Il n’y a pas que du côté des Komiko, menés par l’extraordinaire Miselaine Duval, que l’on fait des blagues…impayables. Ces jours derniers, la publication des déclarations d’avoirs soumises par nos élus a aussi semblé relever de la grosse farce.

A la base, on peut considérer comme sain que pour la première fois, nos élus ont été appelés à déclarer leurs avoirs, en vertu de la toute nouvelle Declaration of Assets Act. C’est un premier pas dans la bonne direction. Mais dans la pratique, on ne peut s’empêcher d’être perplexes, pour dire le moins, devant la liste des biens des élus des législatives de décembre 2014 et de décembre 2019, telle que publiée par l’Independent Commission against Corruption (ICAC).

Faut-il pleurer, faut-il en rire ? Font-ils/elles envie ou bien pitié ?

En réponse aux paroles de Jean Ferrat, nos élus auraient certainement tendance à répondre que leur situation matérielle mérite pleurs et pitié. Ainsi, si quatre ou cinq députés déclarent des biens immobiliers à l’étranger, ils sont nombreux, députés et ministres depuis des années, certains même « de carrière » pourrait-on dire tant ils ont accumulé les mandats, qui selon leur déclaration ne possèdent quasiment rien. Ou alors des dettes. Nombre d’entre eux n’ont ni maison, ni terrain, ou même voiture. En tout cas pas inscrits à leur nom. Le comble, c’est celui-là qui déclare un prêt-logement… mais n’a pas de logement. Allez comprendre.

On peut se demander ce qu’aurait déclaré Navin Ramgoolam s’il avait été élu sous cette législature. Peut-être juste un antique coffre en fer-blanc et quelques vieilles valises. Vides, cela s’entend…

L’an dernier, le directeur général de la Mauritius Revenue Authority (MRA), Sudhamo Lal, déclarait que le montant traçable de la fortune des particuliers et des entreprises mauriciennes à l’étranger s’élevait à Rs 104 milliards pour les particuliers et Rs 980 milliards pour les entreprises. Avec des placements, principalement, au Luxembourg, en France, au Royaume-Uni et à Monaco.

Si, conformément au fade discours-programme lu vendredi dernier, ce présent gouvernement veut se donner les moyens de créer, comme il l’affirme, une société inclusive et à hauts revenus, il va de soi qu’il devra travailler sur la perception d’une justice économique et financière.

C’est sans doute dans cette perspective que l’on peut placer la publication en ce moment dans la presse par la MRA d’avis annonçant la tenue de son 4ème «Organisational Integrity Perception Survey ». Ce dans le but de recueillir les avis, opinions et perceptions sur son intégrité organisationnelle. Et ainsi d’identifier les domaines d’opération qui nécessitent de nouvelles politiques, procédures et modes d’opération pour améliorer l’intégrité de l’organisation et du fonctionnement de cet organisme chargé, depuis 2006, d’être l’agence de l’Etat chargée du recouvrement des taxes et revenus, et plus particulièrement de l’impôt.

Mais il y aussi, en ce moment, une autre publicité qui interpelle. Une publicité de l’Integrity Reporting Services Agency (IRSA).

Montrant une main tenant un aimant qui attire voiture, tours, château, bateau, cette pub martèle en rouge : « Larzan mal ganye NU SEZI ! »

Affirmant que « Nu kapav sezi dibien kinn mal ganye si so proprieter pa kapav eksplike », l’IRSA interpelle le public : « Si ou anvi raport enn ka », elle fournit l’adresse de son site, une adresse mail et un numéro de téléphone.

En 2015, sous l’ère Roshi Bhadain, l’IRSA fut créée sous la section 4 de la Good Governance and Integrity Reporting Act, avec la mission suivante : “To help keep Mauritius free of corruption by investigating wealth that calls for an explanation of wealth that has not been satisfactorily explained”.

Or voilà que l’IRSA fait directement appel au public pour lui rapporter des cas d’enrichissement jugés suspects, avec la promesse d’une récompense si l’enquête subséquemment menée aboutit à une confiscation…

De quoi parle-t-on là ? Serait-on en train d’encourager les Mauriciens à la délation ? Imagine-t-on ce qu’un tel appel à la dénonciation peut entraîner d’actes gratuits et malveillants dans une petite île telle que la nôtre ? Les agendas personnels, pour ne pas dire politiques, que cela peut servir ? N’avons-nous pas d’organismes qui sont censés s’occuper de ce genre de choses ? S’ils ne sont pas des bouledogues sans dents, où réside l’intérêt de lâcher la meute ? Pour faire la peau à qui, à quoi ?…