Ces dernières années, de grandes avancées ont été notées au niveau de la reconnaissance du kreol morisien. Si les bases ont été jetées, il est encore long le chemin à parcourir pour que la langue soit pleinement acceptée à tous les niveaux. C’est ce à quoi nous nous sommes intéressés, alors que la Journée internationale de la langue maternelle est observée le 21 février.
Malgré toutes les avancées observées dans la reconnaissance du kreol, le meilleur reste à venir, si l’on en croit Valérie Wong, enseignant de kreol morisien dans un établissement Prevokbek. Elle est rejointe dans ses propos par Alain Ah Vee de LPT, Alain Muneean d’Abaim, Dev Virahsawmy, linguiste, et Filip Fanchette, président du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine et kreol.
Au Parlement.
Pour eux, la pleine reconnaissance du kreol morisien sera effective lorsque la langue sera utilisée comme médium d’enseignement pour toutes les autres matières. Dev Virahsawmy plaide pour un apprentissage bilingue kreol morisien/anglais, en mettant l’accent sur la proximité grammaticale des deux langues.
Nos interlocuteurs souhaitent également l’entrée officielle du kreol au Parlement. Cela constituera un très grand pas en avant, ajoute Dev Virahsawmy. Pour lui, il faut réfléchir sérieusement sur la nécessité de développer et de reconnaître notre langue maternelle dans les faits. “C’est déjà notre langue nationale, mais elle n’est pas reconnue en tant que tel par la loi.”
Anarchie graphique.
Mais même si des avancées sont notables par rapport au kreol morisien, des problèmes subsistent quant à son acceptation dans certaines sphères de la société. Alain Ah Vee souligne ainsi que les procès-verbaux des associations doivent être soumis au Registrar en anglais ou en français alors que pratiquement toutes les réunions de ces organisations se déroulent en kreol morisien. Valérie Wong note pour sa part que malgré une graphie standardisée, de nombreux Mauriciens ne maîtrisent pas encore l’écriture de cette langue, ce qui est source de confusion. Arnaud Carpooran relativise cependant les choses en arguant que le français a pris un siècle pour s’installer alors que cela fait deux ans seulement que le kreol morisien a été standardisé. Mais pour l’enseignante de Prevokbek, cette anarchie graphique “n’est pas acceptable”, surtout dans les communiqués officiels.
Interaction.
Alors qu’Alain Muneean considère que les barrières de résistance sont tombées par rapport au kreol morisien, Dev Virahsawmy souligne qu’il y aura toujours des réticences parce que le pouvoir culturel est entre les mains d’une l’élite idéologiquement forte, qui influence les masses. Mais Alain Ah Vee estime que ces résistances se font de moins en moins sentir depuis que la langue est proposée comme matière optionnelle au primaire. Il note qu’il y a de plus en plus d’interactions entre les parents et leurs enfants : les premiers veulent savoir ce que leurs progénitures font à l’école et consultent leurs livres. Il constate également l’intérêt constant pour les cours d’alphabétisation proposés par LPT.
Médium.
Même si beaucoup a été accompli pour la promotion du kreol morisien, on ne peut pas être complètement satisfait, souligne Arnaud Carpooran. La lutte ne s’arrête pas là. Pour Alain Muneean et Alain Ah Vee, la mobilisation doit être constante, d’autant que cette langue n’a pas fini d’évoluer, comme le soulignent Dev Virahsawmy et Arnaud Carpooran. Nos interlocuteurs sont unanimes à reconnaître que le kreol morisien favorisera le développement de tout un chacun lorsqu’il sera utilisé comme médium d’enseignement car il en résultera un meilleur apprentissage. Une situation qui débouchera sur un multilinguisme efficace basé sur la langue maternelle, affirment Alain Muneean et Dev Virahsawmy.