Il y a 17 ans de cela, en 2000, l’Université de Maurice, par le biais notamment du Dr Arnaud Carpooran, aujourd’hui Dean de la Faculté des Sciences sociales, commençait à marquer la Journée mondiale de la langue créole. Depuis, avec la participation d’autres partenaires, du progrès a été accompli. Lors d’une journée de célébration à Réduit, ce matin, le Dr Carpooran a rappelé que cette année a vu la présence du kreol aux examens de PSAC, « idée qui paraissait farfelue dix-sept ans de cela ». D’autre part, cette langue fait son entrée au collège alors qu’au niveau tertiaire, pas plus tard que la semaine dernière, une première promotion d’étudiants en BA French/Kreol Studies ont reçu leur diplôme à l’UoM.
Toute cette évolution, observe Arnaud Carpooran, intervient dans le cadre des 25 ans de la faculté des Sciences sociales et des 50 ans de l’Indépendance de Maurice. Une journée de célébration a eu lieu à l’Université de Maurice ce matin dans le sillage de la célébration annuelle mondiale. Au programme, figurait une traduction littéraire en kreol entre Michel Ducasse et Bruno Jean-François. Etait également au menu, une traduction d’une séance parlementaire en kreol. Selon Arnaud Carpooran, « c’est la première fois, cette année, que les Mauriciens peuvent visionner les débats parlementaires en live à la télé. La question sur le kreol comme médium devient plus pertinente. Autrefois, on pouvait se dire que les débats se font en anglais et sont ensuite traduits par les journalistes. Mais, avec la retransmission en direct à la télé… ».
Pour le militant de la reconnaissance du kreol, dans six ans, « le kreol morisyin aura occupé tout l’espace du système éducatif : primaire, secondaire et tertiaire ».
Arnaud Carpooran devait remonter le temps, rappelant qu’il a commencé sa carrière à l’Université de Maurice en 1993, au département des Humanities. « Le terme même de kreol était tabou ici. Kan nou ti pronons li, ti bizin get a gos a drwat pangar nou pe komet enn deli. L’idée qu’on allait introduire le kreol à l’université paraissait farfelue. Je faisais partie des personnes qui paraissaient bizarres. Lorsque je préparais mon DEA à Aix-en-Provence, mes collègues à Maurice et à Aix me conseillaient de me concentrer sur ma carrière et de ne pas m’aventurer avec le kreol. A Aix-en-Provence, j’ai été témoin de plusieurs colloques et débats sur des études en kreol. De retour à Maurice, j’étais assez jeune et insolent. Je ne comprenais pas comment j’avais pu découvrir autant de thèses sur le kreol à Aix et pas à Maurice où on parlait kreol… ». Ce n’est qu’en 2000 que son doctorat aidant, à l’Université, on l’aidera à concrétiser son idée et l’université commence alors à marquer la Journée internationale du kreol.
De son côté, Yannick Bosquet-Ballah, chargée de cours, a fait une introduction de projets de recherches par trois étudiants en troisième année de BA French et Creole Studies. « Depuis l’an dernier, nous avons des étudiants qui rédigent leur mémoire en kreol. L’idée aujourd’hui est de mettre en avant leurs travaux de recherches en kreol et sur le kreol. Par exemple, Stacy Jaune intervient sur la diglossie, un concept qui rend compte de la séparation des langues. Elle se pose la question s’il y a toujours séparation des langues en milieu scolaire après la standardisation ».
Stacy Jaune, qui vient de démarrer ses recherches, explique en effet : « J’essaie de savoir si les langues à Maurice ont des valeurs égales, s’il y a une amélioration depuis l’introduction du kreol en milieu scolaire. Nous avons déjà réalisé un grand progrès mais mon but est de savoir si en réalité il y a vraiment progrès. »