Depuis l’entrée du Kreol Morisien (KM) à l’école en 2012, environ 3000 enfants optent chaque année pour cette matière. La tendance est restée la même, pendant six ans au primaire. Son introduction au collège cette année, s’avère plus difficile. Des 2 800 ayant passé l’examen du Primary School Achievement Certificate (PSAC) l’année dernière, seuls 1 000 ont opté pour cette matière en Grade 7. Le Dr Arnaud Carpooran, Doyen de la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université de Maurice et président de la Creole Speaking Union, est d’avis que ce nombre réduit découle d’une offre en baisse au secondaire. En effet, alors que 180 écoles primaires offrent le KM, seuls 35 collèges le proposent en grade 7.

Menon Munien, responsable du dossier au ministère de l’Education, avance, lui, que les 20 collèges d’Etat proposant le KM se trouvent dans différentes régions de Maurice, donc accessibles à tous. Il ajoute que le nombre de collèges et d’enseignants sont appelés à évoluer, en fonction de la demande. Toujours est-il, précise-t-il, que le ministère a prévu pour le long terme, en engageant des discussions avec Cambridge, pour le KM en SC et HSC.

Pour sa part, Jimmy Harmon, responsable du secondaire au Service Diocésain de l’Education Catholique (SeDEC), avance qu’il y a eu beaucoup d’incohérences au niveau des institutions de l’Etat, ce qui a donné lieu à une cacophonie pour l’entrée du KM au secondaire. Il est d’avis que le critère minimum de 12 élèves par classe pour toute nouvelle matière ne doit pas s’appliquer pour le KM. Tous les intervenants sont toutefois unanimes à reconnaître qu’il faut l’institution d’un comité, réunissant les différents partenaires, pour faire le suivi de l’évolution du KM.

Dr Jimmy Harmon : « Le SeDEC disposé à offrir le kreol dans tous ses collèges » 

Jimmy Harmon

Six ans après l’introduction du kreol morisien dans le primaire, des questions subsistent sur son avenir au secondaire. Le nombre d’élèves ayant opté pour le kreol morisien en Grade 7 a diminué de plus de moitié, passant de 3 000 à 1 000. Une situation que ceux ayant

œuvré en faveur de ce dossier attribuent au manque de volonté des autorités d’offrir les conditions nécessaires pour permettre au kreol morisien de continuer à progresser. La cacophonie dans le recrutement des enseignants pour le secondaire, survenue l’année dernière, témoigne de l’absence de coordination entre les différentes institutions concernées, disent-ils. Alors que le Mauritius Examinations Syndicate (MES) a ouvert les discussions avec Cambridge pour une éventuelle entrée du kreol morisien en SC et HSC, plusieurs voix s’élèvent pour la constitution d’un comité, prenant le relais à l’Akademi kreol morisien, pour plus de coordination et « éviter de se tirer dans les pattes. »

Le Bureau de l’éducation catholique (aujourd’hui SeDEC), à travers son projet Prevokbek, à l’intention des élèves du prévocationnel, a été la première à introduire le kreol morisien à l’école de manière officielle. Toujours est-il que cette même instance a été sévèrement critiquée pour n’avoir offert le kreol morisien en Grade 7 que dans huit de ses collèges. Le Dr Jimmy Harmon, responsable de l’éducation secondaire du SeDEC et l’une des chevilles ouvrières du Prevokbek, ne cache pas qu’il y a eu quelques cafouillages avant la rentrée 2018. Une situation causée par l’absence de communication claire de la part des autorités concernées, dit-il.

Il rappelle qu’à l’année dernière, il n’y avait pas d’enseignants formés pour enseigner le kreol morisien au secondaire. « Mais nous avions nos enseignants du Prevokbek qui avaient déjà de l’expérience dans ce domaine. À notre niveau, nous pensions que ces enseignants allaient poursuivre avec le kreol morisien. Il y a eu des échanges de correspondance avec le MIE et la PSEA. Malheureusement, il y a eu beaucoup d’incohérences sur la position de ces deux instances, quant à savoir s’il fallait être un “degree holder” pour enseigner le kreol morisien en grade 7. Ce qui a donné lieu à la cacophonie qu’on connaît. »

Il regrette également que le ministère ait limité l’option d’enseigner le kreol morisien aux enseignants de langues uniquement. « Il s’agit là de notre langue nationale. Tout le monde parle le créole. À notre avis, n’importe quel enseignant ayant une formation pédagogique aurait pu suivre la formation du MIE pour enseigner le kreol morisien. Ce n’est pas comme si on vous demande d’enseigner une matière que vous ne connaissez pas. Nous avions mobilisé tout le collège pour cela, mais au final, le ministère a insisté pour que ce soit des profs de langue. »

À ce jour, ajoute-t-il, le SeDEC est disposé à offrir le kreol morisien dans tous ses collèges. Il doit toutefois se plier aux règlements du ministère de l’Éducation. « Pour toute nouvelle matière, la PSEA impose une limite de 12 élèves au minimum par collège. Nous nous battons contre cela, car on ne peut imposer les mêmes critères pour le kreol morisien qui est tout nouveau et qui est aussi notre langue maternelle. Il y a bien des langues orientales qu’on offre dans certains collèges avec très peu d’enfants. Dans certains cas, il y a un prof pour un seul élève dans une classe. Le critère minimum ne s’applique-t-il pas dans ce cas ? »

Le Dr Jimmy Harmon déplore également le fait que le MES ait préparé des fiches pour les collèges aux parents, en mentionnant les matières offertes, mais sans le kreol morisien. « Gilberte Chung a dû écrire au ministère pour faire ressortir cela. On nous a renvoyés vers la PSEA. » Il ajoute que dix collèges, incluant des collèges de Lorette, avaient demandé à offrir le kreol morisien. « Les collèges étaient prêts, mais il y a une tactique dilatoire des autorités. »

Toujours est-il, poursuit notre interlocuteur, qu’il y a des réalités à prendre en considération. « Le choix final revient aux parents. Il ne faut pas oublier que le kreol morisien est offert comme une langue optionnelle, au même titre que l’hindi. Mais si le collège offre l’espagnol, par exemple, au même moment que le kreol morisien, le choix est difficile pour les parents. Il faut aussi savoir comment les motiver. »

Selon lui, il est impératif que le kreol morisien soit offert jusqu’en HSC. « Ce n’est que dans cette optique qu’on peut convaincre les parents à choisir le kreol morisien. Pour le moment, le projet est d’aller jusqu’en Grade 9. S’il n’y a pas de perspective pour la suite, les parents ne seront pas motivés. »

Même pour ceux qui optent pour le kreol morisien, il y en a qui abandonnent après un trimestre. Au primaire, les enseignants témoignent que beaucoup de parents interdisent le kreol morisien dès que leurs enfants font une faute en anglais ou en français. Le Dr Guilhem Florigny de l’Université de Maurice a fait une étude à ce sujet et il a été établi que la responsabilité du kreol pour les fautes dans les autres langues n’est que très minime.
En revanche, son étude, menée auprès des élèves de Grade 3 et 5, démontre qu’il y a de grosses difficultés d’écriture chez beaucoup d’enfants. Environ 40% d’entre eux échouent dans toutes les matières. Beaucoup ne peuvent écrire correctement, y compris dans leur propre langue.

Rappelons que dans son dernier rapport, l’Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy, a recommandé l’utilisation du kreol morisien comme médium d’enseignement. Elle s’est appuyée sur les articles 13 et 29 de la Convention des droits de l’enfant, respectivement axés sur la liberté d’expression et le respect de la culture. Elle rappelle que l’Unesco préconise également l’utilisation de la langue maternelle comme médium d’enseignement.

Elle plaide pour un système d’éducation multilingue, basée sur la langue maternelle.
Avant d’arriver à cette conclusion, l’Ombudsperson for Children a mené une enquête auprès des enfants, suivant une plainte de Ledikasyon Pu Travayer. Beaucoup ont confié ne rien comprendre en classe. Rita Venkatasawmy ajoute que depuis 2006, le comité des experts des Nations unies recommande que Maurice considère la langue maternelle comme médium d’enseignement.

Pr Arnaud Carpooran : « Pour les parents, un choix entre le collège et le Kreol »

Le MES révèle qu’environ 600 enfants échouent dans le papier de “Kreol Morisien”. Quelle lecture en faites-vous ? 

Arnaud Carpooran

L’examen du Kreol Morisien est un examen comme les autres. Il y a des enfants qui ont de grosses difficultés d’apprentissage de manière générale et cela s’applique également au Kreol Morisien. Je suppose que ceux qui ont échoué dans cette matière ont aussi échoué dans d’autres, car le taux de réussite est de 80%. Toujours est-il qu’il ne faut pas regarder ces chiffres de manière quantitative, mais de manière qualitative. Est-ce qu’il y a des enfants qui ont réussi uniquement en Kreol Morisien ? Nous n’en savons rien. Dans certaines écoles, le taux de réussite en Kreol Morisien dépasse le taux de réussite général. Par exemple, dans une école où le taux de réussite au PSAC est de 15 à 20%, celui du Kreol Morisien est de 30 à 35%.

Le MES ne vous communique-t-il pas les statistiques pour analyse ?
Non, il n’y a eu aucun partage de statistiques à ce jour. Ce n’est que la semaine dernière, dans le cadre de la table ronde organisée par la Creole Speaking Union et l’Université de Maurice, et où le MES était invité, que nous avons pris connaissance des chiffres pour la première fois. C’est pour cela que j’ai demandé la mise sur pied d’un comité consultatif pour prendre le relais de l’Akademi Kreol Morisien afin que toutes ces questions soient abordées.

Au début, tout le monde paraissait intéressé, mais à ce jour, je n’ai eu aucun signe du ministère, ni du MIE ou du MES. Et je passe mon temps à demander. J’ai l’impression qu’il n’y a pas le souhait d’aller de l’avant avec un tel comité. Idem pour la question du Kreol Rodrigais (KR). À ce jour, aucune école du gouvernement à Rodrigues n’enseigne le créole. Lors de la table ronde, j’ai entendu dire que c’est en projet. Mais cela fait quand même six ans qu’on enseigne le Kreol Morisien dans les écoles à Maurice et ce n’est pas le cas pour le Kreol Rodrigais dans les écoles du gouvernement à Rodrigues. Cela ne semble pas être une priorité pour le ministère. En tout cas, cela n’a pas été traité de manière urgente.

Quel constat faites-vous de l’introduction du Kreol Morisien au secondaire ?
Je ne suis pas satisfait, car il y a beaucoup de collèges où il y a des demandes mais où la matière n’est pas proposée. Et quand je pose la question aux responsables d’établissement, qu’ils soient du public ou du privé, on me répond qu’il n’y a pas d’enseignant. Pour les collèges qui en proposent, ils ont été choisis selon la « catchment area » et par rapport à la population. Les autorités ont mis leurs propres critères pour choisir les collèges. Pour les parents, ils doivent faire un choix entre le collège et le Kreol Morisien. Ce qui veut dire que s’ils souhaitent que leur enfant opte pour le Kreol Morisien et qu’on n’en propose pas dans le collège de leur choix, ils devront alors choisir un autre collège. Pour moi, cette manière de procéder est une façon de diminuer la demande. En gros, je dirai que tout n’a pas été fait de manière sérieuse cette année.

N’était-il pas prévu, dès le départ, que le Kreol Morisien serait offert au secondaire après les six années du primaire ?
C’est à l’occasion du Festival International Kreol en 2015, alors que le groupe de Kreol Morisien du primaire était en Std IV, que la décision de poursuivre au secondaire a été annoncée. Mais le ministère de l’Education a mis du temps à le confirmer. Tant et si bien que certains collèges ont été pris de court. Ils n’étaient pas préparés. C’est pour cela qu’il a été décidé d’avoir recours aux enseignants de français et d’anglais dans un premier temps, car il n’y avait pas d’enseignants de Kreol Morisien pour le secondaire. À notre niveau, à l’Université de Maurice, nous avions offert le BA (Hons) French and Creole Studies, mais le MIE n’avait pas prévu de PGCE pour ceux complétant ces études. J’ai appris qu’il y aura un cours en ce sens l’année prochaine, et c’est bien. De manière générale, l’ensemble des autorités concernées n’ont pas agi de manière la plus optimale pour l’entrée du Kreol Morisien au secondaire.

Ne fallait-il pas attendre également la demande ?
Je ne sais pas s’il y a un critère de chiffre minimal qui est appliqué pour les autres matières à l’école. Que je sache, à part l’anglais, le français et les mathématiques, toutes les autres matières sont optionnelles à Maurice. Est-ce que ce critère de demande s’applique pour le Kreol Morisien uniquement ? Nous n’avons aucune indication car nous avons demandé des discussions à ce sujet et nous n’avons pas de réponse à ce jour.

Cela devient agaçant qu’à chaque fois la question de demande se pose pour le Kreol Morisien. Nous avons depuis six ans un « trend » qui s’est installé, avec environ 3 000 élèves du primaire optant pour le Kreol Morisien. Il y en a eu 2 800 qui ont pris cette option pour le PSAC l’année dernière. Il fallait donc prévoir pour eux.

J’espère que l’année prochaine, on recrutera également d’autres enseignants de Kreol Morisien car il y aura deux classes, soit en Grades 7 et 8. Est-ce qu’en 2019 nous serons plus prêts que cette année ? Je l’espère. Je souhaite que les autorités catholiques, qui avaient également annoncé qu’elles allaient proposer le Kreol Morisien dans tous leurs collèges, tiendront parole.

Le MES dit avoir débuté les négociations avec Cambridge concernant le Kreol Morisien pour les examens de SC et HSC. Est-ce bon signe ?
S’il y a des discussions à ce niveau, nous aimerions bien en faire partie. Il est important que tous les “stakeholders” puissent participer aux débats. Cela ne peut être une affaire qu’entre le MES, le ministère et Cambridge. On a aussi dit, une nouvelle fois, que l’option pour le Kreol Morisien dépendra de la demande. Sur quel “ground” va-t-on se baser pour décider de cela ? Je connais bien des matières qui sont prises au niveau des examens de Cambridge et pour lesquelles il y a très peu d’élèves. La question ne se pose que pour le Kreol Morisien.

Vous travaillez également sur un projet de Diskyoner Rodrige. Parlez-nous en…
Nous avons effectivement travaillé conjointement avec l’Assemblée régionale de Rodrigues et le Mauritius Institute of Education pour ce projet. Un Memorandum of Understanding entre l’Assemblée régionale et l’Université de Maurice a été signé à cet effet en août dernier. Il s’agira surtout de mettre en valeur la spécificité rodriguaise et avoir l’outil nécessaire pour l’enseignement du créole à Rodrigues. Comme je l’ai dit, à ce jour, seules les écoles confessionnelles proposent le créole à l’école. Plusieurs Rodriguais apportent leur collaboration à l’élaboration de ce dictionnaire.

 

Menon Munien (ministère de l’Éducation) :  « Ceux optant pour le kreol ont une place dans un collège »

L’année dernière, un premier groupe d’élèves du primaire a passé l’examen de kreol morisien pour le PSAC. Quel en est votre constat ? 

Menon Moonien

Sur les 2 800 candidats passant l’examen de kreol morisien, il y a eu un taux de réussite autour de 80%. À mon avis, c’est un très bon résultat. Surtout pour une première fois. Je note également, comme l’a souligné le MES, qu’il y a environ 600 enfants qui échouent à l’examen de kreol morisien. Cela veut dire qu’il y a encore des enfants qui ont des difficultés. Mais si on analyse la situation par rapport au taux de réussite en anglais, on constate que le “pattern” est plus ou moins le même. L’argument qu’il y a derrière est que si un enfant a un certain niveau, il fera aussi bien en anglais qu’en kreol morisien.

Il paraît que l’introduction au secondaire est plus difficile qu’au primaire…
Nous avons démarré le kreol morisien au secondaire à partir de cette année. Le ministère propose cette matière optionnelle dans 20 de ses collèges dans différentes régions. En même temps, il y a 15 collèges privés, incluant les collèges confessionnels, qui offrent le kreol morisien. Tous les enfants qui ont pris le kreol morisien comme option ont le droit de faire une demande dans le collège où la matière est enseignée. Quand nous avons demandé aux parents de faire leur choix de collège, dans le sillage des procédures pour le PSAC, nous avons indiqué quels sont les collèges proposant le kreol morisien. Nous sommes contents de pouvoir offrir une place dans un collège à tous ceux optant pour le kreol morisien.

Qu’en est-il du recrutement des enseignants ?
Dans un premier temps, le MIE a mis en place une formation pour les enseignants en langues souhaitant enseigner le kreol morisien. Il nous fallait des enseignants prêts pour la rentrée en janvier. Entre-temps, les étudiants de l’Université de Maurice en BA (Hons) French and Creole ont complété leurs études. Nous en avons recruté certains, dont un comme Supply Teacher. Par la suite, il y a six enseignants de kreol morisien à plein-temps qui ont été recrutés à travers la Public Service Commission.

Pourquoi recruter six enseignants seulement pour 20 collèges ?
Nous avons recruté en fonction des besoins. Cette année, le kreol morisien est offert en Grade 7 seulement, avec une à deux classes par collège. Avec le temps, nous allons en recruter d’autres, si nécessaire. Il faut se rappeler qu’on a démarré le kreol morisien au primaire avec un prof pour trois à quatre écoles. Aujourd’hui, nous avons des enseignants de kreol morisien à plein-temps dans 180 écoles. Les collèges privés peuvent aussi recruter en fonction de ses besoins. Quand un collège veut introduire un nouveau sujet, il fait un Master Time Table et fait une demande à la Private Secondary Education Authority. Il y a des collèges privés qui ont déjà recruté leur enseignant de kreol morisien à plein-temps.
Par ailleurs, nous apprenons que le MIE démarrera l’année prochaine son cours de PGCE pour ceux souhaitant enseigner le kreol morisien au secondaire. Les collèges auront donc l’opportunité de recruter des enseignants déjà préparés pour cela.

Le ministère a-t-il prévu d’augmenter le nombre de collèges offrant le kreol morisien l’année prochaine ?
Pour l’heure, nous sommes toujours à 20 collèges. Les parents dont les enfants passent le PSAC cette année ont reçu une liste de collèges proposant le kreol morisien l’année prochaine. Le MES va redistribuer les places en fonction de la demande. Si celle-ci est grande et qu’il n’y a pas suffisamment de place, nous verrons s’il faut augmenter le nombre. Nous attendons également de voir s’il y a plus de collèges privés qui vont proposer le kreol morisien. Nous ne pouvons prévoir à l’avance car nous n’avons pas encore le “trend” pour le kreol morisien au secondaire.

Le MES et le ministère ont commencé des discussions avec Cambridge en vue d’offrir le kreol morisien au SC et HSC. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Il faut savoir que le ministère a une relation de travail continue avec Cambridge. Il y a eu en effet une première discussion au sujet du kreol morisien, car il nous faut prévoir. Quant à la décision d’offrir le kreol morisien au SC ou au HSC, elle viendra après. Nous venons tout juste de commencer le kreol morisien en secondaire et nous avons quatre ans devant nous pour suivre l’évolution. Actuellement, il y a environ 1 000 enfants qui prennent le kreol morisien au secondaire. Nous ne savons pas si l’année prochaine, ce nombre augmentera ou diminuera. Nous n’avons pas encore le “trend”, comme c’est le cas au primaire.

À ce niveau, nous avons un “intake” de 3 000 élèves chaque année, ce qui représente 20% de la population du primaire. Le nombre est resté plus ou moins le même pendant six ans, ce qui veut dire que la tendance est très claire. Pour le secondaire, il faudra attendre pour voir comment cela va évoluer. Bien sûr, il y a des personnes qui pensent qu’on peut aller plus vite, mais l’État est plus “cautious” que l’individu. Actuellement, nous avons un “target” qui est 2020, avec les examens nationaux de Grade 9, tout en continuant les discussions pour la suite.

L’Ombudsperson for Children recommande l’utilisation du kreol morisien comme médium d’enseignement à l’école. Qu’en pensez-vous ?
Il y a beaucoup de débats à ce sujet quant à savoir si c’est une bonne chose et si nous aurons de meilleurs résultats. La position du ministère est que très vite, les institutions concernées puissent se retrouver autour d’une table pour continuer la discussion. Il y a déjà un comité qui travaille sur le sujet au niveau du ministère. Nous souhaitons l’élargir à d’autres institutions avant de pouvoir vraiment prendre une décision à ce sujet.

Il y a aujourd’hui deux institutions qui travaillent sur l’enseignement du kreol morisien. D’une part, le MIE, qui prépare le “curriculum development” et assure la formation des enseignants, et d’autre part l’Université de Maurice, qui offre le BA (Hons) French and Creole Studies. Il est important que ces deux institutions travaillent et réfléchissent ensemble afin de pouvoir avancer.

Il y a des critiques selon lesquelles le kreol morisien affecterait la qualité de l’anglais et du français. Quel est votre constat ?
Jusqu’à présent, il n’y a aucune preuve qui démontre cela. Au contraire, les chiffres du MES démontrent que ceux qui font bien en kreol morisien font aussi bien en anglais et en français. Je crois que l’implémentation du kreol morisien à l’école est historique. Il faut pouvoir aller beaucoup plus loin. À condition que toutes les institutions travaillent ensemble pour pouvoir progresser. Mais c’est parfois compliqué.