Un peu plus de 24 heures après le traumatisant accident de la route à 16e Mile à Lapeyre, Nouvelle-France, avec trois victimes – Nathalia Lamy (21 ans), Arnaud Armance (29 ans), anciens employés d’Axa Customer Service, et Amben Chinapen (29 ans), chauffeur du van, les circonstances commencent à être élucidées. Hier après-midi, les enquêteurs du poste de police de Rose-Belle ont consigné la version d’un témoin clé. Le receveur de l’autobus Aero Queen, immatriculé 1987 MY 04, Mahesh Dhalivadoo, a été entendu en attendant que l’état du chauffeur du bus, Sachin Ramessur, lui permette de s’expliquer. Ce matin, ont eu lieu en l’église de Notre-Dame-des-Anges à Mahébourg, les émouvantes funérailles de Nathalie Lamy, qui laisse derrière elle une fillette de quatre ans, Océane, à peine consciente du drame qui se joue dans sa vie. Chez la famille de Patrice Arnaud Armance, habitant Petit-Bel-Air à Mahébourg, c’est le désarroi total pour Ariane, devenue veuve à 24 ans, avec deux jeunes enfants sur les bras : Rihanna (5 ans) et Jean-Matthieu (3 ans). Pour les proches d’Amben Chinapen, habitant Rivière-des-Anguilles dont son épouse, Shala, enceinte d’un mois et demi, c’est l’effondrement.
L’enquête policière en vue d’établir les circonstances et les responsabilités dans cet accident de la route meurtrier a démarré dès le transfert des victimes à la morgue du Princess Margaret Orthopaedic Centre (PMOC) et l’évacuation des cinq blessés sur l’hôpital Nehru. L’autopsie pratiquée dans la journée d’hier par les médecins légistes, les Drs Kumar Gungadin (Chief Police Medical Officer) et Maxwell Monvoisin (Principal Police Medical Officer) ont révélé que Nathalia Lamy et Amben Chinapen, ont succombé à un « shock due to multiple injuries » et Patrice Arnaud Armance de « cranio injuries ».
À ce stade, la police ne veut pas tirer de conclusions hâtives quant à la cause de cet accident même si à première vue la vitesse à laquelle roulait le van, effectuant le transport des employés du centre d’appels d’Axa Customer Services après le service de nuit de mercredi, aurait pu y avoir contribué.
Des sources officieuses avancent que les experts de la police auraient relevé lors d’une première analyse que l’aiguille du compteur de vitesse serait restée bloquée sur 126 kilomètres à l’heure. Ensuite, l’état des deux véhicules, en particulier le van, après l’impact semble accréditer cette thèse.
Néanmoins, les enquêteurs de la police n’écartent pas la possibilité que le chauffeur du van aurait pu être victime d’un coup de pompe ou d’une fatigue momentanée en arrivant à la hauteur de la chasse Le Petit Constantin à Nouvelle-France. À première vue, la police n’aurait pas relevé sur la route des traces de freinage majeures du van, ce qui semble un réflexe des chauffeurs en cas de perte de contrôle du véhicule.
Dans l’attente de pouvoir confirmer ces différents éléments, la version fournie du receveur de l’autobus, qui se trouvait dans les parages de la cabine du chauffeur, apporte un élément non négligeable. Après avoir reçu des premiers soins à hôpital Nehru, Mahesh Dhalivadoo, âgé de 31 ans et habitant Mare-Tabac, a été longuement interrogé par la police.
De son témoignage, l’on retiendra que tout s’est passé extrêmement vite avec l’autobus Aero Queen, ayant quitté Mahébourg plus tôt pour rallier Curepipe. « Bis ti pe roulé. Ti pe arriv latet la montee Lapeyre. Mo nek truv ene van pe vini en fas de nou bis. Li ti pe vine dan nou kote. Mo nek gagn letemps dire sofer : he ! ena ene van pe fonce lor nou. Arett bis ! » a déclaré en substance le receveur d’autobus.
Le bus aurait ralenti mais le minivan a poursuivi sa route pour venir se heurter violemment sur le côté droit de l’autobus en éraflant de manière violente le véhicule. Le minivan s’est immobilisé après un tête-à-queue pour se retrouver avec le radiateur en direction de Curepipe, soit le sens inverse de sa trajectoire. Les dégâts étaient plus que considérables.
« Mwa, mo fin tombe en dehors bis et kan mo ine guette autour mwa, mo nek truv cadav dimoune ek disang partout. Mo pas konne plis kisa », devait conclure Mahesh (Sailesh) Dhalivadoo.
Avec ce nouvel accident à Lapeyre, le deuil afflige de manière brutale et cruelle plus de trois familles habitant le Sud. En fin de matinée, une émouvante cérémonie religieuse s’est déroulée en l’église de Notre-Dame-des-Anges de Mahébourg pour l’enterrement de Nathalia Lamy. Les proches parents de la victime arrivent difficilement à réconcilier les événements de ces dernières heures. La douleur est encore plus grande avec le contraste de l’innocence sur le visage de la petite Océane, qui contemple sa jeune mère, le visage ravagé de douleur sur le canapé au domicile familial des Lamy à Cité La-Chaux, Mahébourg.
Cynthia Veerasawmy, une des quatre soeurs de la victime, se souviendra encore longtemps de cette conversation de ce jeudi 13 octobre 2011. « Mo ti pe travail Spar Flic-en-Flac. Enn misié ti ecouté dans radio ek li konne mo enn Lamy et mo habite Cité la Chaux. Linn vinn demann moi si mo ena enn soeur. Linn dir mwa pas gagne traka kapav linn zis blesse dan aksidan la », raconte-t-elle.
Prise de panique, Cynthia Veerasawmy tente de se rassurer en appelant sur le téléphone de Nathalia Lamy. Premier signe de panique : le téléphone sonne mais il n’y a personne au bout du fil.
« En mem temp mo mama pe sonn mwa pe dir moi Nathalia fin fer accident. Monn pensé linn zis blessé. Mo pe pren transport pou ale guet li lopital Rose-Belle. Lerla bann dimoune inn dir mwa ki linn fini mort… », poursuit Cynthia Veerasawmy, qui se rend compte de la dure réalité de l’accident de Lapeyre.
Cynthia Veerasawmy explique que Nathalia Lamy aimait accorder une attention spéciale à la famille. Elle fait tout éloge pour l’entente entre les soeurs. « Malgré cette séparation brutale, nous avons partagé des souvenirs heureux. Nous avons passé de bons moments ensemble. Me malherezman sa bann dernier tem la nou pa ti trop ensam akoz nou travay. Toultem li pou ress dans mo leker ek dan mo pense. Mo pou guet so zenfan parey couma pou mwa… mo pas pou laisse so zenfan tousel », soutient Cynthia Veerasawmy, qui ne peut retenir ses larmes.
Hier, de nombreux collègues de Nathalia Lamy sont venus lui rendre un dernier hommage. La victime qui a intégré la communauté d’Axa Customer Services en janvier 2009 et qui occupait le poste de chargée de clientèle sur un projet que la compagnie traite avec la France, est considérée comme une employée exemplaire. « Notre présence ici démontre l’amour que nous avons pour Nathalia. C’était une très bonne personne. Elle était assidue au travail. Elle était souriante et n’avait jamais de mots déplacés. C’était une fille très gentille », affirme Marina Ramen, Human Resource Administrator, profondément touchée par ce drame.
Plus loin dans le complexe de la NHDC de Ville-Noire où habitait Arnaud Armance, des parents, amis et connaissances de la victime ont pris place dans une salle verte improvisée. Arnaud Armance laisse dernière lui une femme, Arianne (24 ans) et deux enfants : Rihana (5 ans) et Jean-Matthieu (3 ans). Le 28 octobre, le couple devait fêter ses sept années de mariage civil et le 31 ses six ans de mariage religieux.
Arnaud Armance devait fêter ses 30 ans le 22 novembre. Mais le sort en a décidé autrement. « Je suivais mon cours en électricité à la MITD quand j’ai appris la nouvelle. Ma mère m’a appelé pour m’informer que mon mari était victime d’un accident et qu’il est décédé. Mo pann le krwar. Mo dire kapave linn fer accident mais li pann mort… », répète Arianne Arnaud, qui s’était agrippée à l’espoir que le sort n’allait pas lui être aussi cruel.
« Je ne peux rien lui reprocher. Il m’a donné tout ce dont j’avais envie. Nou ki kapav miser mais zamé nou ti mank nanier. Il était un bon mari et un père exemplaire. Il était tout le temps là pour ces enfants », poursuit la jeune veuve en guise de consolation face à l’épreuve.
Devant le va-et-vient inhabituel à la maison et la dépouille de son père, la petite Rihana comprend que son papa n’y est plus. « Mo tifi dir mwa li nepli pou ena papa pou zouer are li aster », dit Arianne Arnaud, qui réalise le vide dans sa vie.
Arnaud Armance, qui a intégré Axa Customer Services en 2010, travaillait sur un plateau local et international. Étant donné qu’il loue toujours un appartement de la NHDC, il avait pour rêve de construire sa propre maison…
À Rivière-des-Anguilles, la famille d’Amben Chinapen, le chauffeur du van, est complètement effondrée par ce triste événement. Seevalingum Chinapen (54 ans) le père d’Amben, qui a vu son fils dimanche pour la dernière fois, est ravagé par la douleur. « Mo ena enn sel ek mo finn perdi li. Apar so lakaz li pas ti konn grand chose », explique Seevalingum Chinapen.
Les parents de la victime ont appris la triste nouvelle du poste de police. Amben Chinapen, qui devait célébrer ce mois-ci son premier anniversaire de mariage, laisse dernière lui, Shala Chinapen (24 ans) qui est enceinte d’un mois et demi. Passionné de pétanque et du billard, Amben Chinapen était très actif sur le plan social et sportif dans son village du Sud.