Échanges courtois et détendus entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger sur le dossier Boskalis qui était l’objet de la Private Notice Question de mardi dernier. Et, en dépit de ce que certains esprits bloqués ont affirmé quant à la justesse d’interpeller le gouvernement sur cette affaire, on en a finalement appris bien des choses sur ce dossier, comme la séquence des événements, la collaboration, en fin de compte, des directeurs de la compagnie néerlandaise qui a permis à l’enquête de rebondir et la confirmation par le Premier ministre d’une affirmation du leader de l’opposition concernant les représentations des autorités indiennes quant aux « magouilles » qui auraient entaché l’attribution de ce contrat de dragage dans le port. Il y avait, certes, les bonnes questions et les réponses, elles, ont eu le mérite d’être franches.
C’est en procédant à une chronologie scrupuleuse de l’évolution du dossier que le Premier ministre a tenté de faire l’apologie de l’ICAC qui s’était saisie de l’affaire Boskalis depuis 2008, qui avait entamé des démarches en vue d’obtenir le concours de la firme accusée d’avoir arrosé des dirigeants du secteur portuaire pour décrocher le contrat de dragage sans grands résultats.
L’organisme du Quai D n’a pas baissé les bras pour autant, selon Navin Ramgoolam qui a avancé que ce sont des éléments nouveaux comme le « aiding and abaiting » que le dossier a, sur recommandation du DPP, été refilé à la police pour enquête dont les premiers résultats ont été l’interpellation de six personnes Siddick Chady, Ramprakash Maunthrooa, Chietanrao Luximon, Gilbert Philippe, Yudeswar Teelock  et Bilkiss Banu Rawat.
Le leader de l’opposition ne l’a pas entendu de cette oreille. Il a carrément blâmé l’ICAC qui, a-t-il dit, s’est décrédibilisée. Il a même suggéré que les trois commissaires qui dirigent cet organisme soient destitués mais le Speaker a décrété que cet organisme est intouchable sauf si l’auteur des critiques veut contester le agissements de l’ICAC par voie de motion formelle. 
Paul Bérenger a néanmoins soutenu sa demande pour trois raisons, une enquête qui n’a pas évolué pendant quatre ans, le fait que le dossier ait été finalement confié à la police et la stratégie non-payante qui a consisté à amener Boskalis à s’incriminer au lieu de rechercher sa collaboration pour confondre les présumés bénéficiaires de pots de vin.
Les autorités indiennes avaient flairé la « magouille »
Cet échange a aussi permis de mettre en lumière un autre aspect du dossier, celui du mécontentement des autorités indiennes comme en témoigne ce qui suit : Paul Bérenger: « Is it not a fact that the Indian High Commission got involved, because they felt that another Indian firm in association with the Mauritian firm was not getting a fair deal, that there was funny business going on?  Is it not a fact that the Indian High Commission approached the Prime Minister’s Office and, if this is so, what happened thereafter? »
Loin d’esquiver, Navin Ramgoolam répond ceci: « In fact, it is so. The Indian authorities felt that there has been some ‘magouille’ — if I may use the word — and that they were very dissatisfied with how things were done.  Following these representations made by the Indian authorities, I think it was in May 2006, I requested my Senior Advisers to have a meeting with the Mauritius Ports Authority to ascertain from them that all the procedures for the allocation of the contract were being scrupulously adhered to and that it would stand the test of scrutiny in terms of fairness, transparency and accountability. »
Le Premier ministre a aussi voulu prendre les devants en réfutant les commentaires faits ici et là quant à la perception qui se répand que ce sont seulement les adversaires du régime qui sont visés par les enquêtes et les arrestations.
Il a, en effet, déclaré dans sa réponse liminaire que « we should always resist succumbing to the temptation to resort to the tactic of political expediency which presents suspects and culprits as victims. Such political expediency by political adversaries leads them to ascribe a political agenda to the Government in respect of every single case of alleged corruption involving any of the adversaries ».
Poursuivant sur ce registre, le chef du gouvernement a revendiqué son « track record », lequel, a-t-il soutenu indique clairement « my unflinching determination not to prevent action being initiated against anyone including my own Ministers, PPS’s and Advisers involved in corruption for which there was a prima facie case ».
Cela n’a pas empêché le leader de l’opposition de revenir sur cette perception qui veut que c’est lorsque Siddick Chady a quitté le PTr que ses ennuis avec les autorités ont recommencé. Le Premier ministre a rejeté les allégations disant que l’enquête a suivi son cours sans intervention aucune.
Les échanges ont aussi porté sur le  fait que c’est, contrairement à la pratique administrative, le Dr Chady qui avait personnellement signé la lettre d’intention octroyant le terrain dans le port aux promoteurs de Neotown mais, repoussant l’association faite par le leader de l’opposition, Navin Ramgoolam a estimé que ce sont deux dossiers distincts.
Les « provisional charges » sont faites pour être… provisoires
Plusieurs questions des élus du MMM dont Rajesh Bhagwan qui a parlé de « ramification » mais aussi du leader du MSM qui a souligné que les charges provisoires logées contre Ramprakash Mauthrooa ont du être rayées et requalifiées. Le Premier ministre, qui a été jusque-là extrêmement correct dans ses réponses, a tourné l’auteur de la question en ridicule en lançant que les  « provisional charges sont faites pour être…provisoires! ».
Après la PNQ, place au Prime Minister’s Question Time dominé par la question de Nita Deerpalsing sur l’inclusion d’une clause spécifique dans la constitution sur la caractère « secular » de l’État mauricien. Citant certains jugements, Navin Ramgoolam a estimé que la notion d’état laic est déjà implicitement contenue dans notre loi suprême.
La député de Belle-Rose/Quatre-Bornes a toutefois insisté pour que cette notion soit explicite mais elle s’est heurtée à un refus du Premier ministre d’accéder à sa demande. Elle n’a pas eu plus de chance avec sa suggestion qu’il y ait un comité des sages pour se pencher sur toute la question, Navin Ramgoolam disant devoir se munir « d’une torche » pour tourver ses sages. L’opposition a alors crié « SAJ » tandis que certaines voix qui ciblaient manifestement Anil Baichoo ont lancé « envoye pandit présid sa comité ». Une manière d’ironiser sur la religiosité du ministre et sa proximité avec le socioculturel.
Quelques temps forts ont émaillé la tranche des questions concernant les autres ministres tel le scandale du bois de rose. Xavier Duval a essayé sans grand succès à justifier son recours à la Banque Mondiale suite à une question qui lui a été adressée par Pravind Jugnauth. Il a été incapable de fournir le libellé des attributions de la BM comme demandé par le député puisqu’elle ne sont pas prêtes.
Mais c’est le leader de l’opposition, avec toujours une longueur d’avance en matière d’informations, qui l’a embarrassé en se référant à un document du responsable de la BM pour Maurice qui dit clairement que le travail de l’institution de Bretton Woods se limitera à contenir le trafic et non à identifier ceux qui sont responsables  de la récente affaire entre Maurice et Madagascar. La confusion sur ce dossier a pris d’autant plus de relief que le ministre des Finances a concédé que les autorités malgaches n’avaient pas été approchées sur ce recours à la BM.
Il… téléphone, nous… payons
Le MES a bel et bien honoré deux factures de téléphone privées du directeur du Mauritius Examination Syndicate Lucien Finette, de Rs 18,362 pour mars 2011 et de Rs 13,218 pour avril de la même année. Et ce en dépit des objections de certains cadres de cet organisme.
Le ministre des Finances, plutôt embarrassé par cette affaire, s’est permis quelques piques personnelles à l’auteur de la question, le Dr Sorefan, ce qui a enflammé l’hémicycle et contraint Vasant Bunwaree à retirer ses propos. Il a soutenu que les factures couvrent la participation du directeur du MES à des conférences internationales qui lui avaient imposé l’utilisation de son Blackberry. Quoi qu’il en soit, l’opposition n’a pas eu l’air d’être convaincue par les explications ministérielles.
A part la lecture de longs discours en guise de débats sur le Discours-Programme qui, cette semaine, a vu la participation du député Abdullah Hossen et des ministres Michael Sik Yuen et Rajesh Jeetah qui a été copieusement brocardé par le Speaker pour ses attaques personnelles contre le leader de l’opposition, l’unanimité s’est, par contre, faite sur la révision des provisions du Legal Aid dont le texte d’amendement a été présenté par l’Attorney Général Yatin Varma.