C’est un album de séga typique. Mais pas comme on l’entend habituellement. Langaz Lespri Ravann offre une vision évoluée de la musique traditionnelle de Maurice à travers douze titres. Elle quitte les cases de camps sucriers pour s’incruster dans un décor urbain, dans les cités comme au milieu des buildings, où la ravanne résonne d’un battement qui transcende les classes et les races.
Lancé dans quelques jours, l’album des cinq membres de Lespri Ravann est l’un de nos “Coups de Coeur” de ce début d’année.
Langaz Lespri Ravann revendique fièrement son droit à l’ouverture. Entre des mains expertes, la ravanne s’autorise tous les excès. Elle en a le droit : elle est chez elle. Plaçant l’instrument au centre de son oeuvre, Lespri Ravann construit un univers en variant les techniques de jeu pour engendrer différentes ambiances et laisser entendre des mélodies variées. Le groupe n’est pas forcément puriste. Il fait évoluer son séga en s’appuyant sur ces mêmes bases qui rappellent la chaleur des feux de camp. La musique est joyeuse, pas nécessairement festive. Elle reste tout en rythmes, par des coups martelés avec science.
Rien n’est laissé au hasard, bien que l’impression d’improvisation soit omniprésente, comme le veut l’une des règles fondamentales du genre. D’autres règles sont brisées. Pourquoi pas, après tout ? Puisque cette ouverture donne à apprécier les guitares d’Eric Triton et d’Emmanuel Desroches, la basse de Didier Baniaux, les bruitages de Norbert Planel, le djembé de Kersley Sham, les voix de Ras Minik et de Zanzak Arjoon. Doum doum, cajun, triangle, maravanne, kayamb sont aussi de la partie, selon les titres et les histoires.