A la mi-journée d’hier, Pravind Jugnauth qui n’avait pas encore été convié en tant que leader de l’opposition à la cérémonie officielle, qui marquera l’arrivée des migrants indiens à Maurice, aujourd’hui à l’Aapravasi Ghat, déplorait ce manque d’égard du gouvernement envers sa fonction constitutionnelle. Le leader de l’opposition et du MSM, qui animait, aux côtés de Xavier-Luc Duval, leader du PMSD et d’Anil Gayan, leader-adjoint du Muvman Liberater, la conférence de presse de l’Alliance Lepep, à Port-Louis, hier, devait déclarer que malgré cette absence de courtoisie, et si celle-ci n’est pas rectifiée, il serait présent à la cérémonie à laquelle assistera Sushma Swaraj, ministre indienne des Affaires étrangères. Pravind Jugnauth, qui a été finalement invité, a associé cette absence de politesse à la lettre qu’il a envoyée au Premier ministre indien, Narendra Modi, le 28 octobre dernier.
Dans la lettre, il dénonçait l’allocation du contrat au coût de Rs 24 milliards, du projet de métro léger à AFCONS par le caretaker government de Maurice. « Alors que j’ai écrit cette lettre, le mardi 28 octobre, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam, affirmaient le dimanche d’avant, qu’ils étaient au courant de son contenu! Je n’avais même pas encore écrit cette lettre! Ils ont débité des mensonges pour dire que le leader de l’opposition avait écrit au Premier ministre de l’Inde pour protester contre la visite de la ministre des Affaires étrangères à Maurice. Le seul point de ma lettre était le métro léger (…) où j’ai relevé qu’après avoir dissous le parlement, un caretaker government ne peut allouer un contrat de plusieurs milliards. Je n’avais pas l’intention de rendre cette lettre publique, mais je le fais à cause de ces mensonges et insinuations », a expliqué Pravind Jugnauth. Et de se dire convaincu que Narendra Modi, qui est connu pour son combat contre la corruption, ne sera pas indifférent à son appel: « Il ne fait aucun doute que Narendra Modi saura apprécier la pertinence de ma lettre. » L’Inde, a-t-il dit « qui est bien renseignée », se rendra compte qu’il est une « victime d’une campagne mensongère » de la part l’Alliance de l’Unité et de la Modernité. Et à l’issue de la conférence de presse, les journalistes présents ont reçu une copie de la lettre, de six paragraphes. S’agissant toujours du projet de métro léger, Pravind Jugnauth a réitéré son scepticisme sur son coût qui a doublé.
Rapport de l’audit: « damning »
Selon Pravind Jugnauth, le rapport de l’audit, dont la publication avait été réclamée par l’Alliance Lepep, est « damning ». « Nous avons eu des informations à l’effet que le rapport est damning à l’égard du gouvernement, pour les scandales que nous avons dénoncés. Quand le bureau de l’audit a fait ses inspections, il a découvert des anomalies, lesquelles ont été exposées dans son rapport. Des vérités ont été dites sur le gaspillage et des sommes d’argent qui ont été dépensées sans justification. C’est pour cette raison que ce rapport a été caché?! Paul Bérenger qui cogère le pays avec Navin Ramgoolam, a rangé ses principes aux oubliettes pour cautionner la démarche de Navin Ramgoolam », a avancé Pravind Jugnauth.
D’autre part, commentant les « promesses » de l’alliance mauve/rouge sur la croissance économique à 10% et la création de 75 000 emplois en cinq ans, Pravind Jugnauth a avancé que ces projets ne datent pas d’hier. « Zot inn repran mem dis! », a fait remarqué Pravind Jugnauth. « Ce sont les plus riches qui ont bénéficié du bumper crop que défendait Rama Sithanen et les petits copains, eux, ont profité du stimulus package! Quand il revient avec l’intention de remettre le stimulus package sur le tapis, la population sait d’avance de quoi il en revient! Quant à la création d’emploi Rama Sithanen inn deza fail! Quand en 2007, il avait, avec Ramgoolam, annoncé le projet d’alors de Tian Li, ce sont des milliards qui ont été dépensées. Il avait promis des investissements d’environ Rs 20 milliards, des exportations annuelles de Rs 6 milliards et la création de 30 000 emplois. Sept ans après, il n’y a rien eu de cela! », a déclaré le leader du MSM.
De son côté, le leader-adjoint du ML, Anil Gayan, a condamné la prise de position de l’Independant Broadcasting Authority en faveur de l’alliance PTr/MMM et à l’encontre d’une radio privée avant de dénoncer la « politisation des institutions » par le bloc adverse. Anil Gayan a aussi demandé à l’Electoral Supervisory Commission (ESC) d’assumer les responsabilités qui lui sont attribuées et définies dans la section 41 de la Constitution relative à la gestion et tenue des élections. Car alors que le pays, dit-il, est entré en période électorale et que le Parlement a été dissoute, les routes sont réasphaltées, les recrutements dans les bureaux para-étatiques sont en cours… Si l’ESC, poursuit-il, n’agit pas promptement, il y aura des risques de bribe électoral. D’où l’appel lancé par le leader-adjoint du ML aux agents de l’Alliance Lepep pour filmer et enregistrer toutes actions qui peuvent être interprétées comme bribes pendant la campagne électorale.
Xavier-Luc Duval, qui est intervenu également, a fustigé l’Etat mauricien pour son inaction envers les pays touchés par le virus Ebola. Maurice, pays membre de la SADC et cité comme exemple auprès des pays du continent africain, dit-il, aurait pu proposer son aide. Par ailleurs, le leader du PMSD qui estime que la proposition de baisser le tarif des SMS par 10 sous, par l’alliance mauve/rouge est dépassée! Pour cause, « le SMS, affirme-t-il, c’est du passé! Aujourd’hui les jeunes utilisent WhatsApp (ndlr:application de messagerie gratuite). » Il a également énuméré les mesures annoncées dans le dernier Budget qui n’ont pas été concrétisées à aujourd’hui. Notamment un projet pilote dans six écoles de la Zone d’Éducation Prioritaire, le Back to work Programme à l’intention des femmes, l’Income Support pour 8 000 familles, la relance du football, le 9-Year Schooling. Pour Xavier-Luc Duval: « Il est clair que les élections seront programmées pour décembre. Pa pou kapav fer otreman parski pou bizin vot lalwa lor konpansasion salarial, ki pou bizin aplike le premye zanvie. Si, toutefois, la compensation salariale n’est pas appliquée à partir du 1er janvier, la population et les travailleurs devront condamner l’irresponsabilité du gouvernement sévèrement. »