Le ministère de l’Environnement qui a pris les rênes, depuis les élections de 2014, du Solid Waste Water Ma-nagement Division, autrefois sous l’égide du ministère des Administrations régionales, a initié une enquête sur la gestion de Mare-Chicose. Cela depuis qu’il a eu vent que le Joint venture Sotravic/ Eneotech pourrait avoir de sérieuses difficultés puisque Eneotech était en liquidation depuis mars 2013, soit neuf mois avant que le contrat ne soit attribué à ce joint-venture. Après un échange de correspondance avec la compagnie mauricienne et le Receiver Manager du partenaire allemand, Mme Jasmin Flaxmeier, il apparaît de troublantes zones d’ombre concernant ce partenariat et des interrogations sont soulevées autour de l’allocation de ce contrat. Selon nos informations, le ministère de l’Environnement estime qu’il aurait de solides arguments pour approfondir l’enquête sur ce contrat en cours. Des soupçons de maldonne sont aussi évoqués et contact a déjà été pris avec les personnes qui ont pris en charge la compagnie Eneotech depuis 2013.
Cette affaire suscite un vif intérêt au ministère de l’Environnement. Au fil de l’enquête initiée depuis quelque temps, de plus en plus de zones d’ombre sont relevées. D’où les nombreuses interrogations qui persistent, d’aucuns se demandant « si au moment de l’octroi du contrat au JV Sotravic/Eneotech, le Central Procurement Board (CPB) était au courant qu’Eneotech était alors sous receivership. L’organisme en avait-il été informé par la compagnie Sotravic? »
Du côté des autorités, on se demande s’il y avait un représentant d’Eneotech au moment de la signature du contrat en décembre 2013. Selon les informations obtenues dans le cadre de cette enquête, il est aussi question de considérer si cette situation ne met pas en cause le contrat de gestion de Mare-Chicose, en tenant compte particulièrement la section 53(1) (a) de la Public Procurement Act (2006) qui interdit clairement aux soumissionnaires de fournir de fausses informations, d’autant qu’au moment de la soumission des cotations et de la signature du contrat, la compagnie Eneotech était en receivership.
D’autres doutes surgissent du fait que le liquidateur de la compagnie soutient qu’elle n’était au courant d’aucune transaction de cette nature. Ainsi, face au fait qu’elle était légalement la seule signataire possible, cela ne rend-il pas caduc le contrat ? Le joint-venture était-il toujours viable au vue des difficultés économiques du partenaire allemand ? Y a-t-il un cas de forgery dans cette transaction du fait que les signatures de Heiko Rehse ne correspondent pas entre 2011 et 2013 ? se demandent les autorités.
Seule la Receiver Manager autorisée légalement à lier Eneotech à un accord contractuel
Cette affaire commence en octobre 2011 avec la date limite pour la soumission des offres pour le projet connu comme «Design and construction of New cell 7 and Operation and Management of the Mare Chicose Landfill-SWM/MC/EXT/V2 » pour le compte du ministère des Administrations régionales. A l’issue de l’exercice d’évaluation, deux soumissionnaires sont sélectionnés en décembre 2011, à savoir les joint ventures JVAtics/EnviroServ et Eneotech/Sotravic qui, en septembre 2013, soumettent respectivement des cotations de Rs 1,6 et Rs 1,5 milliard respectivement. Trois mois plus tard, le contrat est attribué au JV Eneotech/Sotravic étant donné qu’il était le soumissionnaire le plus bas pour un contrat de 37 millions d’euros.
La Solid Waste Water Ma-nagement Division depuis les élections de 2014 reçoit des informations troublantes concernant la viabilité du JV Eneotech/Sotravic. Une lettre est alors envoyée à cet effet à la compagnie mauricienne qui confirme les difficultés de son partenaire et affirme qu’il ne s’agit que d’une opération classique de restructuration et de centralisation des activités en Europe. Sotravic informe alors le ministère qu’il a employé le représentant d’Eneotech, un certain F. Lautner pour d’assurer la continuité des opérations.
Le ministère de l’Environnement, après investigation, conclut qu’Eneotech était en receivership depuis mars 2013, que la compagnie fut dissoute et que certains de ses ingénieurs ont ouvert une nouvelle compagnie qui n’avait rien à avoir avec la gestion de Solid Waste Management. Informations confirmées par la Receiver Manager de cette compagnie qui explique qu’elle est, depuis mars 2013, la seule autorisée légalement à lier Eneotech à un quelconque accord contractuel. Elle aurait également affirmé ne pas être au courant d’aucun accord entre Eneotech et une compagnie mauricienne. Elle soutient, par ailleurs, ne pas être au courant du contrat de 37 millions d’euros et qu’à ce jour Eneotech n’a pas touché un sou de cette transaction. Quant au dénommé F. Lautner, cité par Sotravic, la Receiver Manager affirme n’avoir jamais eu d’employé à ce nom.
Selon nos informations, les documents en possession du ministère de l’Environnement démontrent qu’il existe bel et bien une procuration en bonne et du forme, datée du 7 septembre 2011 en faveur de MM. Frank Veenhues et Heiko Rehse d’agir comme signataires autorisés par Eneotech. En octobre 2013, seul l’un de ces signataires, H. Rehse, a signé le JV avec la partie mauricienne, alors que la compagnie allemande était en receivership. Ce qui choque, c’est que la signature de Heiko Rehse diffère nettement entre 2011 et 2013. D’aucuns s’interrogeant dès lors sur la certification de ce document qui ne porte pas l’authentification par un notaire. Et surtout que, selon Mme Jasmin Flaxmeier, en tant que Receiver Manager, ellme est la seule autorisée légalement à lier Eneotech à un quelconque accord contractuel.
« Il n’a jamais été question d’insolvency», affirme Sotravic
Sollicité hier, le ministère de l’Environnement n’était pas en mesure de nous fournir de plus amples informations. Cependant, du côté de Sotravic, également contacté hier par Week-End, on fait ressortir que Eneotech n’a jamais été en liquidation. On explique qu’en réalité, la compagnie Eneotech, partenaire de Sotravic, comme toute grande multinationale digne de ce nom, a connu des évolutions de stratégies en termes de business, de services et de produits. Sotravic confirme qu’il y a effectivement eu un échange de correspondance avec le gouvernement à ce propos, et consent à nous en divulguer la teneur, estimant d’abord l’aval du gouvernement nécessaire avant de rendre publiques ces informations. On nous explique, par ailleurs, que Sotravic étant le senior partner dans ce joint-venture, elle dispose d’une certaine marge de manoeuvre encadrée par les dispositions légales. La société, qui est disposée à révéler tous les dessous de cette affaire, au terme d’une rencontre avec notre journaliste, insiste toutefois que contrairement à nos informations concernant Eneotech, il n’a jamais été question d’insolvency. Affaire à suivre…