La République de Maurice s’est à nouveau retrouvée sous le feu des projecteurs en cette fi n d’année 2018. Malheureusement, pas pour les bonnes raisons – une fois de plus ! L’ancien président de l’Association mauricienne de Badminton (AMB), Raj Gaya, soupçonné d’utilisation abusive de fonds destinés à sa fédération, a été banni à vie de toutes les instances et activités liées à la discipline pour la période 2011-2017. La sanction de la Badminton World Federation (BWF) ayant été appliquée dans toute sa rigueur et ce, après plusieurs mois d’enquêtes menées par le panel d’audience sur l’éthique de la BWF. Une première dans les annales de cette discipline.

Même si le principal concerné compte faire appel de cette décision – ce qui est dans son droit, il aura désormais à assumer les conséquences des actes qui lui sont reprochés par la BWF. Car les accusations qui ont été portées contre lui sont graves, très graves même, quand on considère le montant qui est évoqué. Un cas sans précédent pour le sport local. Car jamais dans le passé un dirigeant sportif mauricien ne s’est retrouvé mêlé à un tel scandale.

Ce qui interpelle c’est comment cette affaire a-t-elle pu passer inaperçue pendant tout ce temps ? Car ce n’est qu’en août 2017 que le pot-aux-roses a été découvert. L’ancien président de l’AMB avait-il un contrôle total sur sa fédération ? Certes, il a contribué à placer le badminton mauricien sur la carte internationale, mais cela l’autorisait-il à transgresser les codes d’éthique de sa discipline comme indiqué dans le rapport ? Qui lui a accordé autant de liberté ? Et les autres membres de la fédération, n’ont-ils pas également une part de responsabilité ?

Se pose alors la question sur la manière dont nos fédérations sont dirigées aujourd’hui. Car l’affaire Gaya est venue confirmer ce que nous savions tous depuis très longtemps : le sport mauricien souffre cruellement d’un manque de dirigeants compétents, crédibles, respectables et respectés. Les vrais dirigeants sportifs, eux, ne courent pas les rues. Ces dirigeants capables de tirer leurs disciplines vers le haut et ce, sans penser même à leurs intérêts personnels, ne sont malheureusement qu’une infime poignée.

Désormais, ce sont les « roder bout » qui règnent en maîtres dans ce domaine, soutenu par un Comité Olympique Mauricien (COM) qui n’inspire pas forcément confiance. Le président Philippe Hao Thyn Voon qui se vantait pourtant de pouvoir redonner une nouvelle image au COM que celui laissé par son prédécesseur, le très contesté Chintamun Rambocus, n’a pas fait mieux. Aujourd’hui, les scandales sont légions et l’implication d’un de ses anciens membres dans cette affaire de détournement de fonds en est la preuve. Car il ne faut pas oublier que Raj Gaya a été élu aux côtés de Philippe Hao Thyn Voon lors des dernières élections du COM et qu’il a même été son deuxième vice-président!

On se souviendra aussi encore, pendant très longtemps, de ce cas d’attouchements sexuels allégués contre l’ancien secrétaire général du COM et chef de mission de la délégation mauricienne, Kaysee Teeroovengadum, lors des Jeux du Commonwealth tenus en avril dernier, en Australie. Une affaire qui avait terni l’image de Maurice sur le plan international et qui avait été repris dans la presse étrangère.

Le rôle de Philippe Hao Thyn Voon avait même été décrié dans cette affaire, particulièrement sa gestion de la crise et les pressions alléguées. Le président du COM s’étant également fait tapé sur les doigts par une organisation féminine pour ses commentaires, dans le sillage de ce scandale. Comment oublier également cet autre scandale concernant le vol de luminaires dans une des chambres occupées par la délégation mauricienne au Village des Jeux à Gold Coast ? Une affaire non élucidée et dont nous attendons toujours les retombées de l’enquête initiée par le COM.

La question que l’on se pose est de savoir pour combien de temps encore notre sport sera laissé entre les mains de ces dirigeants qui se croient tout permis et qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts ? Certains pouvant même être comparés à des bandits de grands chemins et qui n’ont malheureusement aucun respect pour l’éthique et le code d’honneur.

Combien sont-ils encore ces esprits tordus qui sévissent toujours tranquillement à l’ombre ? Combien sont-elles ces fédérations qui fonctionnent toujours dans l’opacité la plus totale et où les irrégularités sont monnaie courante ? Tout n’est cependant pas perdu. Le sport mauricien peut encore retrouver ses heures de gloire, à condition qu’il se débarrasse, une fois pour toutes, de ces dirigeants qui ont des agendas autres que le progrès des différentes disciplines.

Dans un milieu où, malheureusement, l’argent et l’influence pèsent souvent dans la balance, il ne reste que l’opinion publique, pour faire la différence entre ceux qui dirigent dans l’intérêt du sport et des sportifs, et ceux qui défendent leurs propres intérêts. Gageons aussi que cette petite poignée de dirigeants dévoués ne jette pas l’éponge devant autant de difficultés, et que leurs efforts soient reconnus à juste titre.