rendre la chose plus « ordinaire ». « Et si cela aide, c’est formidable », commente-t-elle.
Passion pro
La Française Anne-Brigitte Spitzbarth se destinait à être chercheuse et après des études à l’école de commerce, plus spécialement dans le
domaine de la négociation et de la diplomatie. Après avoir débuté sa carrière aux États-Unis — où elle vivra pendant un an et quelque —, elle rejoint Lafarge en 2005. Pendant les quatre années qui suivront, elle évoluera au niveau du groupe à Paris en tant que responsable des affaires publiques européennes. En somme, ce sera « beaucoup de négociation, de stratégie, de Coalition Building » et de la gestion des relations avec les pouvoirs publics.
En 2009, changement de cap : à Kuala Lumpur, en Malaisie, Anne-Brigitte Spitzbarth sera directrice de l’audit. Elle vérifiera tous les Process, la gestion des risques, les stratégies mises en place — fonction qui aidera à perfectionner sa connaissance des opérations, en complément de sa formation de négociatrice. Et depuis septembre, la voilà directrice générale de Lafarge à Maurice.
Comment voit-elle son arrivée à Maurice ? « Il ne s’agit pas de tout réinventer d’emblée, mais écouter d’abord, et aussi continuer le bon travail entamé par d’autres avant soi ». Par ailleurs, au moment de cette rencontre, cela ne faisait que trois semaines qu’elle était arrivée au pays, juste le temps de s’émerveiller du paysage local et de « la belle lumière qu’il y a ici ». Mais « il est trop tôt pour avoir des idées arrêtées sur la culture, le business ».
Néanmoins, Anne-Brigitte Spitzbarth maîtrise le sujet Lafarge et paraît connaître les matériaux au granulat près. À Lafarge, vers quoi va-t-on ?
« L’innovation ! D’abord, en termes de Process avec notre palettiseur : il permet une livraison plus rapide, plus efficace tout en préservant
la qualité du produit. Ensuite, en termes de produits à la fois dans le béton avec hydromedia (un béton drainant), artevia (décoratif), agilia (auto-plaçant), chronolia et dans le ciment. Nous préparons ainsi le lancement d’un ciment à usage non-structurel. Il s’agit d’un ciment mélangé dans lequel un substitut à provenance locale est ajouté. Ce qui représente une évolution plutôt verte : une réduction globale des émissions de CO2 à la production. » Ce nouveau ciment devrait être moins cher, plus adapté au climat local et destiné non pas aux applications structurelles mais à des travaux de finition. La commercialisation attend quoi ? « On est prêts, on a bien travaillé. On n’attend que le permis des autorités ». Côté commercial, Lafarge, avec l’intégration de Premix, chemine vers un modèle combiné béton-ciment pour une offre intégrée.
L’effort de précision traduit sans mal le caractère passionné de la directrice. Toutefois, pour le profane, le ciment — quoi de vraiment passionnant ? On peut difficilement se l’imaginer, mais travailler dans le secteur des matériaux de construction revêt un cachet particulier. « C’est vrai. Ça peut paraître assez cliché. Sauf que voilà, tout est concret dans ce milieu. On participe à la construction du monde. On y contribue tantôt avec des produits simples, tantôt avec des produits très techniques — une fierté pour les hommes comme les femmes ».