En amont de la publication du livre Lalang pena lezo, Jacques Maunick porte un regard aiguisé sur le langage pratiqué sur les ondes et invite à redécouvrir les richesses du langaz kreol, victime d’un certain mépris à la radio. Des vérités qui dérangeront les bien-pensants.
Lalang pena lezo (1,000 expressions et idiomes en kreol), ouvrage en anglais, français et kreol, est prévu sur les rayons des librairies vers la mi-novembre. L’auteur propose à ce sujet l’orthographe académique et une graphie jugée plus accessible. Ce livre est destiné à un large lectorat et le prix sera fixé en conséquence, “pou ki tou dimounn kapav lir”.
Avec un franc-parler certain, Jacques Maunick lance : “Je fais un livre pour le peuple et non pour les intellectuels et les universitaires.” Il estime que le “vrai kreol est en train de disparaître”. Et que beaucoup de Mauriciens ne comprennent plus des expressions comme lame anba ros ou manze vid dan dalo.
L’auteur porte un regard avisé sur les bulletins d’information dits en kreol. Selon lui, ce sont des bulletins en français vaguement créolisés. Ce ne serait pas approprié d’appeler cela du kreol, constate cet ancien homme des médias.
Il est essentiel d’intéresser à la langue et à ses richesses… Il cite des expressions comme diab marye anba pie pima et autres du même tonneau. Et d’embrayer sur les chiffres significatifs : “Ki diferans ena ant 17, 34 ek 35 ?” interroge-t-il. Sans trop faire languir, Jacques Maunick explique que “17”, c’est la petite amie, “34” correspond à une femme volage, et “35”, c’est la fiancée permanente.
Il aborde également les expressions imagées, à l’instar des pete dind ou taches de rousseur éparpillées sur un visage. Les expressions pleuvent, comme des devinettes faites par une figure paternelle aux jeunes générations : larme koulou, zeneral marto ? pour désigner une famille nombreuse. Et d’enchaîner sur une observation sans langue de bois : “Mwa mo’nn viv 25 an en France, ena zenes zordi ki pe deklar pli Franse ki mwa !” Une pensée spéciale aux animateurs et animatrices qui affectent un accent à couper au couteau.
Et de conclure en faisant remarquer la chose suivante : “À Maurice, on ne s’exprime pas en français; on parle un français mauricien. C’est normal puisque nous n’avons pas vécu en France. C’est souvent : “français je conne; anglais je débrouille”. Le pire, ce sont les préjugés contre la langue. Parler kreol est perçu comme étant vulgaire. Et parler français dénoterait un certain niveau social. Alor ki enn pake ki koz franse ki mwin kiltivé ki lepep !” Vous avez dit complexe d’infériorité ?