Le cardinal Piat, présent hier après-midi au Centre Nelson Mandela pour le lancement de l’ouvrage du Dr Jimmy Harmon intitulé « Critical Ethnography – Heritage Language and Identity construction : A study of Kreol Morisien »,  a évoqué le soutien de l’Église catholique à la promotion et au développement de la langue créole. Il s’est appuyé sur  des initiatives prises à cet effet Toutefois, il estime crucial  l’«articulation» du Kreol Morisien avec les langues française et anglaise. Le lancement du livre du Dr Harmon coïncide avec la célébration de la Journée de la langue créole  
Cette « articulation » du kreol morisien avec ces deux langues internationales sur laquelle le cardinal Piat a beaucoup insisté, est primordiale pour le développement de l’individu et aussi pour l’ouverture au monde. « Il est bon d’exprimer notre fierté au sujet de notre langue maternelle mais il est aussi important que nous soyons en relation avec le monde ». Tout en soutenant la langue kreol, a-t-il poursuivi, il faudrait veiller à ne pas négliger le français et l’anglais en faisant remarquer que tout Mauricien est conscient de l’importance de ces deux langues internationales.  
« Un des défis qui restent à relever par rapport à l’introduction du kreol à l’école est de voir de quelle manière nous devons articuler l’apprentissage de la langue kreol avec les compétences en anglais et en français », a fait ressortir le cardinal Piat avant de lancer: « Se enn defi pedagogik bien inportan. »
Au début de son intervention, l’évêque de Port-Louis a reconnu sur un ton d’humilité, qu’il a mis du temps avant de reconnaître l’importance et la valeur de la langue kreol dans le pays. Il a eu une pensée spéciale pour feu Père Roger Cerveaux qui lui a fait prendre conscience de l’importance de la place de cette langue dans la vie des Mauriciens.  Mais l’Église, a-t-il affirmé, depuis plusieurs années a pris des initiatives pour promouvoir cette langue maternelle en ne manquant de souligner que celle-ci est parlée par la majorité des Mauriciens. « Le kreol morisien n’appartient pas uniquement à la communauté créole, c’est la langue parlée de la grande majorité des Mauriciens. »
Prithvirajsing Roopun, le ministre des Arts et de la Culture, a soutenu que la langue kreol « met tout le monde à l’aise » et joue un rôle capital dans la transmission des informations et du savoir, ne manquant de relater sa propre expérience auprès des étudiants en tant que conférencier dans le domaine légal au niveau universitaire.  Il partage la réflexion du cardinal Piat au sujet de la nécessaire « articulation » du Kreol Morisien avec les autres langues étrangères. « Mo dakor avek cardinal Piat. Nou bizin panse ki manier lalang kreol pou trouv so plas dan lespas global » a-t-il dit. Il a annoncé la tenue le mois prochain d’une conférence conjointement avec l’UNESCO dans le cadre du troisième anniversaire de l’inscription du sega typique mauricien au Patrimoine mondial. « La langue kreol, le sega typique et la Route des Esclaves se trouvent dans un même tableau », estime-t-il.
Jimmy Harmon, directeur adjoint au SeDEC et ancien directeur du Centre Nelson Mandela Pour la Culture Africaine, apporte sa contribution à une riche collection d’ouvrages mauriciens autour de la thématique du kreol. Il a souligné que le Centre Mandela a déjà publié dans le passé d’autres travaux de recherche en citant « Select Document on Slavery » du Dr Vijaya Teelock, « La petite Mascareigne sur Rodrigues » par Liliane Berthelot, « Marronnage à l’isle de France et l’Ile Maurice »  par Mgr Nagapen et « The Last Freedom Fighters, the study of maroonage in the early 18th century » écrit par Stephan Karghoo et Satyendra Peerthum.
En fait, le sujet de l’ouvrage lancé  est un condensé des travaux de recherches de Jimmy Harmon pour sa thèse de doctorat, diplôme qu’il a décroché en 2015 à l’University of the Western Cape. Le sujet de son doctorat émane de son engagement professionnel dans le projet pédagogique PrevokBEK de l’Éducation catholique et dont il était responsable. L’auteur a expliqué hier qu’il s’était rendu vite compte que le sujet dans lequel il était impliqué dans le projet PrevokBEK allait bien au-delà de l’éducation. Son  parcours avec le PrevokBEK jusqu’à l’introduction du kreol morisien en 2012 au primaire lui a fait réaliser, dit-il, « que la question de la langue kreol est étroitement liée à la dimension identitaire ». Ses recherches ont porté plus précisément sur la relation entre l’enfant créole et l’introduction du kreol à l’école durant la période 2012-2014.
Selon les observations du Dr Harmon, « très peu de chercheurs acceptent de publier leurs travaux de recherches ». Et de poursuivre : « J’ai choisi pour ma part de rendre accessibles mes travaux de recherche à tous les Mauriciens car il s’agit à mon avis d’un sujet d’intérêt national et qui revêt aussi une importance particulière dans le processus d’empowerment culturel des Créoles. Je pense que ce travail pourrait aussi être utile aux pédagogues. » Ainsi l’auteur donnera une copie de l’original de ses travaux de recherches au Centre Mandela et au Service Diocésain de l’Éducation catholique..